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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 100, juin-juillet-août 2015 > Films et livres

Films et livres

Film : Howard Zinn, une histoire populaire américaine

Mis en ligne le 27 juin 2015 Convergences Culture


Howard Zinn, une histoire populaire américaine, Du pain et des roses

de Daniel Mermet et Olivier Azam


Du pain et des roses est le premier volet, sorti en avril dernier, de ce qui est appelé à devenir une trilogie destinée à porter à l’écran le regard de Howard Zinn, l’auteur d’Une histoire populaire des États-Unis.

Dès le début, la voix off de Mermet annonce la couleur : « Tant que les lapins n’ont pas d’historiens, l’histoire est racontée par les chasseurs ».

Ce film mêle histoire du mouvement ouvrier américain, informations biographiques sur Howard Zinn, interviews – de Zinn lui-même peu avant sa mort, mais aussi de Noam Chomsky, le célèbre linguiste connu pour ses positions proches de l’extrême gauche, ou de Chris Hedges, journaliste critique de la politique américaine –, citations cinglantes significatives de l’histoire sociale américaine.

The Bread and Roses Strike, la grève du pain et des roses, c’est la grève de l’usine de textile de Lawrence – « 30 000 ouvrières, la plus grande usine du monde à l’époque, des dizaines de langues parlées dans l’usine », dit le commentaire de Mermet – dans le Massachussetts, en 1912. Une loi fédérale ayant fait passer la semaine de travail de 56 heures à 54 heures sans baisse de salaire, les patrons ont appliqué les 54 heures mais en baissant les salaires. Impulsée par des militants des Industrial Workers of the World (IWW), la grève a touché en quelques jours 20 000 travailleurs de la ville. Elle dura deux mois. Interventions de la milice, de l’armée, tentatives de la police d’inculper de meurtres des leaders de la grève : rien n’y fit et la grève l’emporta. Comme l’avaient prévu les militants de la grève, les propriétaires de l’usine ne pouvaient pas « tisser des vêtements avec des baïonnettes ». La grève de Lawrence modifia le regard sur les luttes ouvrières et les travailleurs immigrés – démentant le très conservateur syndicat AFL qui prétendait qu’il était impossible d’organiser les immigrants, particulièrement les femmes…

Zinn dit, dans le film, de l’histoire sociale américaine, qu’elle a été « bien plus violente que l’histoire sociale en Europe ». Il suffit, pour le comprendre, d’entendre les citations de divers patrons américains aux noms emblématiques : « J’ai les moyens d’acheter la moitié de la classe ouvrière et de lui demander de massacrer l’autre moitié », disait Henry Clay Frick, celui de la « Frick Collection » de New York, passage obligé pour touristes amateurs de peintures. C’est d’ailleurs aux États-Unis que fut créée la plus grande milice patronale privée, l’agence Pinkerton, officiellement une agence de « détectives », qui employait, dès 1869, 10 000 nervis prêts à faire le coup de poing, et le coup de feu, contre les travailleurs en lutte et les militants – elle emploie aujourd’hui 48 000 « détectives ». Quant au fameux Rockefeller – archétype du milliardaire américain et « mécène » ayant donné son nom au Rockefeller Center, à New York, et à l’hôpital du même nom, souvent à la pointe de la recherche médicale –, il déclarait, à propos des travailleurs, qu’ « il ne faut pas laisser ces gens-là croire que la révolte peut marcher ».

Les deux prochains volets devraient reprendre l’ouvrage de Zinn en suivant davantage son plan, qui commence en présentant les mythes fondateurs des États-Unis sous un angle bien plus réel, c’est-à-dire bien plus sordide.

En attendant leur sortie, il ne faut pas se priver de voir et faire voir ce film qui donnera peut-être l’envie à ses spectateurs de lire l’ouvrage de Howard Zinn : Une histoire populaire des États-Unis, de 1492 à nos jours, éditions Agone, 28 euros.

J.-J.F.

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