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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 95, septembre-octobre 2014

Où va le NPA ? Comment le reconstruire ? Par quel bout commencer ?

Mis en ligne le 24 septembre 2014 Convergences Politique

Certes, François Hollande et Manuel Valls voient croître le nombre de leurs opposants déclarés. Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti, Benoît Hamon ont quitté le navire mais, à en croire la rumeur, c’est pour avoir mal estimé le durcissement de Hollande car ils avaient espéré y rester, un pied dedans, un pied dehors, comme ils le faisaient depuis plus de deux ans. Mélenchon et le PCF seraient désormais clairement dans l’opposition mais, pour le premier, afin de prendre de la hauteur et quelque distance avec l’action politique, et le second n’exclut tout de même pas des alliances avec le PS aux prochaines élections. Enfin, les Frondeurs, dans leur grande majorité, envisagent tout au plus de s’abstenir au Parlement lors des votes qui pourraient être décisifs et entraîner la chute du gouvernement. L’intitulé est bien trouvé si l’on se rappelle que la Fronde fut une guerre en dentelles de certains nobles, non contre le roi mais pour l’amener à se débarrasser de certains de ses ministres.

Une crise gouvernementale, voire de régime. Vraiment ?

L’UMP ou les centristes, pas plus désireux que la gauche d’avancer les élections présidentielle ou législatives qu’ils ne sont nullement sûrs d’emporter dans l’état actuel, continuent de multiplier les déclarations grandiloquentes, surtout préoccupés de vider leurs querelles internes afin d’avoir le bon candidat en 2017. Pas plus pressés que les socialistes, même si c’est pour d’autres raisons.

Enfin, Marine Le Pen, celle à qui les médias donnent de plus en plus de chances lors des prochaines élections présidentielle ou législatives, qui devrait donc être la plus pressée, met au contraire de plus en plus d’eau dans son vin. Au point d’envisager publiquement d’être à la tête d’un gouvernement de coalition avec Hollande président.

Tout se passe comme si celui-ci avait le soutien de tous ses ennemis. Comme la corde soutient le pendu ? Peut-être ! Mais, dans un contexte où les oppositions lui assurent une neutralité durable, Hollande n’a évidemment aucune raison de changer de politique, et préfère l’aggraver. C’est ce qu’il fait : redoublement de cadeaux aux capitalistes comme de coups aux travailleurs et aux classes populaires.

La classe capitaliste de plus en plus satisfaite

L’accueil réservé à Valls par le Medef l’a confirmé. Les patrons continuent à en demander toujours plus, chaque mesure favorable étant aussitôt suivie de nouvelles exigences. C’est le jeu, surtout avec un gouvernement de gauche. Ils ne sont pas du tout certains que d’autres, d’extrême droite, de droite ou de gauche rempliraient mieux la tâche que Hollande, leur obtiendraient davantage ou ne provoqueraient pas d’autres remous plus sérieux dans le pays. Si Paris vaut bien une messe, le pacte de responsabilité vaut bien une standing ovation à la grand-messe du Medef.

Bien sûr, le mécontentement va croissant dans les classes populaires, parfois jusqu’à une véritable haine contre Hollande. Mais, jusqu’ici, tout cela n’a pas dépassé le domaine des sentiments. Si de nombreux mouvements sociaux ont éclaté, ils sont tous restés isolés, incapables de rassembler même autour des plus emblématiques d’entre eux. Or un mouvement profond, social ou politique, soulevant une partie des classes populaires victimes des politiques gouvernementales et patronales, serait la seule chose qui puisse menacer Hollande, à plus forte raison le « régime ».

De Gaulle et la Ve République ne sont pas venus d’un petit chahut de quelques députés, mais du soulèvement des Pieds-Noirs appuyés par l’armée d’Afrique (à l’époque, en fait, l’essentiel de l’armée française qui quadrillait l’Algérie). Si Guy Mollet, le PS et la plupart des caciques de la IVe République se sont inclinés et tournés vers de Gaulle, c’est non seulement parce qu’ils étaient des couards politiques mais parce que l’appareil d’État lui-même le leur a imposé. La VIe République ne semble pas pour aujourd’hui. Et le NPA a d’autres tâches immédiates que d’en peaufiner les détails constitutionnels, d’autant que cela ne dépendrait pas de lui.

La faute au manque de combativité des travailleurs ?

Si, jusqu’ici, aucun mouvement d’ampleur n’a vu le jour, c’est d’abord que la situation objective est difficile, avec le développement du chômage et les autres coups portés à la classe ouvrière et aux classes populaires. Mais c’est aussi que les responsables politiques ou syndicaux ont tout fait pour que ce mécontentement ne cristallise pas en un tel mouvement. Ne revenons pas sur l’attitude de la gauche de la gauche, qui ne veut pas entendre parler d’un autre horizon que celui des élections. Quant à celle des directions syndicales, il suffit de rappeler PSA, la Bretagne ou la SNCF, tous mouvements qui ont attiré en leur temps l’attention ou l’intérêt d’une bonne partie des travailleurs combatifs du pays et qu’elles ont négligés, voire délibérément émiettés.

Une autre politique des syndicats n’aurait pas automatiquement permis au mouvement de s’étendre, de devenir national. Mais, sans cette volonté syndicale, et en l’absence de toute autre organisation des travailleurs en lutte (autre que locale, parfois), c’était tout simplement impossible. Le désarroi et le scepticisme qui prévalent aujourd’hui dans les rangs des travailleurs n’ont guère besoin d’autres explications. Les militants syndicalistes, désappointés, ont parfois tendance à incriminer la trop faible combativité des travailleurs du rang mais ils devraient d’abord se tourner vers ceux de leurs collègues syndicalistes qui, lorsqu’une partie de ces travailleurs se montraient prêts à en découdre, n’ont pas rompu avec les consignes des états-majors, n’ont ni passé outre ni su proposer une autre orientation.

Bilan du NPA

La politique et les orientations du NPA dans la période qui vient dépendent évidemment du bilan de ceux qui nous gouvernent. Mais elles dépendent tout autant du bilan de notre parti.

Celui-ci n’était pas bon au début de l’été : encore quelques fuites militantes, au moins momentanées, recrutement au compte-gouttes sinon nul. En cette rentrée, cela a-t-il changé ? La participation à l’université d’été a été, heureusement, plus importante que ce qu’on craignait, sans revenir, et de loin, à celle des premières années du NPA. Notre participation et notre rôle lors des manifestations pour Gaza ont remis un peu le NPA dans l’actualité médiatique. Vont-ils contribuer à attirer de nouveaux membres ou ramener des anciens ? Peut-être est-il trop tôt pour dresser ce bilan lors de ce CPN, mais il serait bien de le faire au plus vite.

Quoi qu’il en soit, la situation du NPA ne va pas se redresser en un clin d’œil. Nous sommes un petit parti dont l’influence dans la classe ouvrière comme dans les classes populaires en général est limitée.

Et, du coup, est limitée aussi toute perspective de front unique avec tout ou partie de la gauche – quel que soit le nom qu’on lui donne, opposition de gauche ou autre. Non que la recherche d’alliances avec les réformistes, plus ou moins limitées en fonction de leur objet, soit fausse en soi. Mais elle n’est pas bonne non plus indépendamment du poids relatif des uns et des autres. Un groupe révolutionnaire faible n’a aucune chance d’influer autrement que très ponctuellement, et rarement, sur des réformistes et de les tirer dans sa direction. Alors, une alliance durable des deux, loin de permettre au groupe révolutionnaire de peser sur eux, se transforme au contraire automatiquement en politique suiviste à leur égard.

Il en est ainsi du « 12 avril » et de ses collectifs que le NPA s’est pourtant vanté d’avoir largement inspirés. La manif correspondait à la volonté du Front de gauche et du PCF de se montrer dans la rue sans risque pour personne ; une fois qu’elle s’est tenue, tout a été mis en sommeil malgré les incitations et les appels du même NPA. En cette rentrée, la gauche de la gauche va peut-être éprouver à nouveau la nécessité de se montrer dans la rue, organiser une manif au moment du vote du budget, d’accepter de réveiller un temps les collectifs. Mais pour en faire quoi ? Certainement pas pour construire un mouvement qui soit durable, qui s’efforce de changer la situation, au moins à terme. Nous pourrons peut-être en retirer une nouvelle fois la satisfaction d’avoir joué les mouches du coche en étant les premiers à y avoir appelé, à avoir joué un rôle dans son organisation. Mais pouvons-nous nous contenter de ce genre de satisfaction ?

Choisir où « mettre le paquet »

Qu’une telle manifestation ait lieu dépendra de la stratégie tortueuse d’autres que nous. Certes, si elle a lieu, nous pourrons y participer en fonction de nos forces. Proposer à la gauche de la gauche une manif à telle ou telle occasion, ici vote d’un budget comme l’a fait Olivier Besancenot au nom du NPA, n’est pas faux en soi. Tenter d’intervenir dans la vie politique fait certainement partie des tâches d’un parti, même aussi petit que le nôtre, à condition de ne pas se faire d’illusion et ne pas non plus en créer sur la portée de ces interventions. Sans en faire l’axe autour duquel tourne toute notre politique.

Le NPA et chacun de ses militants se doivent de participer à ce qui se passe dans les secteurs de travail ou de vie où nous existons, à l’échelle du pays s’il y a lieu. Tout cela n’est rien de plus que notre travail militant ordinaire. Dans l’immédiat nous participerons au rassemblement des hospitaliers du 23 septembre ou à la journée du 16 octobre envisagée par la CGT. Avec plus de raisons d’ailleurs au premier, puisqu’il vient d’une tentative de militants de base autour d’hôpitaux en lutte même si plusieurs appareils syndicaux, absents à l’origine, montrent des velléités de le reprendre en main pour leur propre compte.

Mais ce travail militant quotidien ne peut nous servir de stratégie. C’est à chaque comité, voire direction départementale ou régionale, de faire des choix parmi tout ce à quoi ils peuvent participer, puisque nos forces ne nous permettent pas de participer à tout. Les associations, comités ou collectifs nés des protestations contre les oppressions et les injustices sont nombreux et impulsés par beaucoup d’autres que nous, heureusement. Ce n’est pas un désaveu de ces combats que de reconnaître que nous n’avons pas toujours les capacités d’assurer une présence, qui reste d’ailleurs souvent symbolique, quand elle ne sert pas de caution.

Le parti et sa direction devraient plutôt s’attacher à investir dans les mouvements qui peuvent jouer un rôle dans le développement des luttes ; nous devrions y consacrer des efforts particuliers, ce qui demanderait la participation et la mobilisation de l’ensemble du parti. Pour reprendre l’exemple cité ci-dessus, le 23 septembre n’est certainement pas à mettre sur le même plan que le 16 octobre,

Inutile de jouer au grand parti, appliquons-nous à le construire

Certes, le NPA aura besoin de s’adresser aux syndicats, à la gauche de la gauche voire la gauche tout entière et à leurs militants. Certes, il faudrait pouvoir leur proposer une politique. Mais comment seulement la définir justement et la mettre en œuvre, quand notre poids nous permettrait aujourd’hui, au mieux, de nous aligner sur de tels alliés – lesquels, d’ailleurs, ne nous toléreraient comme tels que tant que nous accepterions de leur servir de supplétifs ? Pour mener une telle politique avec quelques chances de succès, il faut d’abord exister, c’est-à-dire avoir une certaine influence à la base. Pour prétendre peser sur les syndicats, sur n’importe quel groupe politique, pour pouvoir proposer de construire une alliance durable, il faut avoir une chance d’en être, au moins le temps de cette alliance, un aiguillon efficace et se donner les moyens de proposer aux travailleurs une autre suite que la voie de garage où les directions syndicales vont s’efforcer de la diriger.

Nous disposons, pour travailler dans ce sens, de points d’appui. Il suffit d’ailleurs de faire la liste des récentes interventions du parti ou de certains de ses militants. Même dans le creux où nous sommes, elles n’ont pas manqué. Depuis la rébellion bretonne avec l’éphémère constitution d’un « pôle ouvrier » jusqu’à la grève de la SNCF du printemps dernier dans les quelques gares ou dépôts où des camarades ne sont pas seulement intervenus au nom des positions syndicales acquises, en passant par les grèves de quelques secteurs Poste du 92 ou de Paris. Même lors des manifestations pour Gaza de cet été, le NPA n’a attiré quelque attention que pour avoir proposé une politique propre, en particulier ne pas s’être incliné à la première injonction policière, et s’être ainsi fait le porte-parole de la volonté de bon nombre de manifestants.

Les interventions où nous avons pu marquer des points, au moins aux yeux d’une partie des travailleurs et des jeunes impliqués, sont celles où nous avons développé une politique indépendante. Pas forcément contre la direction du mouvement, ou nos alliés, quand nous étions sur la même longueur d’onde, mais sans nous subordonner à aucun moment. Avec pour axe d’intervention systématique la volonté de s’adresser à la base du mouvement, et de l’organiser démocratiquement pour qu’elle prenne elle-même ses affaires en main. Bien sûr ces interventions n’ont sans doute eu d’impact que sur un petit nombre de participants, généralement à la seule échelle locale. Mais surtout à cause de notre faible poids en-dehors des endroits où quelques camarades avaient su acquérir auparavant une réelle influence sur la base ou ont su l’obtenir durant le mouvement en sachant saisir les occasions.

Construire le parti demande donc de nous appliquer d’abord à tenter de commencer à combler les trous de notre implantation, qui nous rendent peu visibles aux yeux de la classe ouvrière et de la population : il faut nous implanter sur les lieux de travail, dans les quartiers populaires, les universités et lycées. Pour influencer, attirer, recruter, nous ne pouvons nous contenter d’être un sigle surgissant, avec beaucoup d’autres, lors des élections ou des manifestations.

Nos forces actuelles, même utilisées à plein, ne nous permettraient certainement d’exister que dans un nombre limité de villes ou d’entreprises. Mais nous sommes loin de le faire partout où nous le pourrions aujourd’hui : c’est-à-dire en intervenant d’une façon régulière et permanente, de façon indépendante, en notre propre nom et pas seulement à travers les syndicats ou collectifs divers dans lesquels peuvent batailler nos militants.

13 septembre 2014, La Fraction l’Étincelle

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Numéro 95, septembre-octobre 2014

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