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Accueil > Il y a 150 ans : la Commune de Paris

La semaine sanglante : mai 1871, légendes et comptes, de Michèle Audin

Libertalia, 2021, 264 p., 10 €

Mis en ligne le 3 juin 2021 Culture

Le fil rouge de ce nouvel ouvrage sur la Commune de Paris [1] de Michèle Audin est une question simple : combien de communards l’armée versaillaise a-t-elle tuée pendant la Semaine sanglante ?

Pour livrer une estimation la plus fiable possible, elle rassemble et analyse un grand nombre de sources : témoignages de communards mais aussi de soldats versaillais, registres d’inhumation des cimetières de Paris et de banlieue, archives policières et militaires, articles de presse…

Mais ce voyage dans les archives n’a rien de rébarbatif pour le lecteur. Car établir un bilan chiffré fiable de la répression versaillaise n’est en fait qu’une porte d’entrée pour Michèle Audin.

À partir de son interrogation initiale, l’autrice livre un récit circonstancié et méthodique de la Semaine sanglante et de la « gestion » des cadavres par les Versaillais. La minutie de son travail de recherche nous entraîne au cœur de la mécanique de répression qui s’abat sur les communards. Michèle Audin s’attaque aussi aux « légendes » qui accompagnent la Semaine sanglante, par exemple sur le rôle des femmes. Non, celles-ci ne sont pas les furies assoiffées de sang et hystériques qui auraient mis le feu à Paris, telles que dépeintes dans la propagande versaillaise. Oui, plusieurs d’entre elles se sont battues les armes à la main, sur les barricades, pour défendre la Commune.

Michèle Audin décortique également la manière dont les dominants ont (ré)écrit l’histoire. Son ouvrage bat en brèche les falsifications et occultations opérées par le pouvoir bourgeois. En 1879, Maxime du Camp, un auteur réactionnaire, prétend ainsi opérer le premier bilan fiable de la Semaine sanglante. À partir lui aussi des registres d’inhumation des cimetières, il arrive au chiffre très précis de 6 667 morts. Le but était alors, en pleine discussion sur une éventuelle amnistie des communards, de décrédibiliser les nombres donnés par les communards – comme Prosper-Olivier Lissagaray ou Louise Michel – qui parlaient de dizaines de milliers de victimes. Mais l’ouvrage de Maxime du Camp n’a que l’apparence de la scientificité, comme le prouve Michèle Audin. Par exemple, il ne compte pas les morts enterrés après le 1er juin, alors que des cadavres, laissés à l’abandon dans la ville ou enterrés directement sur les lieux d’exécution, arriveront encore pendant des semaines. Michèle Audin démontre aussi que beaucoup de corps ne sont jamais arrivés au cimetière. Des « oublis » de Maxime du Camp très politiques !

Michèle Audin, son enquête terminée, finit par livrer sa propre estimation : « nous avons, avec certitude, 10 000 morts de la Semaine sanglante inhumés dans les cimetières parisiens », nombre qui monte à 15 000 avec les morts en détention. Mais, nous dit l’autrice, ce bilan est encore une estimation basse, car il ne compte pas les nombreux corps que l’on n’a pas retrouvés, qu’ils aient été noyés dans la Seine, brûlés ou enterrés hors des cimetières.

B.L.


[1Voir sur notre site la critique de deux de ses romans sur le sujet ( Comme une rivière bleue, et Josée Meunier, 19, rue des Juifs) et la présentation de son blog, véritable mine d’or pour tous ceux qui s’intéressent à la Commune ( Les trésors du Web).

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Il y a 150 ans : la Commune de Paris