Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Il y a 150 ans : la Commune de Paris

Josée Meunier, 19, rue des Juifs, de Michèle Audin

Gallimard (l’Arbalète), 2021, 208 p., 17 €

Mis en ligne le 6 mai 2021 Culture

Nous sommes en juillet 1871, à Paris, au petit matin, une perquisition a lieu dans un immeuble, le 19 de la rue des Juifs (4e arrondissement). Le commissaire de police, Victor Berlioz, et ses hommes, recherchent des criminels : trois communards.

En effet, la traque de tous ceux qui n’ont pas été fusillés ou arrêtés lors de la semaine sanglante continue, deux mois plus tard, aidée par les dénonciations anonymes. Ce jour-là, la police fait chou blanc et le roman commence avec une longue liste de l’inventaire de tout ce qui a été vu, personnes comprises, lors des perquisitions de tous les modestes appartements de cet immeuble ouvrier. Il y avait bien trois communards présents mais la solidarité et l’ingéniosité d’une concierge, d’une coiffeuse, d’une orpheline, d’une prostituée, d’une raccommodeuse de dentelles, d’un relieur et d’une repasseuse, les aident à échapper aux griffes des policiers.

Albert Theisz, ouvrier bronzier, élu à la Commune et délégué à la poste qu’il a réussi à refaire fonctionner malgré le sabotage des Versaillais, membre de l’Internationale, est l’un des trois. Il arrive à rejoindre Londres grâce à des faux papiers et y est rejoint par Josée Meunier, qui l’avait hébergé et quitte son mari pour lui.

Le roman se partage alors entre leur vie à Londres et celle des habitants du 19 rue des Juifs par l’intermédiaire de la correspondance entre Josée et son amie Georgette. La vie des exilés est précaire. C’est celle de gens qui ont du mal à joindre les deux bouts, car Londres est une ville chère et ils souffrent de l’exil non choisi. Cette existence difficile est éclairée par les rencontres avec les amis que sont Léo Frankel (ouvrier hongrois, élu à la Commune et membre de l’Internationale), Charles Longuet (qui est fiancé à une des filles de Karl Marx et l’épouse) ou Jules Vallès. La famille Marx est présente, ainsi que « Fred » Engels… Voici un extrait d’une lettre de Josée où elle raconte le mariage de Charles Longuet et Jenny Marx :

« On parlait d’ailleurs davantage du congrès de l’Association (internationale des travailleurs) qui vient d’avoir lieu à La Haye, et auquel Marx, Engels et Charles ont participé que des jeunes mariés. Albert dit qu’il est normal qu’ils en parlent beaucoup, que ce congrès a été un véritable suicide de l’Association. Tu sais que les versaillais ont condamné Léo Frankel à mort. Il a avalé une pinte de bière presque d’une traite, il a repris son souffle et a dit : on ne va pas se laisser abattre. »

À Paris, la vie suit son cours entre les procès des communards et les histoires des uns et des autres. La dureté de la vie des classes populaires est très présente à travers les maladies qui font des ravages, chez les enfants notamment. Tout au long du roman on sent le souffle de la Commune, venant après celui de juin 1848. L’envie de changer le monde et de rendre la vie plus douce pour les travailleurs anime les personnages, inconnus comme illustres.

Michèle Audin [1], mathématicienne à la retraite, est devenue une spécialiste de la Commune (voir sur notre site, la présentation d’un autre roman et de son blog). Pour ce roman, elle s’est inspirée de plusieurs faits réels et a comblé les trous avec son imagination pour nous raconter cette belle histoire d’amour et de traque. Elle sait parfaitement donner vie à ses personnages, notamment ses femmes libres et fortes, dont la vie même est un combat tant elle est difficile.

On en sort ému et avec le sentiment d’avoir senti ce qu’a été la vie des communards après la défaite, entre les souvenirs des disparus, la séparation d’avec les déportés et les exilés, et la volonté intacte de continuer le combat.

Liliane Lafargue


[1Michèle Audin est la fille de Maurice Audin, mathématicien et militant du Parti communiste algérien, mort en 1957 après avoir été enlevé et torturé par l’armée française… ce qui n’a été reconnu officiellement par l’État français qu’en 2018.

Lire aussi :

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Il y a 150 ans : la Commune de Paris