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Des femmes russes à Paris en 1871

Mis en ligne le 18 mars 2021 Culture

(Élisabeth Dmitrieff en 1871)

Sous le titre Élisabeth Dmitrieff, aristocrate et pétroleuse, est paru aux éditions Belfond, en 1993, l’ouvrage de la journaliste et historienne Sylvie Braibant sur cette femme russe souvent présentée comme « égérie » de la Commune de Paris. Cette biographie d’Élisabeth Koucheleva (c’était son vrai nom, Dmitrieff étant un nom d’emprunt), ne dit pas énormément de choses sur la participation du personnage aux événements révolutionnaires ni sur ses idées. Élisabeth est arrivée à Paris le 28 mars 1971, elle n’avait pas encore vingt ans, elle venait de Londres où elle avait rencontré Karl Marx au titre d’émissaire de la section russe de l’AIT (Première Internationale) dont elle venait de participer à la fondation lors de son exil à Genève. Elle arrive en Suisse pour poursuivre des études, après avoir contracté un mariage blanc pour échapper à la tutelle paternelle, comme une génération de filles de l’aristocratie russe inspirées par le roman de Nikolaï Tchernychevski, Que Faire ?, paru en 1863 et prônant une émancipation socialiste de la femme et du couple. Elle se plonge alors dans les débats politiques qui opposent marxistes et bakouninistes. La biographie de Sylvie Braibant s’attache plutôt à évoquer les liens personnels voire intimes – subodorés plutôt que connus – d’Élisabeth avec ces protagonistes de l’AIT – le russe Nicolas Outine mais aussi Eugène Varlin et Benoît Malon. À Paris pendant la Commune, Élisabeth Dmitrieff prend la responsabilité d’une Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, qui n’est pas la seule organisation de femmes, Louise Michel, Andrée Léo ou Anna Jaclard – pour ne citer qu’elles – animant des comités aux visées plus clairement sociales et politiques. Mais là encore, la biographie de Sylvie Braibant cède beaucoup à l’évocation des extravagances vestimentaires de la jeune et belle Élisabeth, à ses mirifiques robes agrémentées de pistolets accrochés à la ceinture, à son châle rouge avec franges dorées, à ses allures de princesse.

Lors de la Commune, Élisabeth Dmitrieff fréquente Benoît Malon, Léo Frankel… C’est avec ce dernier qu’elle échappe de justesse à la mort et à l’arrestation durant la semaine sanglante. Tous deux fuient à Genève. Elle n’y restera pas longtemps. Elle retourne en Russie où il n’est plus question pour elle d’engagement politique. Après la mort d’un mari atteint de tuberculose, elle suit dans son exil forcé en Sibérie un genre d’escroc.

La pétroleuse n’a fait que passer, l’aristocrate est restée… Elle est néanmoins une figure de ces temps révolutionnaires où des femmes russes généralement membres de l’aristocratie, en lutte contre une société patriarcale qui leur fermait les portes des universités et aurait voulu les cantonner au rôle de mères et épouses, se sont engagées pour leur propre émancipation jusqu’à l’engagement politique. Une des plus grandes figures de l’époque est certainement Véra Figner, membre du groupe terroriste La volonté du peuple, dont l’autobiographie, Mémoires d’une révolutionnaire [1], témoigne de l’extrêmement riche parcours, social et politique, d’une génération de femmes russes du XIXe siècle.

Anna Vassilievna Korvine-Kroukovskaïa

Sophie Kovalevskaïa

Deux autres de ces femmes, les sœurs Korvin-Kroukovski, Anna et Sophie, ont été attirées comme Élisabeth Dmitrieff par le Paris insurgé de 1871 et ont participé à la Commune. L’aînée, Anna, était aimée de Dostoïevski qu’elle n’a pas voulu épouser. Dans son exil elle a connu le militant blanquiste et membre de l’AIT Victor Jaclard, dont elle est devenue la femme. Elle est restée en France, tandis que sa sœur cadette, brancardière sous la Commune, a fait ensuite en Allemagne et en Suède une brillante carrière de mathématicienne et d’écrivaine. Pour illustrer le parcours de ces femmes, un petit roman de cette dernière, devenue Sophie Kovalevskaïa par mariage, est extrêmement précieux. Intitulé Une nihiliste et préfacé par son traducteur, Michel Niqueux, il est paru en 2004 aux éditions Phébus.

Michelle Verdier


[1Mémoires d’une révolutionnaire, autobiographie traduite pour sa première partie par Victor Serge, rééditée en 2017 en livre de poche par les éditions Le Temps retrouvé.

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