La marche
Sauver le nomade qui est en nous
Pascal Picq
280 pages, éditions Autrement, 17,50 euros.
On peut dire que le paléoanthropologue Pascal Picq a son fan club. Du moins à la fête de Lutte ouvrière, dont il est un fidèle invité, où quelque 300 personnes de tous âges, ce samedi 15 mai, l’ont écouté, subjugués, raconter en une heure et demie l’origine de la bipédie, ou plus exactement, des bipédies. Avec son brio et son humour habituels, Picq a l’art de battre en brèche toutes les spéculations hasardeuses sur l’évolution humaine, tout en faisant comprendre quelques notions fondamentales de la théorie de l’évolution.
Cela fait quelques décennies, et c’est un progrès, que la communauté scientifique s’accorde à dire que Homo sapiens (et son intelligence) a commencé… par les pieds et la station debout. Mais encore ? C’est là que le bât blesse. Non, notre lointain ancêtre n’a pas acquis la bipédie en se redressant dans la savane pour mieux repérer les proies ou les prédateurs (les lions, quant à eux, se débrouillent pas mal en restant à quatre pattes). Non, contrairement au schéma toujours en vigueur dans bien des manuels, les hominidés ne se sont pas redressés progressivement. Non, vous ne comprendrez pas à quoi ressemble l’ancêtre commun des grands singes dont nous sommes, en examinant les chimpanzés, gorilles ou autres bonobos actuels. C’est que ces derniers ont autant évolué que nous au cours des 10 ou 12 millions d’années passés, et il est absurde de considérer le chimpanzé actuel comme le modèle ancestral.
Alors quoi ? D’où vient notre station debout et ses vertus ? Picq, qui connaît bien son public à la fête de LO, lève le poing (applaudissements) : à votre avis, qu’est-qui vous permet ce geste en chantant l’internationale ? Back to the trees ! La brachiation, ou le mode de déplacement arboricole des primates… l’accrobranche ! Les bipédies descendent tout droit des arbres et sur deux pieds, il y a quelque 10 millions d’années. Et la bipédie humaine, qui permet la marche d’endurance et autres traits caractéristiques, apparaît vers 2 millions d’années.
On se plonge alors dans un ouvrage érudit mais stimulant qui, outre le récit de « La longue marche des bipédies et de la pensée », met le doigt sur des notions essentielles du raisonnement scientifique en matière d’évolution : ‘l’espèce’ ? une facilité de langage ; les mécanismes évolutifs ? entre contingence, plasticité et bricolage ; l’évolution (comme le diable) se niche dans les détails ; il s’ensuit que nous sommes, entre autres, le résultat d’une évolution en mosaïque, etc.
Bref, toute une histoire, mais pas un storytelling. On en redemande.
Huguette CHEVIREAU

Mots-clés : Livre


