Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 106, juin-juillet-août 2016 > Dans le monde

Dans le monde

Référendum en Grande-Bretagne

To Be or Not to Be dans l’Union européenne, telle n’est pas la question

Mis en ligne le 29 juin 2016 Convergences Monde

Le 23 juin, les Britanniques sont appelés à voter pour rester dans l’Union européenne ou la quitter. Ce référendum était une promesse électorale du Premier ministre, Cameron, dans le but de ravir, l’an dernier, quelques voix au parti réactionnaire et xénophobe UKIP [1]. Mais si Cameron pensait emporter facilement une majorité pour rester dans l’UE, la sortie, le Brexit (pour British exit), semble, à l’heure où nous écrivons, en capacité de l’emporter et de faire regretter à Cameron d’avoir joué avec le feu. « Salles de marché en ordre de bataille » avec « ressources supplémentaires » et « équipe de nuit », banques centrales aux abois, les financiers se préparent à une nuit agitée le 23 juin, craignant un effondrement de la livre sterling. Pourtant, rien ne va changer cette nuit-là et si la livre dégringole, ce ne sera que la conséquence du grégarisme imbécile des spéculateurs. En effet, si le Brexit l’emporte, il faudra des années de négociations avant une sortie effective, si celle-ci a réellement lieu un jour. Et s’il quitte l’UE, le Royaume-Uni trouvera sans doute une position intermédiaire, comme la Norvège ou la Suisse, qui sont intégrées au marché unique et participent, sans être membres de l’union, au budget européen.

Le maintien dans l’Union européenne a les faveurs du grand patronat

Le patronat anglais est majoritairement pour le maintien dans l’Union européenne. Les multinationales, les banques, les constructeurs automobiles, les compagnies aériennes ont tous intérêt à préserver leur accès libre au marché européen. Ainsi, la Confederation of British Industry, le Medef anglais, appelle à rester dans l’UE et les PDG de 36 des 100 plus grandes entreprises britanniques se sont fendus d’une lettre à Cameron pour demander le maintien dans l’UE. En particulier, la City craint de devenir moins attractive pour les banques si elles ne peuvent plus exercer d’activité en Europe depuis leur siège de Londres. Quant aux grands patrons du commerce, les Tesco, Sainsbury’s et Marks & Spencer, ils ont déjà averti d’une flambée des prix en cas de Brexit.

Quelques patrons sont favorables à la sortie de l’UE, principalement des patrons tournés vers le marché intérieur, tels que Wetherspoon (une chaîne de pubs) ou Carphone Warehouse (téléphonie), ou plus orientés vers les États-Unis, la Chine et le Commonwealth. Les uns prétendent défendre les petits patrons contre la « paperasserie » et les normes « contraignantes » européennes, les autres restent nostalgiques de l’empire britannique et pensent obtenir de meilleurs accords commerciaux en quittant l’UE.

Mais, si les députés conservateurs sont aujourd’hui divisés sur la question, cela reflète moins les divergences au sein du patronat qu’une démagogie électorale face à la montée du parti d’’extrême-droite UKIP. Ainsi, Boris Johnson, ancien maire de Londres et actuel député, principal porte-parole conservateur du Brexit, était encore récemment un fervent partisan de l’UE et de son marché unique. S’il devenait premier ministre (ce que chacun prédit en cas de victoire du Brexit), nul doute qu’il retournera à nouveau sa veste à la demande du patronat.

Une campagne xénophobe nauséabonde

Dans la campagne en faveur du Brexit, le ton a surtout été donné par cette droite xénophobe. Les conservateurs pro-Brexit et l’UKIP ont rivalisé dans la surenchère anti-immigrés, brandissant la menace d’une invasion de migrants d’Europe de l’Est voulant voler le travail des Anglais et piller les aides sociales. En particulier, les difficultés du système de santé, le NHS [2], ne serait pas le résultat des coupes budgétaires, mais de l’afflux d’étrangers voulant profiter du système. Ces mensonges éhontés sont d’autant plus absurdes que l’Union européenne est vent debout contre les immigrés, transformant la Méditerranée et la Manche en cimetières, pourchassant les réfugiés sur tout le continent pour les renvoyer en Turquie ou ailleurs.

Vu le ton de la campagne menée par les conservateurs et l’UKIP, le vote pour la sortie de l’UE sera avant tout un vote contre les réfugiés et les travailleurs immigrés. À tel point que pour convaincre de rester dans l’UE, Cameron explique qu’il a réussi à négocier des mesures anti-immigrés, telles que de ne plus payer les aides sociales pour les enfants de migrants européens ou de pouvoir expulser les travailleurs immigrés qui n’auraient pas trouvé un emploi assez vite ou ne gagneraient pas assez d’argent. La liberté de circulation, même pour les ressortissants de l’UE, est donc déjà bien écornée, sans parler des travailleurs venus de l’extérieur de cette « Europe forteresse ».

La classe ouvrière n’a rien à gagner dans ce pile ou face

Dans ce référendum, la gauche est divisée. Le parti travailliste et Jeremy Corbyn défendent un Stay in (maintien dans l’UE) « critique », sur le thème : « Une autre Europe est possible ». Corbyn souhaite de ses vœux une « Europe de la solidarité entre partis socialistes, syndicats et peuples pour une société décente ».

Mais une telle Europe est-elle possible en restant dans l’Union européenne actuelle ? Non, répondent les partisans du Lexit (pour Left exit, la sortie de gauche de l’UE). L’Union européenne est une coalition d’États bourgeois, il faudra bien autre chose qu’une entente entre partis socialistes et syndicats pour changer la donne. Mais autre chose aussi que les fantasmes des tenants du Lexit, comme le syndicat des cheminots, RMT [3], qui appelle à voter contre l’UE pour stopper la privatisation du rail, comme si les dirigeants anglais avaient attendu les consignes européennes pour privatiser !

Entre Lexit ou Stay in « critique », l’extrême gauche perd le nord

Pour le SWP [4] – l’un des principaux groupes trotskystes anglais qui, comme le Socialist Party [5], appelle au Lexit – l’UE n’est qu’un « club de patrons » au service des principales puissances impérialistes européennes, qui mène une politique contre les peuples. Vrai. Mais tout comme l’État national lui-même, qui plus est celui d’une des puissances impérialistes dominantes. L’Angleterre n’a-t-elle pas été à l’avant-garde des politiques dites néo-libérales depuis Thatcher ? Le gouvernement travailliste de Tony Blair n’a-t-il pas été le plus fervent soutien de la guerre en Irak ? De fait, la campagne du Lexit ne peut que favoriser les illusions sur une « souveraineté nationale », qui resterait la souveraineté des patrons, voire être simplement noyée dans les relents anti-immigrés qui dominent la campagne. Le SWP va jusqu’à pronostiquer qu’une victoire du Brexit fragiliserait le gouvernement conservateur et entraînerait donc, dans une deuxième étape, une victoire de Corbyn (pourtant partisan du maintien dans l’UE), créant « un terrain bien plus favorable pour la lutte contre l’austérité et le racisme » [6]. Il en faut de l’imagination pour espérer que le succès d’une campagne dominée par l’extrême-droite favorise par ricochet la gauche et la lutte contre le racisme !

De ce point de vue, les organisations d’extrême-gauche qui défendent un stay in « critique » en dénonçant le racisme porté par la campagne du Brexit (Left Unity, Socialist Resistance ou Workers’ Liberty [7]) ont un peu plus la tête sur les épaules. Mais « critique » ? Cela ne figure pas sur les bulletins de vote d’un référendum. Une victoire du Brexit, si c’est elle qui sort des urnes le 23 juin, signifierait un renforcement de l’extrême-droite. Une victoire du Stay in signifierait un renforcement de Cameron. Quant à la politique du patronat britannique et de la City de Londres elle ne changera pas au gré de la couleur d’un bulletin de vote.

Le rôle des révolutionnaires est de combattre les préjugés xénophobes tout en préparant les travailleurs à se défendre contre les attaques présentes et futures du capital. Pas de se croire obligés de répondre à une question piège.

Le 18 juin 2016, Maurice SPIRZ


[1United Kingdom Independence Party (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni).

[2National Health Service (service de santé public).

[3National union of Rail, Marine and Transport workers (syndicat national des travailleurs du rail, de la marine et des transports).

[4Socialist Workers Party, groupe de la Tendance socialiste internationale, dont les membres français militent au NPA.

[5Autre groupe trotskyste, affilié au Comité pour une internationale ouvrière (CIO), auquel est liée la Gauche révolutionnaire en France.

[6Cf. la tribune de Joseph Choonara (SWP) dans L’anticapitaliste no 341 du 16 juin 2016.

[7Left Unity est un parti de la gauche radicale lancé par Ken Loach en 2013 ; Socialist Resistance est une organisation trotskyste, section de la IVe Internationale liée au NPA ; Workers’ Liberty est une organisation trotskyste.

Mots-clés : | |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Numéro 106, juin-juillet-août 2016