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Dans le monde

El Khomri sans frontière

En Algérie les travailleurs ripostent au projet de retarder l’âge de la retraite

Mis en ligne le 29 juin 2016 Convergences Monde

C’est à la veille du mois de ramadhan, période où l’activité aussi est en sommeil (donc, croit-on, plus propice à faire passer les mauvais coups), que le gouvernement algérien, par le biais d’une tripartite gouvernement-patronat-syndicats, est passé à l’offensive. Il a décidé de supprimer la possibilité de prendre une retraite anticipée après 50 ans (au lieu de l’âge légal qui est de 60 ans), avec une retraite proportionnelle aux années de travail, ou pleine pour ceux qui ont 32 années de cotisation.

Abstraitement le système pourrait sembler plus avantageux que le nôtre. Mais ce serait oublier le très faible niveau des salaires, donc des retraites, et le fort taux du chômage du pays, qui rendent les conditions de vies des retraités bien plus dures qu’ici. Tout le monde se doute qu’au-delà de la suppression des retraites anticipées le projet est de reculer ensuite l’âge légal à 62 ans, voire plus.

Cette possibilité de retraite anticipée en Algérie n’était d’ailleurs pas un cadeau : elle avait vu le jour dans les années 1990, les années de la « décennie noire », celles de la guerre que se livraient l’armée et les groupes islamistes et à l’ombre de laquelle le gouvernement algérien avait pu procéder, sans trop de réactions, à toute une vague de privatisations de l’industrie. Pour le plus grand bonheur de la nouvelle bourgeoisie d’affaire algérienne et des investisseurs étrangers dans le pays. Des centaines de milliers d’emplois avaient été supprimés. La retraite anticipée avait été l’un des moyens de dégraisser les effectifs des entreprises. Toujours est-il que, vingt ans plus tard, la suppression de cette possibilité passe très mal.

La colère

C’est dans les entreprises où le travail est le plus dur que les premières réactions ont eu lieu, dans la zone industrielle de Rouiba, avec des débrayages à l’usine SNVI de constructions de véhicules industriels (6 500 salariés), et dans le grand Sud avec des manifestations de travailleurs du pétrole dans les rues de Hassi R’mel.

« On veut faire de nous des esclaves, mais nous ne nous tairons jamais. […] Ce n’est pas à Haddad [président du Forum des chefs d’entreprise] et Sidi Saïd [secrétaire général de la centrale syndicale UGTA] de décider si je dois travailler ou non jusqu’à 60 ans. » dit un ouvrier de la fonderie, cité par le journal El Watan. « On est tous fatigués. Les conditions de travail sont déplorables. Les ateliers n’ont pas été rénovés depuis 40 ans. Il y a parmi nous des quinquagénaires qui cumulent plus de 30 ans de service et on veut les obliger encore à travailler dix ans de plus […] alors que des milliers de jeunes sont au chômage » explique au même journal un autre, militant syndical. « Le commun des mortels sait que le secteur des hydrocarbures en particulier enregistre un taux vertigineux de mortalité due à des cancers », déclare à la presse un employé de la compagnie pétrolière nationale Sonatrach lors d’un rassemblement devant le siège du groupe à Hassi R’mel.

Le 14 juin, le secrétaire général de l’UGTA, Sidi Saïd, tentait de calmer la protestation on affirmant que la nouvelle loi sur les retraites ne sera pas promulguée en 2016 et devrait épargner les métiers les plus pénibles. Preuve qu’ils ont la trouille. Ce n’est qu’un début.

19 juin 2016, O.B.

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Numéro 106, juin-juillet-août 2016

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