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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 83, septembre-octobre 2012

Italie : Plus chaud que prévu ?

Mis en ligne le 9 octobre 2012 Convergences Monde

Le 10 septembre, les 550 travailleurs d’Alcoa (une multinationale américaine de fabrication d’aluminium) sont venus à Rome manifester devant le ministère du Développement économique. Ils protestaient contre la fermeture, prévue à la fin de l’année, de leur usine de Portovesme en Sardaigne. Des heurts violents ont eu lieu avec la police, au point que le Corriere della Sera écrivait : « À 550, ils ont fait trembler Rome » . Plus récemment, le 25 septembre, environ 200 travailleurs de la même entreprise étaient violemment matraqués par la police, à Cagliari en Sardaigne, alors que leur cortège tentait de pénétrer dans l’immeuble du siège de la région. Ils venaient exiger que les 350 travailleurs des entreprises sous-traitantes puissent bénéficier de la cassa integrazione  [1] comme les salariés de l’établissement.

Qui disait qu’avec ce nouveau gouvernement de Mario Monti, dirigé par un technocrate économiste réputé, la bourgeoisie italienne allait attaquer les travailleurs sans coup férir ?

Certes les classes populaires sont durement frappées

Les annonces de fermetures d’entreprises se multiplient d’un côté, tandis que le nombre d’heures de cassa integrazione augmente de l’autre (10 % de plus sur les huit premiers mois de l’année, par rapport à 2011). Officiellement, le nombre des chômeurs est de 2,4 millions mais, si l’on tient compte des découragés qui cessent de s’inscrire et des salariés en cassa integrazione, c’est à 4,5 millions que s’élève le nombre des sans-travail.

Le ministère du Développement économique a dans ses cartons 160 dossiers d’entreprises à risques, soit 180 000 travailleurs dont l’emploi est menacé à brève échéance. Près de 100 000 précaires de la fonction publique risquent également de voir leurs postes supprimés suite aux coupes budgétaires. À la fin 2011 déjà, 45 000 précaires n’avaient pas vu leur contrat renouvelé. Conséquence : de nombreux commerces et petites entreprises font faillite (probablement 150 000 en 2012) car les banques, bien que copieusement arrosées par la BCE, leur refusent des prêts, préférant continuer à spéculer. Les statistiques officielles indiquent une consommation en baisse de 3,3 % en un an.

Parallèlement, les droits des travailleurs sont remis en cause. L’article 18 du code du Travail qui prévoyait que les CDI des entreprises de plus de 15 salariés puissent être réintégrés en cas de licenciements jugés abusifs, a été supprimé par le gouvernement Monti, prétendant qu’une telle disposition pouvait décourager les investisseurs et empêcher le retour à la croissance.

Désespoir et colère populaire troublent le ronron syndical...

L’annonce des fermetures d’entreprises s’est parfois traduite par des réactions désespérées. Un syndicaliste s’est tailladé les veines en direct à la télévision. Des travailleurs sont montés sur le toit d’un hangar avec des bidons d’essence. Des mineurs de Sardaigne se sont enfermés à 400 mètres sous terre, munis d’explosifs et menaçant de se faire sauter avec la mine.

C’est que les grandes confédérations syndicales sont longtemps restées aux abonnés absents. Seule la CGIL, et bien timidement, a dénoncé quelque peu ces attaques, mais sans proposer de perspective de riposte. Il y a plusieurs mois, le 20 mars, lors des derniers jours de négociation entre les organisations syndicales et le gouvernement sur la réforme du statut du travail, la FIOM (Fédération de la métallurgie, appartenant à la CGIL) avait appelé seule à une grève nationale de deux heures avec pour mot d’ordre « on ne touche pas à l’article 18 ». Pendant quelques jours, à l’intitiative de militants locaux de la FIOM, des débrayages tournants avaient continué dans différentes villes, débordant le cadre de la métallurgie et entraînant les militants d’autres syndicats. Des entreprises d’une même ville s’étaient rejointes pour manifester ensemble, en bloquant les autoroutes, les voies ferrées, l’accès aux ports... Le 23 mars, Suzanna Camusso, secrétaire de la CGIL, se décidait à annoncer de nouvelles journées de grève, mais sans en préciser la date... toujours reportée, jusqu’à ce qu’enfin soit proposée une journée de grève générale le 26 octobre prochain. Contre la politique d’austérité. Il aurait fallu tout ce temps pour trouver une alliance avec les autres syndicats, CISL et IUL. La gauche, de son côté, avec l’appui de la FIOM, est obnubilée par le dépôt de deux demandes de référendum. Le premier sur l’abrogation de la modification de l’article 18 cité plus haut. Le second sur le « le rétablissement des droits minima et universels prévus par le contrat national de travail », supprimés au profit d’accords locaux. C’est désormais un dada à gauche, et surtout une combine pour tenter de détourner les travailleurs de la lutte de classe, leur propre et seul terrain.

Quoi qu’il en soit, la cause de ces remue-ménage politico-syndicaux est précisément à chercher du côté de la colère des classes populaires. Si la gauche et les directons syndicales se bougent un peu, c’est probablement que les conflits locaux et coups de désespoir qui marquent l’actualité sociale les inquiètent autant qu’ils inquiètent le patronat.

Et ma foi... si Rome pouvait trembler ?

Thierry FLAMAND, 28 septembre 2012


[1La « cassa integrazione » est un système de chômage technique : les travailleurs continuent à faire partie de l’entreprise, mais enchaînent des périodes de chômage qui peuvent durer des mois, voire des années. L’indemnité de « cassa integrazione ordinaire » est de 80 % du salaire, avec un plafond de 900 euros.

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