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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 95, septembre-octobre 2014 > DOSSIER : Gaz de schiste : dollars et dégâts

DOSSIER : Gaz de schiste : dollars et dégâts

France : le bluff Total

Mis en ligne le 24 septembre 2014 Convergences Société

Le sous-sol français recèlerait d’importantes ressources d’hydrocarbures non conventionnel. En 2011, l’EIA (Agence américaine d’information sur l’énergie) évaluait ces réserves à plus d’un siècle de la consommation française de gaz naturel, et évoquait d’importantes quantités de pétrole dans le Bassin parisien. Des estimations (depuis revues à la baisse) qui n’ont rien de fiable : d’abord parce qu’il y a une différence considérable entre l’ensemble des réserves et les réserves exploitables – c’est-à-dire rentables dans les conditions actuelles. Ensuite parce que pour estimer de façon précise ces réserves, il faut explorer… donc fracturer !

En 2010, les premiers permis d’exploration sont délivrés. Les forages se font dans la plus grande discrétion, jusqu’à ce que la médiatisation des dégâts causés par la fracturation hydraulique et la mobilisation de collectifs associant habitants et militants ne mettent le gaz de schiste sur le devant de la scène. L’approche des présidentielles de 2012 est l’occasion pour de nombreux politiciens de droite comme de gauche de se relooker en militants anti-gaz de schiste, comme, par exemple, Jean-Louis Borloo qui, en tant que ministre de l’Écologie, avait pourtant signé les premiers permis d’exploration !

La fracturation hydraulique est donc interdite en France depuis juillet 2011. Une exception en Europe : seule la Bulgarie a fait de même, et l’Allemagne pourrait mettre en place un moratoire (mais la fracturation hydraulique ne serait interdite qu’à plus de trois kilomètres de profondeur). Hollande a réaffirmé son opposition à la prospection : « Tant que je serai Président, il n’y aura pas d’exploration du gaz de schiste en France », déclarait-il le 14 juillet 2013. Mais la législation française est plus floue que ne le laissent entendre ses déclarations de principe.

Exploration en douce…

Selon la loi, seules sont autorisées les « expérimentations réalisées à seules fins de recherche scientifique sous contrôle public ». Concrètement, pour garder leur permis, les compagnies n’ont qu’à promettre qu’elles n’utilisent pas la fracturation hydraulique. Elles peuvent donc prudemment continuer leurs recherches : pour le pétrole de schiste, les demandes de permis d’exploration couvrent aujourd’hui la totalité de la Seine-et-Marne.

Dans ce département, les compagnies américaines Hess Oil et Toreador ont installé des plates-formes pétrolières à Jouarre et à Doue. Suite aux protestations des habitants et à l’interdiction de la fracturation hydraulique, les travaux ont subi une courte interruption. Mais la prospection a repris en 2012 : officiellement, « uniquement pour chercher du pétrole conventionnel ». Pourtant les forages conventionnels réalisés à Doue dans les années 1980 n’avaient rien donné. C’est que, selon Toreador et Hess, « la technologie de recherche » aurait « évolué ». On peut les croire : s’ils refusent de parler de fracturation hydraulique, ils ne précisent pas à quelle profondeur ils comptent forer. Secret industriel oblige ! Mais qu’ils l’utilisent ou non, c’est bien pour le fracking qu’ils sont là, pour être les premiers sur un marché encore à naître.

… et exploitation ailleurs

Si le gouvernement français interdit la fracturation hydraulique, cela ne l’empêche pas de donner sa bénédiction à ses trusts maison pour l’utiliser ailleurs dans le monde, envoyant même en Algérie son ministre des Affaires étrangères, Fabius, pour négocier l’exploitation du gaz de schiste algérien, à laquelle Bouteflika a donné son feu vert en mai dernier. Dans les valises de Fabius, GDF Suez espère rafler la mise. Le groupe a aussi investi dans une usine de liquéfaction du gaz de schiste américain pour le rendre disponible à l’exportation. Quant à Total, c’est tout simplement, depuis janvier, le premier « supermajor » pétrolier non britannique à explorer des gisements de gaz de schiste en Angleterre (où GDF Suez a aussi un pied). La compagnie exploite ou explore également aux États-Unis, en Russie, en Argentine…

Les groupes français peaufinent leur savoir-faire ailleurs, en attendant que le gouvernement français ne se décide à en autoriser l’emploi sur son territoire. Si cela arrive, nul doute qu’ils pourront compter sur cet État, toujours aux petits soins avec les « champions » du capitalisme français, pour leur servir les plus belles parts du gâteau.

A. B.


Les profits pour eux… et pour nous les emmerdes ?

À quoi ressemblerait l’exploitation des hydrocarbures de schiste en France ? La technique de fracturation hydraulique combinée aux forages horizontaux ne permet d’exploiter les hydrocarbures que sur quelques kilomètres-carrés autour de chaque puits : il faut donc un puits tous les 0,5 à 4 kilomètres pour exploiter une couche au maximum. Difficile d’imaginer ce que ça pourrait donner dans des régions densément peuplées comme le Bassin parisien, quand une publicité de l’entreprise de forage Toreador explique « comment profiter des 60 milliards de barils de pétrole cachés… sous la Tour Eiffel ! »

Les habitants des anciennes régions minières comme le Nord ou la Lorraine savent depuis longtemps que les capitalistes sont prêts à transformer le sous-sol en gruyère pour en tirer le maximum de profits, et ne se sont jamais trop inquiétés des effondrements de terrain, des pollutions et des cancers qui suivent de vingt ou trente ans l’extraction du charbon hier, des hydrocarbures aujourd’hui ou demain.

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Numéro 95, septembre-octobre 2014

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