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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 95, septembre-octobre 2014

Après les bombes sur Gaza, Israël envoie ses bulldozers en Cisjordanie

Mis en ligne le 24 septembre 2014 Convergences Monde

Plus de 2 100 morts, 460 000 Palestiniens déplacés, leurs maisons effondrées, un déluge de feu s’est abattu sur la bande de Gaza. Puis les chars sont entrés, ont visé des enfants sur la plage, les familles dans leurs appartements. Après 50 jours d’offensive sur ce petit territoire palestinien où s’entassent 1,9 million d’habitants, un cessez-le-feu dit « permanent », assorti d’une levée partielle du blocus devait permettre aux convois humanitaires de passer enfin. Mais, à peine le cessez-le-feu signé, les autorités israéliennes ont annoncé qu’elles voulaient s’approprier 400 hectares de plus sur le territoire palestinien en Cisjordanie pour une nouvelle implantation. Une annexion pure et simple.

Sous le nom de « Bordure de protection », cette guerre sur Gaza est la quatrième en huit ans : « Pluies d’été » en 2006 (200 morts, 800 blessés), « Plomb durci » en 2008-2009 (près de 1 700 morts). Le lexique de la prétendue « légitime défense » d’Israël se renouvelle, le massacre de cet été est le plus destructeur.

Au vu du soutien inconditionnel des grandes puissances (dont la France dans le sillage des États-Unis), pourquoi le gouvernement ultra-réactionnaire de Netanyahu aurait-il eu la moindre hésitation ? Les grandes puissances, États-Unis en tête, ont besoin d’Israël comme gendarme dans la région. Et le gendarme en profite.

Israël bien décidé à profiter du chaos de Syrie et d’Irak pour avancer ses pions

Israël avait préparé le terrain deux mois plus tôt en choisissant de faire échouer, une fois de plus, les négociations de paix avec l’autorité palestinienne, mettant quelque peu dans l’embarras le gouvernement américain dont le secrétaire d’État, John Kerry, présidait aux négociations. C’est la cinquième négociation et le cinquième échec depuis que les accords d’Oslo, en 1993, avaient accordé aux dirigeants palestiniens le droit de gérer un territoire, morcelé, sans ressources et, depuis, en permanence grignoté par les nouvelles implantations de colonies israéliennes.

Ce n’était pourtant pas faute de concessions supplémentaires de la part de la délégation palestinienne. Le chef de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, était venu comme d’habitude prôner la négociation jusqu’à la compromission. Ce que ne cesse de faire l’OLP depuis des années. Ce qui a valu à la principale organisation du front, le Fatah de Yasser Arafat et aujourd’hui de son successeur Mahmoud Abbas, de se discréditer au profit de son concurrent extrémiste religieux, le Hamas, qui gère la bande de Gaza. La nouveauté de cette année était que le Hamas lui-même s’alignait sur les concessions du Fatah. Or, c’est cet alignement, l’accord que venaient de passer les deux organisations palestiniennes, qui a servi de prétexte à Benjamin Netanyahu, pour rompre les négociations avec Abbas et effrayer la population israélienne au nom d’un nouveau « danger ». Question de satisfaire son extrême droite en préparant l’offensive sur Gaza et une nouvelle vague d’implantations israéliennes en Cisjordanie.

Les roquettes ou la révolte ?

À chaque offensive contre les territoires palestiniens, le gouvernement israélien et ses alliés d’ici invoquent un prétendu droit de défense. Mais ce sont les victimes des bombardements qui ont le droit de défense, et que nous devons aussi ici défendre par notre propagande et nos manifestations. Quelques attentats suicides, quelques volées de roquettes tombant au hasard sur Tel-Aviv, Ashkelon ou autre sont bien dérisoires face à l’aviation, aux bombes téléguidées, aux chars et bulldozers de l’armée israélienne. Les cailloux de la révolte des pierres de 1987-1988 avaient fait plus de mal à la politique israélienne qu’une pluie de roquettes, parce que c’étaient des milliers de jeunes qui faisaient face à l’armée d’occupation et à ses chars. Leur révolte était d’autant plus dangereuse pour le gouvernement israélien qu’elle était celle, massive, d’une population qu’on ne pouvait plus diriger, parce qu’elle pouvait trouver un écho même dans la jeunesse d’Israël, même parmi ses soldats.

En Palestine, ce que privilégient les dirigeants des organisations nationalistes, c’est seulement la guerre classique (ou suicidaire), à armes inégales, ou les marchandages qui les compromettent à tout jamais. Parce qu’ils n’aspirent qu’à gouverner « leur » peuple. Et quand, le 22 août, en pleine offensive israélienne, le Hamas fait exécuter 18 Palestiniens accusés de « collaboration » (à moins qu’ils n’aient été que de simples opposants ou membres d’un autre parti palestinien), dont une partie ont été exécutés sur la place publique, à la sortie de la prière devant la plus grande mosquée de Gaza [1], c’était un avertissement qu’il donnait à toute la population palestinienne : au nom de la guerre, tous derrière moi et pleins pouvoirs à la dictature du Hamas. (Comme le font, il est vrai, tous les gouvernements bourgeois en temps de guerre.)

Où sont les refuzniks ?

Le climat politique en Israël même semble être aujourd’hui pire que jamais. En tout cas, c’est ce qu’on peut comprendre à la lecture, entre autres, des témoignages d’un militant d’extrême gauche israélien, Michel Warshawski, qui est depuis de longues années de tous les combats contre la politique d’oppression des Palestiniens par Israël. L’extrême droite a le vent en poupe. C’est un climat raciste, voire écrit-il fasciste, qu’il ressent et qui l’inquiète. Même si, répondant à la question d’un journaliste sur les sondages d’opinions montrant que 80 % de la population soutient l’intervention à Gaza il dit : « Je pense que la société israélienne est divisée sur le fond en deux moitiés – une grande et une petite. Un peu moins de 50 % soutiennent la politique de la droite et votent pour ces partis. L’autre moitié n’aime pas les colons, se moque du Grand-Israël et aspire à une solution de compromis ». Mais c’est la première moitié qui s’exprime. Et les rares manifestations qui ont tout de même eu lieu en Israël contre la guerre, cet été, étaient malheureusement peu nombreuses, regroupant, selon lui, plutôt des milieux petit-bourgeois intellectuels « parce qu’ils ont surtout peur pour leur Israël, leur Tel Aviv détendu, non idéologique, plutôt à gauche qu’à droite, qui est sévèrement menacé ».

« Où sont les refuzniks ? », les soldats opposés à la guerre qui avaient participé aux grandes manifestations en Israël contre l’occupation du Golan en 1982-1984, puis pendant la révolte des pierres en 1987-1990, se demande Warshawski dans un article du 30 juillet dernier. [2] « Des centaines d’officiers et soldats refusaient de joindre leurs unités et étaient jetés en prison… Ils étaient une composante cruciale du mouvement anti-guerre ». Aujourd’hui, sur les 60 000 militaires impliqués dans l’offensive sur Gaza « seuls trois ou quatre soldats ont refusé d’obéir. »

La situation en Israël

À en croire son témoignage, la situation est sûrement bien difficile en Israël pour ceux qui veulent en finir avec cette guerre et l’oppression du peuple palestinien. Mais, avec des limites politiques peut-être, ils y ont été tout de même des poignées à manifester à contre-courant cet été.

Pour huit millions d’Israéliens, la politique de colonisation a un coût très lourd. La population vit en état de guerre permanent. Les hommes, jusqu’à 40 ans (sauf les Arabes israéliens exemptés du service militaire…), doivent, sept à huit semaines par an, reprendre du service dans l’armée qui absorbe une part très importante du budget de l’État. Ces dernières années, ce poids est devenu insupportable, même s’il rapporte gros à d’autres : les bénéfices nets des entreprises israéliennes de télécommunication ou d’armement ont explosé ces dix dernières années. Le poids de la crise économique générale s’y ajoute. L’État a mis en place un plan de réduction des dépenses sociales. Les chômeurs de moins de 25 ans ou encore les femmes seules avec des enfants se sont vu supprimer des allocations qui leur permettaient de vivre. Les inégalités sociales se sont approfondies : en 2007, 24 % des Israéliens et 35 % des enfants en Israël vivaient sous le seuil de pauvreté.

Alors, en 2011 et 2012, il y a eu des manifestations contre la hausse des prix qui s’étaient propagées dans tout le pays, rejointes par les salariés pour l’augmentation des salaires. En mars dernier, la presse israélienne se lamentait d’une recrudescence des conflits sociaux et des grèves, notamment dans les services publics. Le 1er mai, des milliers de personnes défilaient à Haïfa pour l’augmentation des salaires ; le 1er septembre, les employés de la poste se mettaient en grève contre les licenciements de 1 500 d’entre eux.

Cela montre que la lutte de classe au Moyen-Orient a bien des ressources. Même en Israël. Et que, malgré la difficulté, il est à la fois possible et indispensable pour les militants israéliens, mais aussi et surtout pour les Palestiniens eux-mêmes, de s’adresser à la population laborieuse d’Israël, à ces 50 % qui n’osent pas s’exprimer, à ces milliers qui font grève et manifestent contre leur appauvrissement, à ceux bien plus nombreux qui pourraient le faire demain.

Il se discute aujourd’hui souvent dans l’extrême gauche, de façon bien abstraite, la question des « perspectives politiques » à donner en objectif à la lutte contre l’oppression du peuple palestinien : deux États séparés, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, y compris du peuple israélien, ou un état binational égalitaire et démocratique ? Le premier, qui rejoint la revendication des directions nationalistes palestiniennes (Fatah comme Hamas), c’est au fond ce que les accords d’Oslo faisaient mine de mettre en place (même si Israël n’a pas joué le jeu). Ce qui se résume, en fait, à d’un côté un État réel disposant de toutes les ressources et, de l’autre, un ghetto de misère, avec un gouvernement autonome qui n’a grosso modo que le rôle d’une sous-préfecture. Quant à un État unique binational, encore faudrait-il se demander quel État. Un État bourgeois qu’une « bonne constitution » dite démocratique rendrait soudain égalitaire ? Sous l’égide de l’ONU ou de Médecins sans frontières peut-être !

Pour en finir avec la situation actuelle, il faudra une révolte commune de tous les opprimés de Palestine, ouvriers d’Israël (juifs comme arabes), ouvriers ou plus souvent chômeurs des territoires palestiniens qui, renversant le pouvoir en Israël même, pourrait créer bien autre chose qu’un État faussement démocratique : une société débarrassée de l’exploitation, et de l’un de ses corollaires, le racisme.

12 septembre 2014, Léo BASERLI


Des voix discordantes au sein de l’armée

43 soldats et officiers de réserve israéliens d’une unité d’élite spécialisée dans le renseignement ont adressé une lettre au Premier ministre et au chef d’état-major pour dénoncer les « abus » commis contre les Palestiniens. Apparemment, dans leur lettre, dont des extraits ont été publiés le 12 septembre par le quotidien israélien Yediot Aharonot, il ne serait pas question de la guerre qu’Israël vient de mener contre la population de Gaza. Mais le contexte de cette guerre n’en donne que plus de poids à leurs propos.

Ces soldats, devenus des « Refuzniks », disent ne plus pouvoir « continuer à servir ce système qui porte atteinte aux droits de millions de personnes ». Certains signataires dénoncent la collecte d’informations permettant de transformer des gens en informateurs : « Si tu es homosexuel et que tu connais quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît l’homme que l’on recherche, Israël va transformer ta vie en enfer », explique un des signataires.

Les sondages réalisés au début des opérations montraient que 80 % de la population soutenaient l’intervention israélienne à Gaza. Et de nombreux témoignages décrivent une droite et une extrême droite arrogantes et militantes (voir notre article ci-contre). Il n’empêche… Que, dans le climat d’intoxication écœurant et d’union sacrée qui précède les interventions militaires, 20 % de la population se refusent à soutenir la guerre montre qu’une autre voix peut se faire entendre publiquement. À l’heure où les travaillistes s’alignent sur la politique de Netanyahu et des chefs militaires, il se pourrait bien que les manifestants anti-guerre sortent de la confidentialité.

La lettre courageuse de ces 43 Refuzniks annonce peut-être un tournant qui mettrait à mal le prétendu unanimisme derrière les va-t-en-guerre qui vont de l’extrême droite à la gauche israéliennes.

J.-J.F.


[1« À Gaza, les combattants du Hamas se lancent dans une chasse aux “collaborateurs” », Le Monde, 23 août 2014.

[2Michel Warschawski, « Where are the refuseniks ? », Alternative Information Center, 30 juillet 2014.

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