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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 9, mai-juin 2000

Russie : le nouveau président est l’ami de la bourgeoisie occidentale

Mis en ligne le 1er juin 2000 Convergences Monde

Poutine, vainqueur des élections présidentielles en Russie, aura véritablement été reçu en allié et ami par les dirigeants anglais, non seulement par le premier ministre travailliste Blair mais par la reine d’Angleterre avec laquelle, signe de haute reconnaissance, il a pris le thé. Blair s’est même permis, reprenant un propos de Margaret Thatcher, de déclarer que « c’est quelqu’un avec qui vous pouvez faire des affaires ».

Le candidat des Occidentaux

Poutine a véritablement été le candidat des dirigeants occidentaux. Ils n’ont cessé de souhaiter à Eltsine un successeur capable de mettre en place un pouvoir fort. Ils n’ont bien sûr aucune gêne avec cet ancien dirigeant du KGB, le massacreur de la Tchétchénie, un des chefs de la dictature politico-mafieuse de la Russie, défenseur attitré des clans les plus puissants et corrompus du pays. Et ils admettent très bien, malgré quelques déclarations difficilement évitables sur « la nécessité de limiter les excès » qui se sont tout juste traduites par une petite suspension du droit de vote russe au Conseil de l’Europe, qu’il était nécessaire pour Poutine de taper dur en faisant la guerre au peuple tchétchène. En réalité, les dirigeants occidentaux se sont vite satisfaits de simples déclarations d’intention à propos de négociations avec des représentants tchétchènes, jamais suivies d’actes, ou encore sur la mise en place d’une commission d’enquête russe qui ne trouvera rien à redire bien entendu. Nul besoin en effet d’enquête pour savoir que les troupes russes exercent des exactions terroristes : vols, viols, fusillades massives contre les hommes adultes et bombardements des populations civiles.

Et Poutine ne peut, lui aussi, pas faire moins que de s’indigner de cette « ingérence occidentale » dans les affaires intérieures russes. En fait « d’ingérence » il n’y a eu que celle des financiers occidentaux à la remise des dettes russes et à la réouverture des prêts internationaux. Ce cadeau revenait vraiment à une lettre d’accréditation de Poutine, alors seulement président intérimaire et candidat au poste suprême. Son élection, visiblement truquée et obtenue à l’arrachée, n’a pas gêné les grandes puissances qui s’en sont même portées garantes, déclarant qu’elle respectait « pour l’essentiel les règles admises au plan international ».

L’attitude protectrice du FMI, des financiers publics ou privés (Club de Londres et Club de Paris) et des banques internationales qui ont également fait crédit à Poutine (avec un cadeau estimé entre 20 et 30 milliards de dollars en février 2000), concorde avec les déclarations favorables des principaux chefs d’Etat. Celles de Chirac, par exemple, invitant Poutine en visite officielle à Paris et affirmant que son élection « ouvre des perspectives nouvelles ». Celles aussi du ministre des affaires étrangères, le socialiste Védrine, affirmant que Poutine est « un grand patriote, déterminé » : « je ne pense pas qu’il faille le juger sur l’affaire de Tchétchénie... M. Poutine a une vision de la situation réelle de son pays, il sait où il va…. » Il ne risque pas d’y avoir de couac de la cohabitation entre Chirac et Jospin ! La Secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright se félicitait pour sa part : « c’est un bon interlocuteur, très au fait des dossiers, évidemment un patriote russe qui recherche une relation normale avec l’Ouest. »

En échange, le nouveau président russe n’est pas chiche de cadeaux politiques comme de garanties aux puissances occidentales. Il « comprend les intérêts des occidentaux pour le pétrole de la mer Caspienne ». Il fait accepter au parlement russe la ratification du traité de désarmement nucléaire Salt II qu’Eltsine n’était jamais parvenu à obtenir. Il « admet » la volonté américaine de renégocier les accords du traité ABM.

A la recherche d’un pouvoir fort

Poutine est, momentanément peut-être, un gage de stabilité politique et même sociale. En effet, cet ancien du KGB qui apparaît avoir le soutien de l’armée et des forces policières satisfait ceux qui pensent qu’il faut un homme fort à la tête de l’Etat. Il ne s’est pas contenté de montrer qu’il ne craint pas de frapper fort contre le peuple tchétchène, il a également fait peser un poids plus grand des forces policières sur les opposants, les partis politiques, la presse et toute la société. Il se déclare partisan « de l’ordre et de la discipline la plus dure dans le pays ». Il insiste : « nous voulons que les militaires soient mieux respectés dans notre pays » et appelle à développer le complexe militaro-industriel russe. Et les cadeaux aux militaires n’ont pas manqué, cadeaux financiers comme augmentation de leur importance dans la société (glorifications de l’armée dans les médias, augmentation du budget de la défense, préparation militaire dans les écoles, formation de divisions militaires spéciales de l’ancien KGB).

Poutine représente une alliance de la haute bourgeoisie, de l’ancienne bureaucratie reconvertie au capitalisme et d’un certain nombre de secteurs de la société qui craignaient pour leur influence, comme les anciens syndicats uniques. Ceux-ci avaient dû mener des conflits grévistes pour obtenir à nouveau d’être reconnus lors des négociations. Poutine a changé de ton à leur égard et leur a promis un peu de grain à moudre pour tenter de leur redonner une crédibilité bien entamée. Il leur promet la renégociation des accords salariaux. Mais sa nouvelle entente avec la Fédération des syndicats Indépendants (ex staliniens) ne l’empêche pas de mettre en place le nouveau Code du travail qui contribue encore à l’aggravation des conditions de vie de la classe ouvrière.

Au programme de Poutine, il y a aussi la mise en place de la loi sur la terre, qui est une des mesures importantes de privatisation qui reste à accomplir et menace là encore le sort de millions de travailleurs des campagnes. Aux travailleurs, Poutine a d’ailleurs tenu le langage de la fermeté : « personne ne doit s’attendre à des miracles. Les attentes sont très grandes, le peuple est fatigué, la vie est dure, mais je n’ai pas le droit de dire que des miracles vont maintenant se produire, cela ne mènerait qu’à la désillusion. »

On comprend dans ces conditions que Poutine apparaisse comme l’homme qu’il faut aussi bien pour la bourgeoisie russe que pour l’impérialisme. Son arrivée coïncide avec une remontée des bonnes affaires pour la bourgeoisie russe et une entente avec la finance mondiale qui est, elle aussi, synonyme de spéculations sinon d’investissements. Pour montrer qu’il ne compte pas s’en prendre aux grands patrons russes, Poutine se montre avec Bérézovski, un grand bourgeois qu’il laisse mettre la main sur 60% de la production d’aluminium et consulte régulièrement Piotr Aven, le patron d’Alfa, puissant groupe financier et pétrolier ou encore Vladimir Potamine de Interros.

Un salaire moyen de 450 francs

Alors que tous les voyants économiques sont à nouveau au vert et que les affaires ont repris comme avant la catastrophe d’août 98, plus de 40 % de la population russe doit survivre en dessous du minimum vital officiel (240 F). Le niveau des salaires est inférieur de 30 % à celui de 1997, selon le journal « Le Monde », avec un salaire moyen dans l’industrie équivalent à 450F et des pensions de retraite en baisse de 47 % depuis août 98.

Les scores électoraux ne peuvent cacher la fracture de plus en plus évidente entre riches et pauvres. Si jusque là les nombreuses grèves ont été orchestrées et limitées par les appareils syndicaux, elles n’en reflètent pas moins une certaine combativité, importante vue le contexte sécuritaire. Alors on peut parier que Poutine est moins convaincant vis à vis des travailleurs qu’il ne l’est vis à vis de ses amis, les capitalistes occidentaux.

Le 5 mai 2000, Robert PARIS

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