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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 9, mai-juin 2000 > DOSSIER : Femmes au travail : tout a changé... rien n’a bougé

DOSSIER : Femmes au travail : tout a changé... rien n’a bougé

La Marche mondiale des femmes

Mis en ligne le 1er juin 2000 Convergences Société

En 1995, la Fédération des femmes du Québec organisait une Marche à travers le pays en revendiquant « du pain et des roses » c’est à dire de quoi vivre et des raisons de vivre. Forte du succès de cette marche, la fédération a lancé un appel aux femmes du monde entier pour organiser en 2000 une marche mondiale des femmes. Ce sont aujourd’hui plus de 3500 groupes de 150 pays qui participent à ce projet. En France les diverses initiatives convergeront le 17 juin avec une grande marche sur Paris ponctuée de diverses étapes sur les thèmes de la Marche : contre la pauvreté et les violences faites aux femmes. Un rendez-vous européen aura lieu à Bruxelles le 14 octobre, puis ce sera le grand rassemblement mondial le 17 octobre à New-York.

La nouvelle classe ouvrière du Sud

Si la mondialisation a ouvert de nouvelles possibilités d’emplois aux femmes, elle a suscité de nouvelles tendances qui exacerbent les inégalités entre les sexes.

Tous les pays qui ont choisi de valoriser l’industrialisation par le biais des industries d’exportation ont connu une très forte féminisation du marché du travail. Dans ces industries-là les nouvelles classes ouvrières des pays comme la Corée du sud, la Malaisie, la Tunisie, le Maroc sont à majorité féminine. En Asie du sud-est les femmes représentent jusqu’à 80 % de la main d’oeuvre des zones franches qui ont offert aux femmes du Sud un emploi et donc une indépendance financière, même temporaire. Leur arrivée massive sur le marché du travail a bousculé des mentalités, ouvrant une brèche certes limitée dans les préjugés sexistes.

70 % des pauvres

Mais d’autre part, la précarisation de l’emploi, la réduction de la protection sociale, l’instabilité et l’insécurité des revenus la marginalisation des populations les plus vulnérables sont aussi les conséquences de la mondialisation qui pèsent tout particulièrement sur les femmes au Nord comme au Sud. L’accroissement de la pauvreté et de la précarité de la plus grande partie de la population mondiale touche particulièrement les femmes. Quatre milliards de personnes vivent dans la pauvreté « relative » et 1,5 milliard dans la pauvreté « absolue » dont 70 % sont des femmes.

Au Nord, les industries basées sur une main d’oeuvre importante et très féminisée, comme le textile par exemple ont été délocalisées, entraînant des licenciements massifs. Partout le chômage des femmes est une des raisons majeures de la féminisation de la pauvreté. Le nombre important de femmes parmi ceux qu’on appelle les nouveaux pauvres dans les pays du Nord est lié directement à la montée du chômage. Aux Etats-Unis alors qu’en 1940 40 % des personnes vivant dans la pauvreté étaient des femmes, la proportion est aujourd’hui de 60 %.

La santé et l’éducation en ligne de mire

Elles subissent très fortement les conséquences de la flexibilité et de l’instabilité du marché de l’emploi, notamment dans les pays du Sud où cette flexibilité est présentée comme un atout compétitif fondamental de ces pays dans leur insertion sur le marché international du travail. Selon C. Wichterich (La femme mondialisée) « en Thaïlande, on considère qu’en raison des dommages sanitaires qu’elles ont subis et de la baisse de la faculté de coordination entre leurs yeux et leurs mains, les ouvrières de l’industrie ne sont plus « utilisables de manière rentable » au bout de cinq années seulement ». En Amérique centrale, le temps de séjour moyen des femmes dans les usines des zones franches est d’environ sept ans.

Dans les pays du Sud, les politiques dictées par le FMI et la Banque mondiale ont un effet désastreux. En Afrique sub-saharienne par exemple on assiste au démantèlement des écoles publiques et à la réapparition de maladies contagieuses suite aux plans d’ajustements structurels. Au Zimbabwe, le nombre de femmes mourant en couches a doublé en deux ans suite à un plan d’ajustement structurel qui s’est traduit par une baisse d’un tiers des dépenses publiques de santé. En conséquence, les femmes doivent travailler davantage pour payer les services qui étaient auparavant gratuits ou subventionnés mais en outre elles doivent pallier les carences des pouvoirs publics en effectuant ces services sous forme de travaux non rémunérés.

L’économie se globalise, la résistance s’organise

En partant de la critique fondamentale du système dans lequel nous vivons, la Marche porte des propositions concrètes qui s’attaquent aux causes structurelles de la pauvreté et des violences : annulation de la dette, fin des programmes d’ajustement structurels et des compressions dans les budgets sociaux et les services publics, mesures garantissant l’autonomie économique et sociale des femmes, une protection réelle contre toutes les formes de violences, l’égalité face à l’emploi, l’égalité des droits pour les femmes immigrées, la régularisation des sans-papières...

Comme l’expriment poétiquement les québécoises : « Nous marcherons pour enfanter un monde basé sur le partage de la richesse collective, matérielle et spirituelle de l’humanité et pour faire en sorte que chacune et chacun ait à la fois de quoi vivre et des raisons de vivre ».

Agnès MARDETALAII

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