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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 9, mai-juin 2000 > DOSSIER : Femmes au travail : tout a changé... rien n’a bougé

DOSSIER : Femmes au travail : tout a changé... rien n’a bougé

Femmes ouvrières, femmes exploitées, femmes combattantes

Mis en ligne le 1er juin 2000 Convergences Société

La bourgeoisie montante a tôt compris l’intérêt qu’elle avait a utiliser une main-d’œuvre abondante et docile, croyait-elle. Dès 1827, un industriel déclarait : « Par des instructions sagement combinées on peut répandre chez le sexe faible des connaissances et des talents qui créeront la concurrence la plus avantageuse entre le travail des hommes et celui des femmes ». On estime que le salaire des femmes était inférieur, pour la même tâche, de plus de la moitié à celui des hommes à la fin du XIXe siècle.

La voix des femmes

Mais très tôt cette situation insupportable suscita des réactions de la part des intéressées. Après les journées de Juin 1848, des saint-simoniennes et des fouriéristes éditent un journal pendant quelques semaines, « La voix des femmes », pour dénoncer les conditions de vie des femmes ouvrières, et le statut de la femme en général. Au même moment à Lyon s’organisent « les fourmis réunies », un groupe de couturières, en fait un syndicat, ce qui vaudra aux dirigeantes six mois de prison.

Pendant la commune de Paris la participation des femmes est spectaculaire. Elles mettent sur pied des crèches, des cantines des organismes de solidarité, mais aussi participent en première ligne aux combats durant la semaine sanglante. Louise Michel, la plus célèbre d’entre elles, paiera son engagement de 9 années de déportation.

Les luttes des femmes

La participation des femmes aux luttes ouvrières reprend de plus belle à partir des années 1890. Ainsi à Vienne en Autriche la première grève féminine du textile éclate à l’occasion du 1er mai 1893 : durant 14 jours 700 ouvrières bloquent les ateliers pour réclamer la journée de dix heures et l’augmentation des salaires. En 1895 à Limoges les corsetières tiennent durant 108 jours ; les cartonnières de La Guerche 130 jours. Aux Etats-Unis, une femme, Clara Lemliech, immigrée russe juive ayant fui les pogromes, dirige une série de grèves très dures dans le textile en 1909. C’est à cette occasion que « du pain et des roses », une chanson traditionnelle du mouvement ouvrier américain fut composée.

Le mouvement social-démocrate marxiste a rejeté le fatras d’idées réactionnaires véhiculé par la bourgeoisie sur la place « naturelle » des femmes à la maison pour élever les enfants, son statut d’éternelle mineure vis à vis des hommes. Au congrès de Gotha de 1896, sur proposition de Clara Zetkin la résolution suivante est adoptée : journée de huit heures pour les femmes comme pour les hommes ; à travail égal salaire égal ; droit d’être électrices et éligibles aux prud’hommes ; égalité de droits avec les hommes en matière de réunion et d’association ; et surtout égalité des droits civils (droit de vote).

De nombreuses femmes ont participé à la construction des organisations sociales démocrates : C. Zetkin, mais aussi Rosa Luxembourg en Allemagne, et Alexandra Kollontaï en Russie, pour ne citer que les plus connues.

Cela n’a pas empêché les femmes de se heurter à de l’hostilité au sein même des partis ouvriers et des syndicats. Elles étaient soupçonnées d’être plus sensibles aux pressions patronales, et le travail des femmes resta mal vu par nombre d’ouvriers pendant longtemps. Particulièrement en France ou le mouvement ouvrier reste longtemps imprégné d’idées proudhoniennes, violemment anti-féministes. Il faut attendre 1914 pour que la CGT crée un organisme dirigé par des femmes et mène une campagne d’action en leur faveur, et 1920 pour qu’elles aient le droit de se syndiquer sans l’accord de leur mari.

Aux Etats-Unis, les ouvrières ne recevant aucun soutien des syndicats de métiers traditionnels créent leur propre organisation en 1911 : la Women’s Trade Union League.

Les droits des femmes

Pendant la première guerre mondiale des grèves éclatent en France dans les usines d’armement pour exiger des salaires décents et des meilleurs conditions de travail. Et la révolution russe commence avec la journée de la femme le 8 mars 1917.

Après la guerre de 1914 la lutte pour l’égalité de traitement des femmes et des hommes s’accentuent. En 1919, l’égalité de traitement pour les femmes travaillant dans les institutions publiques est accordée, en 1929 c’est au tour des postières d’obtenir les mêmes droits.

En revanche la crise des années trente marque un recul pour les femmes : on les accuse de prendre la place des hommes et d’être cause du chômage. En Suède le gouvernement « socialiste » décide d’exclure du travail les femmes dont le mari travaille, sous prétexte qu’elles ont déjà un revenu, sans parler des régimes fascistes où les femmes sont reléguées au rôle de poules pondeuses d’enfants. Il faudra attendre la fin de la 2e guerre mondiale, pour que la question du statut des femmes ressurgisse sur la place publique.

Comme on le voit la lutte des femmes pour leur dignité ne date pas du développement des idées féministes dans les années 60 au sein de la petite bourgeoisie. Si les femmes ouvrières ont dû batailler y compris contre les préjugés des ouvriers, c’est aussi au sein du mouvement ouvrier révolutionnaire qu’elles ont trouvé leurs plus puissants alliés.

Eric STEPHANT

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