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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 114, septembre-octobre 2017 > Discussion

Discussion

Lutte ouvrière à la recherche… de Lutte ouvrière

Mis en ligne le 5 octobre 2017 Convergences Politique

L’article de Lutte ouvrière intitulé « Le NPA à la recherche d’une politique », paru dans la revue Lutte de classe de juillet/août 2017, plutôt que d’engager une discussion qui pourrait être féconde, sert surtout à justifier le refus de LO fait au NPA à sa proposition d’accord électoral pour les élections législatives de 2017. Le préambule annonce la couleur : l’objectif est de revenir « dans cet article sur ce qui distingue LO et le NPA  ». On l’aura compris : l’article est davantage à usage interne.

De bien mauvaises raisons de refuser la main tendue du NPA

Les rédacteurs de l’article commencent par se moquer des votes des instances du NPA en faveur de cet accord électoral : 71 % en faveur d’une répartition des circonscriptions électorales avec LO, et une « majorité extraordinaire de… 51 % » pour appeler à voter Lutte ouvrière sans contrepartie dans les circonscriptions où le NPA ne se présentait pas. Au lieu de se réjouir et de s’appuyer sur ces majorités, l’article préfère citer longuement les quelques comités locaux du NPA qui lui ont préféré un appel large à voter à la gauche du PS ou à l’abstention.

Mais même les militants du NPA favorables à un accord uniquement avec LO sont balayés d’un revers de main et renvoyés dans leurs cordes : « Encore faut-il que la situation politique le rende utile, que nos deux organisations y trouvent leur compte et qu’elles fassent preuve d’un minimum de sérieux dans la préparation d’un tel accord électoral. Ce qui n’a pas été le cas pour ces élections législatives. »

Selon LO, ce sont « la désinvolture et le dilettantisme du NPA » qui l’ont conduite à refuser cette « non-proposition » de répartition des circonscriptions. LO peut regarder de haut le NPA, qui n’a certes pas son niveau de « professionnalisme » en matière électorale. Cela n’a pas empêché le NPA de recueillir les 500 parrainages nécessaires pour pouvoir se présenter à l’élection présidentielle, ni son candidat d’obtenir un réel courant de sympathie parmi les travailleurs et au final davantage de suffrages que Nathalie Arthaud. Un crédit que le NPA était prêt à partager avec LO pour les législatives. Mais le seul candidat ouvrier de ces élections ne trouvera pas grâce aux yeux des rédacteurs de l’article : cette sympathie et son score électoral, Philippe Poutou les aurait obtenus en « cultivant son personnage d’ouvrier insolent » sur fond de « formules creuses et même parfois réactionnaires » et de « posture apolitique ». Tandis que Nathalie Arthaud a cherché « à faire réfléchir les travailleurs  ». Alors forcément…

À lire cet article, cette proposition n’aurait donc été ni sérieuse ni vraiment voulue par le NPA. Mais pour le démontrer, il aurait été plus convaincant de prendre au mot le NPA.

Cela dit, quelle serait donc cette « situation politique » qui rendrait « utile » un tel accord électoral ? Si l’on en juge par ses accords passés, un des critères serait de permettre à LO d’y « trouver son compte » en termes d’élus, comme cela a été le cas grâce à l’accord entre LO et la LCR (dont est issu le NPA) aux élections européennes de 1999, ou lors des municipales de 2008, qui a vu LO participer à 70 listes communes avec la gauche et l’extrême gauche : LCR, PT, PCF, MRC, PRG, Verts, PS… [1] Or vu les faibles scores prévisibles de LO et du NPA aux législatives de 2017, il était improbable qu’un accord électoral leur permette d’obtenir des élus.

Mais le bilan d’une élection se résume-t-il au nombre de ses élus ? Les 65 conseillers municipaux de LO élus en 2008 grâce à des listes d’union allant jusqu’au PS ou au MRC de Chevènement, en apportant son crédit à la gauche de gouvernement, l’ont été au détriment du positionnement politique de LO, une rupture tout de même problématique avec toute sa fermeté passée.

Des « agités » et des « pédagogues »

Pour en revenir à un accord avec le NPA aux législatives de 2017, celui-ci n’aurait non seulement pas été « utile », mais même contre-productif par rapport à ce que LO estime être les nécessités politiques de l’heure, à savoir la réimplantation de la conscience de classe et la construction d’un parti communiste révolutionnaire. Sa priorité est « d’offrir aux classes populaires une boussole politique ». Le reste, c’est-à-dire tout ce qui a trait aux « luttes d’ampleur nécessaires pour inverser le rapport de forces », ne dépendant pas des révolutionnaires, il ne leur sert à rien de s’agiter dans ce sens. Tiens donc. Le candidat ouvrier du NPA ne se contentait donc pas de cultiver son personnage d’ouvrier insolent… mais proposait un programme de « luttes d’ampleur »… Côté LO, la campagne de Nathalie Arthaud ne s’agitait-elle pas également à défendre des revendications immédiates, telles que l’interdiction des licenciements, l’augmentation des salaires et des retraites ou la liberté de circulation ? Des thèmes communs avec le NPA.

Alors, où se niche la divergence rédhibitoire ? Si l’on comprend bien, l’axe d’une campagne électorale devrait être d’offrir « une boussole politique », « faire réfléchir les travailleurs », leur expliquer qu’il faut « reconstruire un parti des travailleurs […] dans la tradition communiste révolutionnaire ». Bref, s’en tenir à la pédagogie communiste. Là aussi, LO dérogerait donc à ses axes de campagnes électorales passées, celles qui ont fait la popularité d’Arlette Laguiller, quand il s’agissait non pas de faire la leçon aux travailleurs, mais d’exprimer leurs indignations, leurs colères, leurs perspectives en fonction de la situation du moment. Ce qui précisément, tout en s’affichant comme militante révolutionnaire, permit à des centaines de milliers de travailleurs de se reconnaître en elle et de la considérer comme l’une des leurs. Après tout, pour des raisons similaires à la popularité de Philippe Poutou.

Quant à la construction d’un « parti qui œuvre à la transformation de la société [2] », curieusement, voilà que LO rejoint une formulation bien floue et pas précisément communiste du NPA qui s’était fixé en 2009 comme objectif dans ses principes fondateurs de « construire un parti pour la transformation révolutionnaire de la société  ». Une formulation, soit dit en passant, de laquelle différentes tendances du NPA, y compris la nôtre, se sont toujours démarquées.

Alors, construire un parti ouvrier révolutionnaire, c’est effectivement une priorité. Mais cela ne dit pas comment le construire (certainement pas par des leçons de pédagogie politique), ni quel parti construire. Si l’étiquette « communiste révolutionnaire » a une importance, elle ne garantit pas le contenu de la bouteille.

Certes, LO (qui toutefois n’a pas ajouté « communiste » à son nom), indique comme différence majeure avec le NPA que celui-ci aurait rejeté l’étiquette communiste de la LCR pour mieux rechercher « un nouveau raccourci pour accélérer la révolte sociale ». Tout se discute, et question « raccourcis », c’est effectivement l’objet de réels débats parmi les différentes tendances et sensibilités regroupées au sein du NPA. Mais notons tout de même qu’en 1999, la LCR avait pourtant déjà cette orientation. Elle avait même failli changer de nom pour abandonner la référence au communisme lors de son congrès de 1998 (au cours duquel 64,8 % des délégués avaient voté en faveur du changement de nom, soit presque les deux tiers des voix nécessaires pour que cette proposition soit adoptée). Elle s’était présentée aux élections régionales de la même année sous des étiquettes « 100 % à Gauche », « Tous ensemble » ou « À Gauche vraiment ». Cela n’empêchait pas LO de « regretter » l’absence de candidatures communes LO-LCR [3]. Ce qui fut corrigé aux élections européennes de 1999 et renouvelé en 2004 par de nouvelles listes communes LO/LCR aux élections européennes et régionales (malgré l’opposition d’un tiers de la LCR à cet accord électoral).

Les années passent, et les virages tactiques se suivent, d’un côté comme de l’autre. En 2002, la LCR proposa à LO une candidature commune… derrière Arlette Laguiller. Un quasi ralliement donc. Cette fois, ce fut LO, dans un petit accès de condescendance électorale (des sondages lui donnaient plus de 10 %) qui refusa l’accord. Par défaut, s’ensuivit la candidature d’Olivier Besancenot, avec pour résultat que les deux organisations d’extrême gauche se partagèrent les 10 % en question… En 2017, le NPA ne proposait même pas à LO de fusionner leurs listes électorales et de mener une campagne commune comme en 1999 ou en 2004, mais de se répartir les circonscriptions. Un accord qui n’empêchait donc en rien LO de mener sa propre campagne.

À l’inverse de ce qu’affirme cet article de la LDC, ne pourrait-on pas penser que la situation politique actuelle rendrait « utile » de tels accords entre LO et le NPA ? Du moins sur le terrain électoral ? Ne permettraient-ils pas à l’extrême gauche d’être plus audible et plus crédible auprès de millions d’électeurs ? Une extrême gauche plus audible en faisant converger les voix de nos deux petits partis. Sans compter qu’un tel accord serait en soi un fait politique susceptible d’avoir un écho plus large parmi les jeunes et les travailleurs.

Au-delà des élections, de quoi réellement discuter et échanger entre nos deux organisations

L’horizon des révolutionnaires, heureusement, ne se limite pas au terrain électoral. Et somme toute, espérons que les réactions sectaires à l’occasion des derniers scrutins ne soient qu’une péripétie sans conséquence. L’essentiel étant le rôle que nous pourrons jouer dans les confrontations de classe à venir. Il y a et il y aura de quoi vraiment débattre ! Il fut un temps où LO considérait la LCR et elle-même, entre autres, comme les fractions d’un futur parti révolutionnaire. Pour l’heure, LO et le NPA restent des organisations distinctes, avec leurs pratiques militantes et leurs parcours historiques respectifs. C’est un fait. En revanche, les militants des deux organisations ont tout à gagner à poursuivre les échanges et les véritables discussions, et pas seulement à l’occasion des échéances électorales.

La tradition, il faut s’en féliciter, veut qu’il y ait un débat annuel entre LO et le NPA à la fête de LO (comme pour la LCR et LO auparavant). LO a également pris la peine de justifier son refus d’accord aux législatives avec le NPA dans un article de sa revue Lutte de classe paru en juillet. Mais à l’invitation du NPA d’avoir un débat spécifique entre LO et le NPA lors de son université d’été, LO a répondu : « … Nous avons pris connaissance de votre invitation à participer à un débat entre nos deux organisations dans le cadre de votre université d’été. Nous vous en remercions, mais nous n’en voyons pas l’intérêt. Nous n’avons donc pas l’intention d’y participer. ». LO ne voit donc pas l’intérêt d’un tel débat devant le public du NPA ? Mais quel était donc l’intérêt de cet article de la Lutte de classe ?

18 septembre 2017, Gilles SEGUIN


[1C’est pour avoir refusé cette démarche d’union de la gauche et de l’extrême gauche que la Fraction l’Étincelle de Lutte ouvrière en a été exclue en 2008.

[2Voir le dépliant de 4 pages qui présente la campagne de Lutte ouvrière aux élections législatives de 2017.

[3Voir Lutte ouvrière no 1549 du 20 mars 1998.

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Numéro 114, septembre-octobre 2017