Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 114, septembre-octobre 2017 > Une discussion autour du livre d’Olivier Besancenot : « Que faire de 1917 ? (...)

Une discussion autour du livre d’Olivier Besancenot : « Que faire de 1917 ? »

Les soviets selon l’historien Marc Ferro

Mis en ligne le 5 octobre 2017 Convergences Politique

Tout au long de son livre, mais particulièrement dans le chapitre 3 de sa seconde partie, Olivier Besancenot cite l’ouvrage « Des soviets au communisme bureaucratique [1] » de Marc Ferro. Le lecteur y trouvera effectivement des documents d’archives intéressants mais une thèse profondément anti-communiste : la classe ouvrière et le bas peuple sont magnifiques et démocratiques lorsqu’ils s’organisent gentiment dans des comités locaux, mais tout à fait méprisables, bureaucratiques, voire « totalitaires » lorsqu’ils expriment et imposent leur volonté commune grâce à des partis… Pour Marc Ferro les éléments qui donneront naissance au bureaucratisme stalinien sont en place dans les soviets dès avril 1917. Beau joueur, il concède que les pratiques centralistes de parti ou de comité (qu’il assimile au bureaucratisme) ne sont pas l’apanage du bolchevisme… puisque les autres partis, SR et mencheviks, s’y sont adonnés aussi ! Mais pour lui, les soviets en eux-mêmes, peu importe qu’ils soient au pouvoir ou non, simple appendice d’un gouvernement provisoire qui ne rêve que de les liquider, ou ossature d’une forme nouvelle d’État ouvrier, sécrètent par leur fonctionnement les « apparatchiks d’un pouvoir plébéien ».

Il est certain que les travailleurs mandatés par leurs camarades dans les soviets, portés par le flot montant d’une révolution, la découverte à vitesse accélérée des idées politiques et se formant à diverses tâches de gestion, de police ou de ravitaillement ont été amenés à se détacher durant des semaines, peut-être des mois, de la production. Marc Ferro voit en cela une « bureaucratisation », qui commence dès avril 1917. Mais ces délégués désignés par les masses, sont sous leur surveillance permanente. Et si leurs nouvelles fonctions les inclinent à se détacher de l’opinion de leurs mandants, ils sont remplacés sur le champ comme le montre l’évolution vertigineuse de l’opinion des soviets entre mars et octobre 1917.

Les soviets ont été une remarquable arène politique pour les révolutionnaires, pas seulement un parlement ouvrier qui élirait quelques chefs de parti, comme le prétend Ferro, mais des organisations à la fois exécutives et législatives, qui exprimaient la volonté du prolétariat urbain et des soldats et se donnaient les moyens de la mettre en œuvre. Ces organisations ont fidèlement représenté l’évolution pourtant extrêmement rapide des opinions des masses russes durant l’année 1917. Car même si ces institutions d’un type nouveau accusaient toujours un retard dans la phase montante de la révolution durant laquelle, pour paraphraser Lénine, les masses étaient souvent à gauche des soviets et même du parti bolchevique, quelle autre institution de l’époque moderne peut afficher autant de souplesse démocratique ?

Rien d’étonnant qu’un historien, soutien de l’actuel PS français, écrive un ouvrage dont l’ambition affichée dès l’introduction est de démontrer que « la subversion de l’idéal socialiste et révolutionnaire dans la Russie des soviets » est bien antérieure à Staline, qu’elle « date de l’époque de Lénine et Trotsky », et que certaines « sont même antérieures à la guerre civile ».

R.P.


[1Marc Ferro, Des soviets au communisme bureaucratique, éditions Gallimard, collection « archives ».

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Numéro 114, septembre-octobre 2017