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Une discussion autour du livre d’Olivier Besancenot : « Que faire de 1917 ? »

« Les anarchistes et l’expérience de la Révolution Russe »

(extrait de la brochure de Victor Serge écrite en 1921)

Mis en ligne le 5 octobre 2017 Convergences Politique

Le livre d’Olivier Besancenot s’ouvre par une citation de Victor Serge (30 ans après la révolution russe, 1947) : « Que reste-t-il des enthousiasmes inoubliables de 1917 ? Beaucoup de gens de ma génération qui furent des communistes de la première heure ne nourrissent plus envers la révolution russe que des sentiments de rancœur. »

Loin de nous l’idée d’effacer les discussions entre Trotsky et Victor Serge, et notamment leur désaccord à la fin des années 1930. Mais il est tout de même instructif de citer les écrits de Victor Serge des années 1920, notamment sa brochure de 1921 intitulée Les anarchistes et l’expérience de la Révolution russe [1].

« Il était jusqu’à présent permis d’idéaliser la révolution ou, ce qui est pis, d’en parler sans y croire. Ce n’est plus possible. Elle s’accomplit sous nos yeux dans une moitié de l’Europe, elle est imminente dans l’autre. Sous peine de n’être que des rêveurs ou des métaphysiciens, les militants doivent désormais l’envisager telle qu’elle est. […]

D’abord ce n’est pas, ce n’est jamais la fête épique que des historiens, plus poètes qu’historiens, nous avaient promise. C’est une tempête où nul n’est épargné, qui déracine les plus forts, où triomphe l’imprévu. Du point de vue de ceux qui la font, c’est une rude et dangereuse besogne, parfois une sale besogne, à laquelle il faut se mettre botté jusqu’aux genoux, les manches retroussées, sans craindre les haut-le-cœur. Il s’agit de nettoyer la terre de la pourriture du vieux monde. […]

L’acquis théorique des expériences révolutionnaires contemporaines nous impose plusieurs autres notions :

1) Celle de la dictature du prolétariat. Qui dit révolution dit vio­lence. Toute violence est dictatoriale. Toute violence impose une volonté en brisant les résistances. Puisqu’il s’agit d’exproprier la classe possé­dante, la violence révolutionnaire qui doit remplir cette tâche ne peut être que celle de la classe non possédante, c’est-à-dire de la minorité la plus avancée du prolétariat. […] J’avoue ne pas concevoir que l’on puisse être révolutionnaire (autre­ment que d’une façon purement individualiste) sans reconnaître la néces­sité de la dictature du prolétariat. […]

2) Celle des Soviets ou Conseils d’ouvriers. – Le mot d’ailleurs importe peu […] il n’en demeure pas moins vrai que, dès les premières heures de la guerre sociale, les conseils librement formés par les représentants des travailleurs révolutionnaires auront seuls l’autorité morale et matérielle nécessaire pour diriger la production et prendre la responsabilité de l’action. Ceci est d’autant plus vrai que la révolution ne peut que se faire contre le parlement bourgeois, auquel on ne peut pratiquement opposer que le principe des Conseils ouvriers où n’entrent que les représentants d’une classe. […]

3) Celle de la Terreur. Il n’y a jamais eu de révolution sans terreur. […] En 1917-1919, en Russie rouge, les mêmes causes – la similitude est absolue – ne peuvent pas ne pas produire les mêmes effets. C’est qu’il s’agit sans doute d’une loi générale du développement des révolutions. Qu’on se rappelle les circonstances, la Russie révolutionnaire a reculé devant la nécessité de verser le sang tant qu’il a été possible de reculer. Mais quand la conspiration incessante à l’intérieur se traduisit par la révolte de Iaroslav, par l’assassinat d’Ouritski à Petrograd, par l’attentat contre Lénine à Moscou, quand l’Oural occupé par les Tchécoslovaques qui marchaient sur la Volga devint une Vendée, quand les émigrés de la contre-révolution russe se mirent à organiser à Paris et à Londres l’inter­vention armée, tandis que leurs bandes dévastaient le Don ; quand la Fin­lande blanche eut assassiné onze mille communistes vaincus, il fallut recourir à la terreur rouge. […]

4) Celle de l’inéluctabilité de la guerre de défense révolutionnaire. […]

5) Celle de la nécessité de puissantes organisations révolutionnaires. […]

Tels sont, me semble-t-il, dans l’ensemble, les enseignements de la Révolution russe. Tels sont les problèmes que les anarchistes se doivent d’envisager avec une pleine liberté d’esprit. Ou bien dans les événements qui se déroulent, ils ne joueront en tant qu’anarchistes aucun rôle appréciable ; et ce sera de leur part un piètre renoncement. »


[1Victor Serge, Les anarchistes et l’expérience de la Révolution Russe, publié par Les Cahiers du Travail, en août 1921. Lisible sur https://www.marxists.org/francais/s....

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Numéro 114, septembre-octobre 2017