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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 101, septembre-octobre 2015 > Grèce : Syriza, du gouvernement « anti-austérité » au reniement

Grèce : Syriza, du gouvernement « anti-austérité » au reniement

Le visage des « nouveaux » réformistes

Mis en ligne le 6 octobre 2015 Convergences Monde

L’augmentation de ses scores électoraux avait fait de Syriza un modèle pour toute la gauche de la gauche et même une partie de l’extrême gauche européenne. Enfin un parti ‘vraiment à gauche’, contrairement aux partis socialistes, et qui avait des chances d’accéder au pouvoir rapidement, contrairement à l’extrême gauche ! Mais, à mesure que la perspective d’un gouvernement Syriza s’est rapprochée, le programme du parti s’est réduit comme peau de chagrin. Après les élections législatives de juin 2012 où Syriza était passé à deux doigts de la majorité parlementaire, sa direction, autour d’Aléxis Tsípras, lançait une opération visant à mettre au pas les minorités trop gauchistes et à purger le programme du parti. « Le moratoire sur le paiement de la dette » fut remplacé par « une renégociation avec les créanciers », « la nationalisation des banques » par « la création d’une banque publique d’investissement », etc.

Une fois majoritaire au Parlement, en janvier dernier, Syriza a formé un gouvernement d’avocats, de professeurs, de médecins, de journalistes et de politiciens. Une composition sociale qui en dit long sur cette organisation qui, si elle a bien sûr capté une partie du vote populaire, n’a jamais eu comme objectif de s’implanter dans la classe ouvrière ni de la représenter. Les élections syndicales, qui s’étaient traduites, entre 2010 et 2013, par l’effondrement du Pasok et un recul ou une stagnation de la Nouvelle démocratie (ND), n’ont pas montré de hausse spectaculaire de Syriza, dont les positions paraissaient faibles face aux deux partis institutionnels et même face au KKE (le parti communiste stalinien), surtout dans le privé. La taille des cortèges de Syriza dans les manifestations était d’ailleurs relativement modeste. Ajoutons que les dirigeants syndicaux affiliés à Syriza n’ont pas non plus montré de radicalité dans les luttes : l’annulation d’une grève des enseignants au dernier moment et contre l’avis de la base en 2013 ou la prise de position contre une grève des hospitaliers en juin 2015 ont plutôt démontré que certains responsables de la tendance syndicale Syriza se comportent en bureaucrates. Syriza a tout misé sur l’arrivée au gouvernement par des élections. L’effondrement spectaculaire du Pasok lui a offert un crédit électoral parmi les travailleurs, mais pas une influence réelle sur leurs luttes, dont Syriza n’a jamais fait une priorité.

Quelques-unes des forces politiques qui soutenaient Tsípras n’ont pas tiqué après l’accord scélérat du 13 juillet. C’est le cas du Parti communiste français, qui a défendu sans honte le 3e mémorandum, s’en attribuant même le crédit, puisque Pierre Laurent a prétendu que c’est sa pression sur Hollande qui aurait amené celui-ci à le faire adopter ! Ce n’est que lorsque Tsípras lui-même a reconnu devant son Parlement que l’accord était « mauvais » et qu’il cédait contraint et forcé que le ton a un peu changé dans les colonnes de l’Humanité. Quant à Pablo Iglesias, le leader de Podemos en Espagne, il a justifié son soutien à Tsípras en reprenant à son compte l’alternative posée brutalement par Schaüble : accepter le mémorandum ou sortir de l’euro : « Aléxis Tsípras s’est retrouvé seul contre tous. Son dilemme était de sortir son pays de l’euro ou de gagner du temps. Il a choisi de gagner du temps avec un accord, certes lamentable, mais c’était la seule option qu’il pouvait prendre. » (Le Monde, 4 septembre 2015).

D’autres courants réformistes – dont Jean-Luc Mélenchon du Parti de gauche en France ou Oskar Lafontaine de Die Linke en Allemagne – font mine de ne pas se résigner au chantage et prétendent que le gouvernement Tsípras aurait dû et pu aller plus loin dans la voie qu’il avait tracée avec un « plan B », à savoir la sortie de l’euro : celle-ci aurait, selon eux, permis d’avoir plus de poids dans les négociations face aux créanciers. Mais cela ne sort pas du cadre de l’alternative « mémorandum ou sortie de l’euro », démagogie nationaliste en plus. Leur appel commun a été publié la semaine même où Mélenchon déclarait qu’accueillir les réfugiés n’était pas la solution (le Figaro), et qu’il se sentait « indépendantiste français » (débat sur la Grèce à la fête de l’Humanité, rapporté par le Monde).

Nous n’avons pas de « plan B » pour le gouvernement Tsípras. Nous ne l’accusons pas d’avoir trahi, ni même de ne pas être allé assez loin. Son échec extraordinairement rapide est la démonstration de l’impossibilité de sa politique. Il n’y a pas de marge de manœuvre, dans l’état actuel du rapport de force entre les classes. Les méthodes réformistes électorales ont moins de chances que jamais d’aboutir à des avancées pour les travailleurs, même aussi modestes que celles que Syriza mettait en avant dans sa campagne électorale de janvier.

R.P.

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