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DOSSIER : Hollande et Merkel face aux réfugiés : Leur duplicité, notre solidarité

Qui sont les responsables du chômage et des bas salaires ?

Mis en ligne le 6 octobre 2015 Convergences Monde

Les préjugés anti-immigrés se sont largement fait entendre ces dernières semaines, alimentés non seulement par la propagande du FN, mais aussi par les arguments avancés par tous les partis de la droite jusqu’au PS pour justifier la chasse aux « mauvais migrants » (les migrants économiques) et la limitation du nombre des « acceptables » (les réfugiés). Dans la panoplie : les immigrés coûtent cher à l’État français sur nos impôts, ils jouissent des prestations sociales, font concurrence aux travailleurs français sur le marché du travail, font augmenter le chômage et baisser les salaires en cette période de crise.

Même pour les gens les plus dénués de préjugés voire qui regardent les migrants avec sympathie, ces questions reviennent et les arguments de la générosité ne suffisent pas toujours à entraîner l’adhésion.

Combien coûterait l’accueil immédiat des migrants ?

D’abord pour ce qui est de l’accueil des migrants eux-mêmes. Ce sont les chaînes de télévision qui ont fait le calcul : 12 000 réfugiés entièrement pris en charge pendant un an (le faible nombre que Hollande propose d’accepter) coûteraient environ 120 millions d’euros… Rapporté au budget de l’État, 373 milliards d’euros de dépenses en 2015, cela représente 0,03 %.

Pas assez de logements pour accueillir 12 000 migrants ? Alors que, disent certains [1], nous avons déjà tant de SDF et de mal-logés ? L’Adoma, un organisme gérant entre autres des foyers de migrants, a recensé dans différentes structures d’accueil 20 000 places disponibles rapidement. Et il y a actuellement 77 750 logements vacants en HLM [2] et plusieurs centaines de milliers de logements vides. De quoi loger donc non seulement les migrants, mais aussi les 150 000 SDF et même les 700 000 personnes hébergées dans des conditions précaires par la famille ou les amis. Si l’État ne le fait pas, c’est qu’il se fiche de tous les pauvres : français ou étrangers.

Ce que « coûtent » les immigrés et… ce qu’ils rapportent !

Mais, dit-on, les migrants c’est une chose, l’immigration sur la durée, c’en est une autre. Une équipe de chercheurs de l’université de Lille, sous la direction de Xavier Chojniki a réalisé une étude pour le ministère des Affaires sociales en 2009, réactualisée en 2011, considérée comme « une référence » [3] par Le Figaro et par Le Monde [4]. Les conclusions de ce rapport ? Les immigrés reçoivent de l’État et de la Sécurité sociale 47,9 milliards d’euros [5]. Seulement voilà, ils leur rapportent pas moins de 60,3 milliards par leur travail et leurs cotisations [6]. Le rapport conclut donc à un solde positif de 12,4 milliards d’euros annuels [7]. Une très belle affaire pour les comptes publics [8].

Une aubaine pour le patronat français et européen

Pierre Gattaz, président du Medef, déclare dans Le Monde : les migrants sont « une opportunité pour notre pays », « sachons tirer profit de leur dynamisme ». Mais Pierre Gattaz n’en ressort pas moins les vieilles recettes : l’occasion est belle pour profiter des étrangers aussi à l’extérieur du territoire : « Le moment semble venu d’une grande ambition pour le développement du Maghreb et de l’Afrique, d’un plan structuré pour que le “réveil du continent africain” devienne une réalité » [9]. C’est pourquoi Renault et Peugeot investissent au Maroc ! Patrons et gouvernements d’Europe savent ce que l’immigration rapporte. Pour mettre en concurrence les travailleurs ? Sans aucun doute. Pourtant…

Concurrence sur le marché du travail ? Augmentation du chômage ? Baisse des salaires ?

… Pour qu’il y ait concurrence, il faudrait que « Français » et immigrés se disputent les emplois dans les mêmes secteurs d’activité. Or de l’aveu de tous, « les immigrés occupent l’immense majorité des emplois dont les Français ne veulent pas, et 90 % des autoroutes ont été et sont construites et entretenues avec de la main-d’œuvre étrangère. (…) Pas moins de 42 % des travailleurs des entreprises de nettoyage sont des immigrés. » [10] 73 % des étrangers travaillent dans les services aux entreprises (nettoyage, gardiennage, restauration, logistique) ou aux particuliers (aide aux malades, garde d’enfants). « Manger le pain des Français » ? De quoi relativiser puisque, comme le disent les patrons eux-mêmes, ils occupent majoritairement les postes pour lesquels le patronat a le plus de mal à recruter. Le journal patronal Capital cite Hippolyte d’Albis, chercheur à la Sorbonne : « La plupart exercent dans des secteurs délaissés par les nationaux ou en pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Ils sont donc complémentaires, pas concurrents. » [11]

C’était d’ailleurs la force des travailleurs sans-papiers en 2008 et 2009 d’avoir, par leur grève, forcé les patrons de l’intérim (qui les embauchaient surtout pour le bâtiment), du nettoyage, de la restauration, à reconnaître officiellement qu’ils les faisaient travailler et à leur accorder les certificats de travail et d’embauche nécessaires aux demandes de régularisation et de permis de travail en préfecture. De l’aveu du patronat lui-même : où aurait-il trouvé l’équivalent ?

Dernière chose : pour ce qui est du chômage, ce sont en dernière instance les immigrés et leurs enfants qui en payent le prix fort, « selon l’Insee, le taux de chômage moyen était en 2010 de 8,8 % pour les personnes dont les parents étaient nés en France, de 16 % pour les immigrés proprement dit et de 24 % pour les enfants d’étrangers d’origine non européenne » [12]. Mais ce chômage, ce ne sont pas les immigrés qui le créent.

Ces migrants de tous horizons et de tous temps

En ce qui concerne les salaires et les conditions de travail, personne ne semble parvenir à prouver que l’immigration les fait réellement baisser. El Mouhoub Mouhoud, enseignant à Paris-Dauphine cité par le journal Capital, rappelle que « la rémunération des moins qualifiés est bloquée au Smic. En revanche, ils sont souvent contraints d’accepter du temps partiel et des horaires discontinus. »

La migration de la main d’œuvre, à la recherche d’un travail, est d’ailleurs une affaire vieille comme le capitalisme lui-même, grand expropriateur de travailleurs sur le sol national d’abord, dans les autres pays ensuite. Il a prospéré ainsi. Il a fait en sorte qu’aucun travailleur (pas même « français ») n’ait réellement de patrie. L’industrialisation ayant détruit l’agriculture familiale dans les campagnes, combien de « migrants » bretons ou auvergnats sont alors venus des régions françaises grossir les rangs de la classe ouvrière parisienne ? Combien de patrons y voyaient là une aubaine pour profiter de ces travailleurs dociles, voire « incultes » comme ils disaient eux-mêmes à l’époque ? Fallait-il alors les refouler ? Quand le travail des femmes s’est généralisé, le patronat français y voyait encore une belle occasion d’imposer à ces « arrivantes » – d’autant plus « dociles » que « contraintes » et « nouvelles » sur le marché du travail – des conditions toujours revues à la baisse. Fallait-il renvoyer les femmes chez elles, comme le disaient alors certains syndicats ? Sont-elles les dernières à se battre dans les entreprises contre les sales coups du patronat ? La crise n’a rien changé à cette situation.

C’est le patronat français qui licencie, exploite et baisse les salaires, à grands coups de gains de productivité. Et comme jadis les Auvergnats, les Bretons ou les Creusois, les immigrés d’aujourd’hui contribuent non seulement à faire tourner l’économie, mais aussi à toutes les luttes sociales qui ont permis aux travailleurs de se défendre, voire d’améliorer peu à peu leurs conditions de vie et de travail.

Léo BASERLI


[1« La crainte d’une “concurrence” entre pauvres », Le Monde, 19 septembre 2015.

[2« La France dispose des ressources pour loger les migrants », Le Monde, 16 septembre 2015.

[3« Salaires, chômage, comptes publics : comment l’immigration impacte l’économie française », Le Figaro, 14 septembre 2009.

[4« 7 idées reçues sur l’immigration et les immigrés en France », Le Monde, 17 juin 2015.

[5Sur ces 47,9 milliards : 16,3 milliards d’euros en retraites (après avoir cotisé de fait), 2,5 milliards d’aides au logement, 1,7 milliard de RMI, 5 milliards en allocations chômage, 6,7 milliards d’allocations familiales, 11,5 milliards de prestations de santé, à quoi il faudrait ajouter environ 4,2 milliards pour l’éducation.

[6Impôt sur le revenu : 3,4 milliards d’euros ; impôt sur le patrimoine : 3,3 milliards ; impôts et taxes à la consommation : 18,4 milliards ; impôts locaux et autres : 2,6 milliards ; contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) et contribution sociale généralisée (CSG) : 6,2 milliards ; cotisations sociales : environ 26,4 milliards d’euros.

[7« France. Les très bons comptes de l’immigration. », Courrier International, 27 avril 2012.

[8On retrouve les mêmes conclusions (avec d’autres chiffres) et une comparaison États-Unis – Europe dans un rapport de l’OCDE de mai 2014, “Is the immigration good for the economy ?”, OECD, Migration policies debates.

[9« Pierre Gattaz : l’accueil des migrants est une opportunité pour notre pays », Le Monde, 8 septembre 2015.

[10« France. Les très bons comptes de l’immigration. », Courrier International, 27 avril 2012.

[11« Le vrai coût de l’immigration en France », Capital, 15 avril 2015.

[12« Le vrai coût de l’immigration en France », Capital, 15 avril 2015.

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