Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 101, septembre-octobre 2015

Iran : Le meurtre d’État de Shahrokh Zamani et le mouvement ouvrier

Mis en ligne le 6 octobre 2015 Convergences

Le 13 septembre, un militant révolutionnaire iranien, Shahrokh Zamani, incarcéré depuis 2011 pour son activité syndicale, est mort en prison dans des circonstances laissant penser qu’il a été assassiné. Cela en dit long sur la nature anti-ouvrière du régime prétendument « modéré » du président Rohani, nouvel allié des USA. Nous produisons ci-dessous un article de la Tendance marxiste révolutionnaire iranienne, qui collaborait avec Shahrokh pour tenter de reconstruire une organisation révolutionnaire en Iran.


Dimanche 13 septembre, le régime iranien est finalement parvenu à tuer Shahrokh Zamani, un militant syndical reconnu, qui lui était une épine dans le pied. L’État capitaliste iranien l’a assassiné dans la nuit, tandis qu’il était enfermé à la prison de Rajai Shahr, près de Téhéran. Cet action désespérée ne s’explique que dans le cadre de la coopération politique en préparation avec l’impérialisme américain afin d’attirer des capitaux et technologies modernes nécessaires à l’économie iranienne.

Qui était Shahrokh Zamani ?

Le régime iranien prétend que Shahrokh est mort d’une attaque cérébrale, mais son corps était couvert de contusions. Le jour précédent, au téléphone, il disait encore se porter bien. Pour brouiller les pistes, le régime a menacé des membres de sa famille pour qu’ils ne demandent pas d’autopsie indépendante. Vu les circonstances, une telle autopsie devrait être une revendication essentielle du mouvement ouvrier.

Shahrokh était un dirigeant du « Comité pour la poursuite de la création d’organisations syndicales indépendantes » et militait pour relancer le syndicat des peintres en bâtiment. Il a été arrêté à Tabriz, au nord de l’Iran, le 4 juin 2011 et, sans même être informé des accusations portées contre lui, a été condamné à 11 ans de prison. Par la suite, il a su qu’il était accusé de « menacer la sécurité nationale » et « d’appartenir à une organisation illégale ». Pour le régime iranien, tenter de construire un syndicat indépendant était suffisant pour l’envoyer en prison !

Malgré cela, Shahrokh n’a pas renoncé à ses activités. Il a écrit de nombreux articles depuis la prison et soutenu non seulement les luttes ouvrières, mais aussi celles de tous les militants politiques et même des minorités religieuses subissant la répression. Il a notamment appuyé la création d’une fédération syndicale indépendante et d’un parti ouvrier léniniste. Depuis peu, il coopérait avec le Comité d’action des travailleurs (CAT).

En plus d’être emprisonnés et privés de leurs famille et amis, les militants comme Shahrokh sont contraints à de multiples grèves de la faim pour défendre leurs droits fondamentaux, s’opposer à l’isolement cellulaire, aux transferts fréquents, aux refus de soins, aux privations de visites et à toute une série de mesures mesquines dont le régime pense qu’elles vont les briser psychologiquement.

Shahrokh était perçu comme un « fauteur de troubles », au point que le régime ne l’a pas même autorisé à assister aux funérailles de sa mère et au mariage de sa fille unique. Ce traitement particulièrement dur était sans aucun doute dû à sa conviction de la nécessité d’un parti ouvrier militant, tel que le concevait Lénine.

Les prisonniers politiques et les exécutions

De nombreuses actions ont été menées en défense des syndicalistes emprisonnés comme Shahrokh. La plus impressionnante a été la distribution d’affiches et d’autocollants en Iran. Le CAT et l’Association syndicale des travailleurs d’Iran ont diffusé des slogans tels que : « Libération des prisonniers syndicaux et politiques ! », « Les travailleurs iraniens ne sont pas seuls », « Organisons-nous », « Mettons-nous en grève » et « Les organisations indépendantes sont notre droit inaliénable ». Après la mort de Shahrokh, le slogan « Le mouvement ouvrier demande une autopsie indépendante ! » a été mis en avant.

En Iran, il y a des centaines de prisonniers politiques, dont de nombreux syndicalistes. Par exemple, au moins sept enseignants sont incarcérés, parmi lesquels Behnam Ebrahimzadeh, Ali-Reza Hashemi et Rasoul Bodaghi. Cette année, le nombre d’exécutions a grimpé et compte une forte proportion de militants des minorités ethniques (Kurdes, Arabes, Baloutches…) et religieuses (Sunnites). Alors que, dans toute l’année 2014, il y a eu 743 exécutions, on en comptait déjà 694 à la mi-juillet 2015 !

Que signifie l’assassinat de Shahrokh Zamani ?

L’assassinat de Shahrokh Zamani survient alors que le régime conclut des accords avec les États impérialistes, notamment les USA. Tandis qu’il cherche à ouvrir la société iranienne pour relancer la croissance économique, le régime veut conserver un contrôle total sur l’activité sociale et politique. Il ne veut absolument pas laisser germer l’idée qu’il serait possible de s’organiser en dehors de son emprise.

Durant l’été 1988, à la fin de la guerre Iran-Irak, le régime avait exécuté des milliers de prisonniers politiques pour éviter d’avoir à les affronter en temps de paix, quand la sécurité nationale serait une excuse moins crédible pour maintenir la répression. À présent que la « guerre froide » entre l’impérialisme et le régime s’achève, la même solution a été adoptée dans l’espoir de « libérer » le régime d’un « fardeau » avant la normalisation des relations avec les pays européens, qui risquent de porter plus d’attention à ses tribunaux et prisons.

Ainsi, la mort prématurée de Shahrokh Zamani et la manière dont il a été tué en prison doivent être rendues publiques pour dénoncer le régime iranien. Mais il faut les voir comme un aspect de la stratégie du régime pour revenir dans la communauté internationale, ce qui rend la question plus sensible pour l’opinion et les médias étrangers.

Malheureusement, la plupart des syndicalistes connus du mouvement ouvrier iranien sont droitiers et réformistes. Shahrokh était une exception. Lui disparu, le mouvement ouvrier devra redoubler d’efforts pour empêcher les réformistes de le contrôler. Il est donc impératif, en même temps que nous faisons le deuil de Shahrokh, de lutter pour armer théoriquement et organisationnellement le mouvement ouvrier en vue de construire une alternative révolutionnaire au syndicalisme et au réformisme.

Shahrokh croyait en la nécessité de construire un parti militant léniniste et que cela devait commencer par la constitution de cellules ouvrières clandestines. Il pensait aussi que l’outil pour la construction du parti était la publication régulière d’un journal. Tels sont les objectifs que le CAT entend poursuivre.

24 septembre 2015, Morad SHIRIN

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article