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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 101, septembre-octobre 2015

Bombardements en Syrie : Hollande rêvait tellement d’être de la partie !

Mis en ligne le 6 octobre 2015 Convergences

Hollande a saisi l’occasion de la crise des réfugiés pour annoncer la préparation de bombardements en Syrie. Ceux-ci ont commencé dimanche 27 septembre. Une dose de larmes humanitaires pour faire avaler à l’opinion publique des bombes qui ne pourront que faire des victimes civiles et pousser quelques milliers de jeunes révoltés de plus vers Daech. Ou vers Al-Nosra, le groupe concurrent, filiale d’Al Qaïda, qui aurait récemment reçu quelques armes américaines par le biais de « rebelles syriens » entraînés par les USA.

Bombarder en « légitime défense » ?

Ni le gouvernement américain, qui n’a pas attendu Hollande, ni celui de la France n’ont trouvé en Syrie quelqu’un pour les appeler au secours, comme les avait officiellement invités, en Libye en 2011, un gouvernement provisoire fabriqué avec leur soutien (et promettant notamment quelques contrats pétroliers aux trusts français). Hollande a donc cherché une nouvelle légitimité internationale à son intervention : la « légitime défense ». L’argument, aussi ridicule qu’il soit, a été gobé lors des débats parlementaires par les députés et sénateurs, sans qu’aucun ne conteste cette nouvelle intervention militaire. Mais propager l’idée que notre petite vie tranquille de pays riche serait soudain menacée par les retombées du drame qui se déroule au Moyen-Orient, au point qu’il faille aller y jeter des bombes de plus, ne peut que contribuer à alimenter ici toutes les peurs et les préjugés xénophobes. Comme on le fait pour justifier toutes les guerres.

Les peuples victimes des massacres, des destructions, des exodes ne sont pas ici mais en Syrie et en Irak. Leur sort est le cadet des soucis de Hollande. Depuis la révolte contre Assad en 2011, dans la foulée des révolutions qui avaient renversé Moubarak et Ben Ali, le souci des grandes puissances était de trouver, pour enrayer la révolte et tenir en main le peuple syrien, une dictature de remplacement à celle d’Assad qui leur semblait au bord de la chute. Et même si elle ne compte pas pour grand-chose à côté des Américains, la France, ancienne puissance tutélaire de la Syrie, se voulait d’être de la partie, à sa petite échelle. Question de ne pas être plus tard évincée des retombées économiques possibles d’un contrôle de la région.

À la recherche du dictateur perdu

Et pour ce faire, les tentatives ont été multiples. Cela a commencé par un Conseil National Syrien, formé de notables, la plupart en exil et sans poids réel dans le pays, sinon par le biais des Frères musulmans qui y jouaient un rôle. Puis les grandes puissances occidentales, plus particulièrement le gouvernement français, ont misé sur la carte de l’Armée syrienne libre, constituée de militaires et d’officiers ayant rompu avec Assad. Mais celle-ci n’a jamais eu le poids qu’ont réussi à prendre les diverses milices islamistes, toutes épaulées et financées par des alliés de l’occident : la Turquie, l’Arabie Saoudite ou le Qatar, chacun jouant sa carte ou plusieurs cartes à la fois. Puis la guerre entre bandes rivales n’a cessé de s’amplifier, sur le dos du peuple syrien, sous la surveillance lointaine des grandes puissances et avec l’aide de leurs alliés régionaux.

À l’été 2013, Hollande avait cru son heure venue : saisissant le prétexte de l’utilisation par le gouvernement syrien d’armes chimiques contre sa population, il proposait de bombarder la Syrie afin d’en finir avec le régime d’Assad. Une proposition repoussée par un Barak Obama plus prudent, auquel Poutine avait offert une issue : un accord avec Assad pour la destruction de ses armes chimiques, ce qui n’a pas empêché le dictateur de faire autant de victimes avec des armes plus « conventionnelles ».

Assad à nouveau fréquentable

La situation s’est retournée l’an dernier lorsque l’un de deux principaux groupes armés islamistes, l’État islamique (Daech), est sorti du cadre du jeu syrien où on l’espérait cantonné pour partir à la conquête du nord de l’Irak, déstabilisant encore plus ce pays et le gouvernement que les USA y avaient installé. C’est alors seulement que ce groupe armé, tolérable et même finançable tant qu’il ne massacrait qu’en Syrie et imposait sa dictature aux régions qu’il y contrôlait, est devenu l’ennemi numéro 1. Le dictateur Bachar Al Assad, jusque-là seulement soutenu par la Russie et l’Iran, est peu à peu redevenu aux yeux des puissances occidentales un homme fréquentable et peut-être demain l’une des solutions ou au moins l’un des partenaires pour rétablir un peu d’ordre en Syrie.

Hollande jure ses grands dieux qu’il n’a pas changé de politique. Son ministre de la guerre, Jean-Yves Le Drian, clame que « frapper Daech ne signifie pas militairement favoriser Bachar ». Certes, ce n’est pas en soi soutenir Assad. Mais les frappes aériennes américaines, australiennes ou françaises sur le sol syrien ne pourraient avoir lieu sans avoir négocié au moins une sorte de laisser-passer avec le gouvernement syrien.

Seules les victimes n’auraient pas leur mot à dire

Pour n’apporter qu’un soutien critique à la politique de Hollande, le chef de file du PCF, Pierre Laurent, déclarait au Sénat : « La France a plus que jamais le devoir d’agir ». Mais « nous pensons au contraire, pour notre part, que sans engagement déterminé de la France dans la recherche immédiate d’une solution politique, engageant l’ensemble des parties et des puissances impliquées, la logique militaire s’embourbera et nourrira les forces de Daech ». La recherche d’un accord entre les clans militaires qui se battent pour le pouvoir en Syrie, sous la houlette des grandes puissances, des USA à la Russie en passant par les dictatures turques et iraniennes ? C’est au fond ce que semblent aujourd’hui désirer Barak Obama ou Angela Merkel. On voit le chaos que cela a laissé en Irak ou en Libye.

Aux millions de Syriens qui vivent sous les bombes, aux quatre millions de réfugiés qui vivent dans des camps, fuyant la guerre et la dictature de tous ces clans armés, personne ne demande leur avis.

28 septembre 2015, Olivier BELIN

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