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DOSSIER : Hollande et Merkel face aux réfugiés : Leur duplicité, notre solidarité

Tourisme : et si les vrais « envahisseurs » étaient les riches ?

Mis en ligne le 6 octobre 2015 Convergences Monde

Né dans sa forme classique au cours du 18e siècle dans l’aristocratie britannique, puis longtemps réservé à la grande bourgeoisie, le tourisme connaît une croissance continue à mesure qu’il se répand parmi les travailleurs des pays riches et les nantis des pays pauvres.

Une activité en plein boom

De 50 millions de touristes en 1950, on est passé à 808 millions en 2005… et 1 138 millions en 2008 [1]. Pour ce qui est des seuls déplacements internationaux (même s’il ne s’agit pas, bien sûr, d’installation durable), le tourisme supplante, et de loin, les migrations. En revanche, qui parmi les gouvernants songe à comparer les milliards consacrés aux structures d’accueil (durables, celles-ci !) pour le tourisme, avec ce qu’on réserve aux réfugiés ? Le tourisme représente pas moins de 9 % du PIB mondial et emploie 283 millions de travailleurs. Il tire aussi la croissance du secteur aéronautique, une des rares branches de l’industrie à recruter massivement en Europe.

C’est le résultat de l’enrichissement d’une certaine petite bourgeoisie, principalement dans les pays riches, mais aussi dans cette fraction des pays pauvres qu’on dit « émergents » car ils semblent tirer leur épingle du jeu de la mondialisation. Parmi le million de personnes que l’Euro 2016 de football devrait attirer en France, les organisateurs attendent 15 000 Chinois. Dérisoire ? Le ministre des Affaires étrangères Fabius s’est pourtant fendu d’un déplacement en Chine à leur seule attention le 22 mai dernier [2]. Les hôteliers français courtisent ces hôtes de marque qui prolongeront leur séjour et dépenseront plus d’argent que les touristes européens.

En outre, le tourisme se diversifie. Si la plupart des voyageurs indiens consacrent leurs vacances à des pèlerinages aux quatre coins de leur pays, ils sont de plus en plus nombreux à franchir ses frontières pour, par exemple, aller se faire opérer en Malaisie. Des agences de voyage organisent des séjours comprenant des bilans avant et après le passage sur le billard, ainsi que la découverte des principaux sites touristiques du pays. Au total en 2014, 770 000 étrangers y ont dépensé 200 millions de dollars en soins médicaux [3].

Les « bienfaits » du tourisme

Dans presque tous les pays, les migrants se voient reprocher leur présence. À l’inverse, les touristes sont parés par les gouvernants et les économistes de toutes les vertus. À commencer par celle d’aider les pauvres à sortir de leur misère pour peu qu’ils veuillent bien bâtir des infrastructures dignes des Occidentaux et leur réserver un accès à des ressources – eau, électricité, etc. – dont eux-mêmes sont en partie privés. La vérité est quelque peu différente. À Petra en Jordanie, l’exploitation de la magnifique nécropole nabathéenne – des chambres funéraires creusées dans la roche rendues célèbres, entre autres, par la scène finale du film Indiana Jones et la dernière croisade – s’est traduit par l’expulsion des familles bédouines qui y faisaient jusque-là transhumer leurs troupeaux. Le gouvernement a bien construit des immeubles pour les reloger… à bonne distance afin de les empêcher de vendre aux visiteurs qui une bouteille d’eau, qui un objet d’artisanat « typique ». Des patrouilles en 4x4 chargées de la préservation du site dissuadent plus ou moins efficacement les contrevenants. La même logique de captation de la manne touristique au profit d’une minorité de notables a conduit à l’éviction des habitants les plus pauvres de Hampi (Inde, État du Karnataka) juste après le classement du site, les ruines d’une ancienne capitale indienne, par l’Unesco. Là encore, la « préservation du patrimoine mondial de l’humanité » fournit un prétexte bien commode.

Pour bon nombre d’habitants du Tiers-monde, le seul contact physique avec l’Occident passe par la rencontre avec ses touristes. Le comportement de petit seigneur de certains d’entre eux, la prise de conscience de l’écart des richesses entre visiteurs et visités, le choc des cultures sont autant de sources de frustrations. Certes le tourisme favorise aussi l’enrichissement mutuel – spirituel, celui-là – de ceux qu’il met en rapport. Mais la moindre des choses, pour qui souhaite être correctement accueilli à l’étranger, c’est de rendre la pareille chez soi. De ce point de vue, les récents élans de solidarité avec les migrants émanant des habitants d’un peu partout en Europe ont quelque chose de rassurant…

Mathieu PARANT


[1Selon l’Organisation mondiale du tourisme. Site : www.media.unwto.org

[2Ouest-France, 22 mai 2015.

[3Ouest-France, 22 décembre 2014.

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