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DOSSIER : Hollande et Merkel face aux réfugiés : Leur duplicité, notre solidarité

« Trier », disent-ils…

Mis en ligne le 6 octobre 2015 Convergences Monde

Dans leur lettre commune, Merkel et Hollande prétendent faire la distinction entre les « réfugiés », qui doivent bénéficier du droit d’asile, et les « migrants irréguliers », qui doivent être systématiquement expulsés. Une manière de préconiser une politique de tri entre les bons et les mauvais migrants.

Pour ceux qui seront considérés comme des réfugiés, l’accueil sera possible, dans des proportions d’ailleurs minimes (24 000 sur deux ans pour la France). Pour les autres, les contrôles renforcés aux frontières, avec les risques supplémentaires que cela implique pour les franchir, le remplissage des centres de rétention et les retours forcés, sans parler de la prétention d’établir une liste de pays dits « sûrs », qu’il serait en quelque sorte illégitime de chercher à fuir. Les prétendus efforts faits envers ceux qui obtiendraient le statut de réfugié devraient être contrebalancés par une augmentation des renvois, vis-à-vis d’une fraction de l’électorat sensible aux idées du Front national.

Depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve ne cesse de parler de la nécessité d’accroître les retours forcés, avec la création de « pôles d’éloignement » aux contours très flous, et d’inciter les étrangers au « départ volontaire ». Ceux qui seraient considérés comme des réfugiés ne sont pas non plus épargnés par cette politique de tri, visant à en accepter le moins possible : Sarkozy annonce que la droite, revenue au pouvoir, ferait la distinction entre les réfugiés politiques, qui parviennent à prouver qu’en tant qu’opposants à des dictatures ils risquent leur vie en retournant dans leur pays d’origine, et les réfugiés de guerre, qui devraient rentrer chez eux une fois l’ordre revenu… fût-il dictatorial.

Migrant « économique », migrant illégitime ?

Les chefs d’État européens prétendent agir en vertu de principes humanitaires. Mais en distinguant causes économiques et causes politiques des migrations, ils veulent faire penser que fuir la misère n’est pas une raison valable pour émigrer. D’une part, misère, guerre et dictature sont bien souvent liées dans la plupart des pays qui connaissent d’importantes vagues de départs, de l’Irak au Mali, en passant par l’Érythrée ou le Soudan ; d’autre part, si l’on considère les risques encourus par ces hommes, ces femmes, ces familles entières pour atteindre l’Europe, on mesure le désespoir qui est à l’origine de ces mouvements de population, quelles qu’en soient les raisons au cas par cas.

Toutes ces restrictions ne visent en réalité qu’à entretenir une idée : l’immigration est un problème, il faut la limiter. Or les pays d’Europe peuvent sans problème accueillir cette population supplémentaire. Pour prendre l’exemple d’une importante vague migratoire, entre 1975 et 1985, plus de 1,1 million de Vietnamiens ont pris le chemin de l’exode. La plupart fuyaient par la mer, d’où le nom de « boat people ». La France prit en charge sans difficulté plus de 100 000 de ces réfugiés, dont bon nombre sont allés grossir les rangs de la classe ouvrière française.

Lydie GRIMAL


Sous-traiter l’asile aux dictatures !

Depuis quarante ans, si le flux migratoire en France est resté stable, en revanche les demandes d’asile ont explosé. Elles sont passées de 5 000 en 1975 à 60 000 par an dans les années 1990. La raison ? Tout simplement parce que les gouvernements successifs ont réduit les voies légales de migration. Avant que les autres voies que l’asile se tarissent, bon nombre de persécutés se contentaient de demander un permis de travail pour s’insérer plus rapidement. Depuis, le nombre de candidats à l’asile s’avère stable, tout comme le nombre de réponses positives, entre 15 000 et 20 000 par an – et tant pis si au passage des dizaines de milliers de victimes se voient traitées en menteurs et fraudeurs pour justifier les refus.

Début septembre, la droite s’est remise à prôner l’ouverture de centres de rétention pour sélectionner les migrants non pas en France, mais en Libye. Peu importe que ce pays soit en proie aux bandes armées – un chaos auquel les bombardiers français Rafale ne sont pas étrangers… – et que les Libyens eux-mêmes soient des réfugiés en puissance. Sarkozy au pouvoir s’entendait déjà plus ou moins avec le tyran Kadhafi pour lui sous-traiter les basses œuvres du contrôle des frontières. Racket, agressions, viols, et même assassinats : les témoignages de ceux qui sont passés par les geôles libyennes concordent et ils font froid dans le dos. Aucun d’entre eux n’a échappé aux mauvais traitements.

M.P.


Des « pays sûrs »… où l’on meurt à l’arrivée

Hollande presse l’Union européenne de s’entendre sur une liste de « pays sûrs ». Leurs ressortissants se verraient systématiquement interdits d’entrée en Europe, et expulsés. Par le passé, de nombreux drames ont montré l’inanité de tels labels. Les correspondants afghans de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) signalaient ainsi dès 2009 plusieurs assassinats de migrants rapatriés de force dans la région de Kaboul, pourtant jugée la plus sûre du pays [1]. Tourné au printemps 2010, le documentaire Vol spécial filmait huit migrants de différentes origines, détenus dans un centre de rétention suisse. Fernand Melgar, le réalisateur du film, est resté en contact avec eux. En 2012, cinq avaient été expulsés. L’un d’eux, fils d’un opposant politique camerounais, a été transféré dès la descente d’avion dans une prison connue pour ses pratiques de torture, et un autre, syndicaliste congolais, avait fui en Angola. [2]

En contrepartie de l’accueil humanitaire d’une fraction dérisoire des réfugiés syriens, le gouvernement promet d’augmenter les expulsions. Il ne peut que précipiter de nouveaux drames.

M. P.


[1Wahid Nawabi (président de l’association Ensemble Pour l’Afghanistan), « Rapatriement forcé = risque élevé d’exécution », 2009. L’auteur souligne, non sans amertume, que lors de l’invasion soviétique, l’Occident a accueilli 300 000 à 400 000 réfugiés afghans, mais que depuis que l’OTAN intervient dans son pays, il est impossible d’émigrer en Occident…

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