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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 101, septembre-octobre 2015

Colère des éleveurs : Les paysans crèvent, les groupes s’engraissent…

Mis en ligne le 6 octobre 2015 Convergences

Blocage de préfectures, de routes par les tracteurs, visites dans les supermarchés : cet été, les éleveurs ont manifesté leur colère face à la baisse du prix de leur production (lait, viande de bœuf et de porc). Une grande partie d’entre eux croulent sous un endettement croissant pour acquérir des équipements agricoles ou technologiques de plus en plus sophistiqués, situation aggravée par la baisse des cours et par des coûts en constante hausse (soins vétérinaires, aliments pour le bétail, etc.) Pour augmenter leurs marges, c’est-à-dire leurs profits, la grande distribution, les abattoirs, les transformateurs et autres patrons de l’agroalimentaire font pression sur les producteurs pour tirer les prix au plus bas.

Bien sûr le monde paysan a beaucoup évolué, chaque « crise agricole » servant à supprimer les plus petites structures pour favoriser la concentration. En 1955 : 6,2 millions d’agriculteurs et de salariés agricoles représentaient 31 % des emplois ; en 2000 ils étaient 1,3 million, soit 4,8 % des emplois. Et la concentration continue : la proportion de fermes de plus de 100 hectares est passée de 11 % en 2010 à 20,7 % en 2013. Transformation voulue et accompagnée par les gouvernements successifs et le syndicat majoritaire, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Aujourd’hui, la plupart des exploitations agricoles sont des sociétés comme les entreprises, le plus souvent exploitées par le propriétaire lui-même ou par deux ou trois associés. Ces structures agricoles, piégées dans un investissement très lourd, se font broyer par la concurrence, dans un marché dominé par les grandes firmes agro-alimentaires. Pas étonnant que Xavier Beulin, dirigeant de la FNSEA et président de la société Avril-Sofiprotéol (voir encart), une des responsables de la situation actuelle, se soit fait huer par les manifestants à Paris le 3 septembre.

Cette année, la nouvelle Politique agricole commune (PAC) européenne a supprimé la régulation de la production de lait [1] et de viande. Cela a conduit à une surproduction sur le marché mondial, aggravée, pour les exportations européennes de lait et de porcs, par l’embargo avec la Russie et la baisse de la demande chinoise. Mais, comme pour toute production dans l’économie capitaliste, la surproduction d’aliments ne permet même pas de satisfaire les besoins de tous car elle ne peut aller que vers des consommateurs solvables. Elle aboutit à la faillite des plus petits et à la restructuration et la concentration de la production.

Et c’est bien ce choix qu’a fait le gouvernement Valls en offrant les 3 milliards demandés par la FNSEA pour… « rendre plus compétitives les exploitations de l’élevage ». Comme l’analyse la Confédération paysanne, « pendant que les paysans se battent face à la crise, leur président, accessoirement patron d’agro-industrie, négocie leur licenciement massif ! Ils réclament du revenu, on leur offre un plan qui, sous prétexte de compétitivité, fait tout pour faire baisser les prix ! »

Cet été, le gouvernement nous appelait à « consommer français ». Comme si l’estampille bleu-blanc-rouge sur du poulet ou du porc sorti des élevages industriels allait garantir un revenu correct au producteur et la qualité au consommateur ! Les mêmes qui jouent sur la corde nationaliste dilapident les fonds publics pour subventionner les stratégies commerciales des firmes agro-alimentaires en Europe et en Afrique. Valls a même eu l’idée de profiter de la faiblesse des Grecs pour conquérir leurs marchés agricoles ! Ils négocient les accords de libre-échange (TAFTA [2]) qui accentueront la concurrence avec les « méga fermes-usines nord-américaines » ou les « accords de partenariat économique » entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest qui vont achever l’agriculture vivrière de ces pays pour mieux la livrer aux exportations européennes [3].

Pour une production saine et de qualité, pour des circuits courts et la mise en adéquation de la production et de la demande, il ne peut pas y avoir de solution sans remettre en cause ceux qui imposent la guerre des prix, les firmes capitalistes. Cette guerre des prix, qui n’est autre que la course au profit, est mortifère pour les petits producteurs comme pour les travailleurs de l’industrie agroalimentaire, de la distribution ou du transport.

15 septembre 2015, Elise MOUTIER


Que cache le groupe agro-alimentaire Avril-Sofoprotéol ?

Xavier Beulin, dirigeant de la FNSEA, est également président de la société Avril (du groupe Avril-Sofiprotéol) qui compte plus de 8 000 salariés dans 22 pays.

Avril-Sofiprotéol est fondé en 1983 par les producteurs d’oléagineux et protéagineux (céréales, colza, tournesol). Dans les années 1990, Sofiprotéol développe la filière des biocarburants (Diester), à coups de financements publics : ceux qui se targuent de nourrir la planète avec l’industrialisation de l’agriculture vont utiliser des cultures alimentaires pour fabriquer du carburant !

Puis les sociétés du groupe se diversifient, les coproduits des uns servant de matière première aux autres : elles produisent pour l’industrie alimentaire (Lesieur, Puget), la restauration collective, l’alimentation animale (Sanders, Sopral…), l’industrie chimique - pharmaceutique – cosmétique (Oléon, Novance), et récemment la chimie renouvelable avec l’oléochimie. Elles sont aussi impliquées dans la transformation et la commercialisation des œufs (Matines), du porc et des volailles. Avril-Sofiprotéol a étendu progressivement son champ d’action à l’Europe de l’Est, au Maghreb et à l’Afrique…

Son président, Xavier Beulin, est comme le loup qui parlerait au nom de la bergerie : vente d’aliments pour le bétail, transformateur de la viande de porc, de volaille… ce sont, entre autres, des sociétés du groupe Avril qui mettent les agriculteurs sur la paille !


[1Les cours mondiaux du lait sont plus bas qu’en 2009, le commissaire européen à l’agriculture attend que le marché en surproduction, se « régule » : la fin des quotas accule les petits producteurs espagnols à la faillite.

[2TransAtlantic Free Trade Area

[3Les « Accords de partenariat économique » entre l’Union européenne (UE) et la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, en tout plus de 300 millions d’habitants) ont été signés en juillet 2015. Ils mettent fin aux protections douanières locales qui offraient une petite protection à l’agriculture vivrière locale, la petite industrie, la construction et le bâtiment… Par contre les subventions directes ou indirectes de l’UE à ses exportations agricoles en Afrique de l’Ouest, qui restent énormes, ne sont pas remises en cause.

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