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DOSSIER : Hollande et Merkel face aux réfugiés : Leur duplicité, notre solidarité

Le business des contrôles migratoires

Mis en ligne le 6 octobre 2015 Convergences Monde

Face à ce que les États européens appellent la « crise migratoire », les mesures de contrôles aux frontières ne cessent de se renforcer. Ainsi la France et la Grande-Bretagne se sont concertées pour investir dans un dispositif de clôtures, des caméras de vidéosurveillance, des outils de détection infrarouge et des projecteurs lumineux sur le site d’Eurotunnel.

Cette politique se fait au prix de nombreuses vies humaines puisque ces contrôles font courir aux migrants des risques toujours plus élevés. Les dirigeants européens désignent les passeurs comme les uniques responsables de tous ces drames… pour de honteux profits. Mais ils sont bien plus discrets sur les marchés juteux générés par leurs politiques de contrôle des flux migratoires. La surveillance des frontières est devenue la poule aux œufs d’or pour un certain nombre de sociétés spécialisées dans les technologies de détection et de contrôle, qu’il s’agisse de trouver des financements pour leurs programmes de recherche ou de trouver des acheteurs. Les programmes européens de recherche en matière de « sécurité » aux frontières financent EADS, Thalès, Siemens ou Eriksson, entre autres. Les informations que nous avons relevées pour cet article proviennent du livre utile et très documenté de Claire Rodier, « Xénophobie business » [1]

Les profits de la biométrie…

Le système Parafe (Passage Automatisé Rapide Aux Frontières Extérieures), un système de contrôle biométrique, a ainsi été développé par une filiale de Safran et installé à Roissy, puis Orly.

Concernant les passations de marchés, Frontex, l’agence de surveillance des frontières européennes, constitue depuis sa création en 2004 l’intermédiaire en chef. Son budget, qui n’a cessé d’augmenter (de 6 millions d’euros en 2005 à 89 millions en 2012) peut représenter d’importants achats pour les groupes qui en bénéficient. Ainsi des drones « traqueurs de migrants » pourraient renforcer les capacités logistiques d’intervention dont dispose déjà Frontex, à savoir 26 hélicoptères, 22 avions, 114 navires et 477 appareils techniques entre radars mobiles, caméras thermiques, sondes mesurant le taux de gaz carbonique et détecteurs de battements de cœur… Ce qui constituerait un énorme coup de pouce à l’industrie des véhicules aériens sans pilote.

… et le pognon de la détention

De même, la construction et la gestion de centres de rétention pour migrants sont des opportunités pour de grands groupes industriels. En France, Bouygues a été choisi pour construire plusieurs centres de rétention à Lyon, Marseille, Nîmes et Rennes. Sa filiale Exprimm a obtenu le marché de la détention des migrants dans certains centres, car l’État français sous-traite la restauration, le nettoyage, la blanchisserie et l’entretien de ces centres au privé. Des groupes tels que Eurest, Elior ou Avenance détiennent de nombreux marchés. En Europe, ce sont jusqu’aux expulsions qui sont ainsi sous-traitées au privé, avec la dilution des responsabilités que l’on peut imaginer. Au Royaume-Uni, la compagnie de sécurité privée G4S a conservé le marché des expulsions jusqu’en 2010, année où elle a été mise en cause dans la mort d’un sans-papiers angolais. Elle reste néanmoins en charge de prisons et de centres de détention pour migrants.

Petit requin deviendra grand

Le développement des contrôles migratoires et la répression qui les accompagne représentent donc d’importants intérêts financiers pour les grands groupes capitalistes, mais aussi pour une myriade de petits patrons beaucoup moins visibles. Nombre d’hôtels-taudis ne trouvent plus d’autre clientèle que les demandeurs d’asile, à Paris mais aussi dans toutes les villes de province de quelque importance. L’État a en effet une obligation de logement de tous ceux dont la demande d’asile est en cours de traitement. Les préfectures préfèrent les envoyer chez des marchands de sommeil plutôt que les loger décemment et à moindres frais dans des foyers. Des fonctionnaires ou des travailleurs sociaux embauchés par des associations humanitaires auraient des scrupules à mettre des familles entières à la rue. Bien plus rares sont les hôteliers à qui la compassion arrache quelques nuitées de plus lorsque l’État cesse de payer la facture. Tirer profit de la mondialisation n’impose pas forcément d’aller plus loin que le bout de la rue.

L.G.


[1Claire Rodier, Xénophobie business – À quoi servent les contrôles migratoires, Editions La Découverte, 2012.

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