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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 41, septembre-octobre 2005 > DOSSIER : L’impérialisme français en crise ?

DOSSIER : L’impérialisme français en crise ?

Le capital financier français dans le monde, prédateur plutôt que proie

Mis en ligne le 20 septembre 2005 Convergences Politique

Que n’a-t-on entendu cet été lors de la vraie fausse rumeur du rachat de Danone par Pepsi ! Sur le thème du pauvre capitaliste français attaqué par l’ogre américain, que d’envolées patriotiques de nos dirigeants politiques, tous unis, en l’occurrence, pour la défense du capital français. Ce n’est pas nouveau : depuis des années, on nous ressert en boucle la difficulté pour les groupes capitalistes français de faire jeu égal avec les puissants fonds de pension anglo-saxons et le danger de voir l’économie française se faire avaler par des groupes étrangers.

Car nos patrons français manqueraient paraît-il de capitaux, à l’inverse de leurs rivaux anglo-saxons capables de lever des sommes gigantesques grâce aux fonds de pension. D’où l’idée, pour préserver l’indépendance des entreprises françaises et les alimenter en capitaux indispensables au financement de leur expansion, de faire main basse sur l’épargne retraite des travailleurs... en les forçant à compléter des retraites par répartition amaigries par une retraite par capitalisation.

Manque de capitaux ?

Or, tous les chiffres récents prouvent au contraire que les entreprises françaises possèdent des capitaux florissants qu’ils investissent massivement à l’étranger pour racheter des entreprises. Le Monde pouvait titrer fin août : « les groupes français multiplient les investissements à l’étranger », en fournissant maints exemples de ces prédateurs tricolores. Ainsi, à quelques semaines d’intervalle, Pernod Ricard, France Télécom, Saint Gobain et Suez ont lancé de grosses opérations à l’étranger. Pernod Ricard en rachetant son homologue britannique pour 10,7 milliards d’euros, s’est propulsé à la deuxième place mondiale des vins et spiritueux. Saint Gobain s’apprête à débourser plus de 5 milliards d’euros pour prendre le contrôle du leader mondial du placoplâtre, un britannique. Le groupe de pneumatiques Michelin a annoncé mi-février un investissement de 253 millions d’euros pour agrandir son usine d’Olsztyn, au nord de la Pologne. Depuis le début de l’année 2005, les grands groupes ont annoncé avoir réalisé pour plus de 40 milliards d’euros d’acquisitions, devenant ainsi champions européens des fusions acquisitions, l’année 2005 s’annonçant comme une cuvée exceptionnelle. Les entreprises françaises classées parmi les 500 premiers groupes mondiaux étaient plus nombreuses que leurs homologues allemandes ou même britanniques !

Les investissements français à l’étranger se portent donc bien : la France par exemple est le troisième partenaire commercial de la Pologne, mais les 13 milliards d’euros investis par plus de 700 sociétés hexagonales placent la France en tête de la liste des investisseurs étrangers. Le groupe automobile PSA n’est pas en reste : il vient de construire une usine près de Prague, en partenariat avec Toyota. Le groupe achève aussi en ce moment la construction d’un second site situé en Slovaquie, qui ouvrira ses portes courant 2006. On pourrait multiplier ces exemples à l’infini.

Partie prenante au pillage du monde

Sans oublier par ailleurs, que le capitalisme français poursuit son pillage du tiers monde, notamment dans les pays du continent africain. Le symbole en est Vincent Bolloré, leader du transport maritime et principal actionnaire du groupe Havas. Sa fortune a été construite en grande partie sur l’exploitation des pays africains, où il domine tous les ports de l’Afrique de l’Ouest. Il y accumule les possessions : le tabac, les plantations, les réseaux ferrés de pays comme le Cameroun, le Congo ou encore le Sénégal. Chaque intervention du FMI ou de la Banque Mondiale visant à réduire la dette colossale des pays du tiers monde est accompagnée d’un programme de privatisations des services de base comme la distribution de l’eau, du téléphone ou de l’électricité. Ces services sont concédés à des groupes privés français, qui continuent à s’engraisser sur la misère du tiers monde aujourd’hui encore.

Reste un fait mis en avant par les porte-parole du patronat : la France est l’un des pays développés où la détention du capital des entreprises par des étrangers est la plus élevée, et c’est surtout vrai pour les plus grandes, celles du Cac 40. Mais en réalité, s’il est vrai qu’un géant comme Total voit plus de la moitié de ses actions détenues par des investisseurs étrangers, ce n’est pas parce que ceux-ci seraient en train de prendre le contrôle du groupe (ils sont en fait dispersés et ne constituent pas des « noyaux durs » dans le capital), mais parce que le premier des trusts français est capable de capter des capitaux venus du monde entier pour financer son développement. Une fois de plus, ces prétendus signes de faiblesse sont surtout des conséquences de l’expansion mondiale des grands trusts français.

Laurence VINON

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