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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 41, septembre-octobre 2005 > DOSSIER : L’impérialisme français en crise ?

DOSSIER : L’impérialisme français en crise ?

À l’ombre du grand frère ennemi américain

Mis en ligne le 20 septembre 2005 Convergences Monde

La bourgeoisie française, ses entreprises, ses banques, ses détenteurs de capitaux, se portent donc plutôt bien, et « tiennent leur rang » dans le monde. En revanche, elle doit faire face à un certain nombre de problèmes politiques, en premier lieu celui que pose l’existence d’une superpuissance, les États-Unis.

Les différentes puissances impérialistes ne sont certes pas au bord de la guerre et leurs rivalités, bien réelles, se manifestent pour l’instant sur fond d’une certaine entente. C’est particulièrement vrai semble-t-il pour libérer les échanges de marchandises et les flux de capitaux, toutes les bourgeoisies des pays riches y trouvant leur compte et faisant leur part de profits.

Mais la puissance américaine a tout de même quelque chose d’irritant pour les puissances secondaires. Détentrice de la grande monnaie internationale de référence qu’est le dollar elle peut imposer sa politique monétaire aux autres, selon ses intérêts du moment. Quand la Chine a voulu entrer dans l’OMC, les conditions ont été en réalité négociées de façon bilatérale avec le gouvernement américain, tout comme celui-ci décide tout seul de limiter l’insertion de l’Iran dans l’économie mondiale, depuis 25 ans maintenant ! De même, en 1990, quand Saddam Hussein avait envahi le Koweit, les puissances européennes (et japonaise) furent sans doute satisfaites de pouvoir compter sur la puissance militaire américaine pour régler le problème, mais mesurèrent aussi leur dépendance à l’égard du grand chef de la tribu impérialiste. De même encore quand les États-Unis ont réglé eux-mêmes les conflits dans l’ex-Yougoslavie. Autant de démonstrations de la relative faiblesse des puissances européennes, souvent condamnées à choisir entre l’alignement complet du « plus fidèle allié » ou les effets de manche diplomatiques.

Ce qu’a montré encore, et avec quel éclat, la crise irakienne de 2003. Les bombes américaines ont en effet frappé non seulement la population irakienne, mais aussi les intérêts économiques de certains États européens, à commencer par la France qui a perdu d’importants contrats, notamment pétroliers, conclus avec le régime de Saddam Hussein. Surtout, l’impérialisme américain a fait la démonstration qu’il pouvait faire la guerre contre l’avis des Français, des Allemands, des Russes et des Chinois. Et se permettre de s’autoproclamer le gardien de la sécurité des approvisionnements en énergie du « monde civilisé », pour reprendre un propos récent de Bush. Ce qui sonne toujours aussi un peu comme une menace, y compris à l’égard des protégés.

L’incontournable rapport de forces

Chirac a bien eu le « courage » de ne pas s’aligner, et de tenter de mener un jeu indépendant de la puissance hégémonique. Mais il n’a pu bien sûr empêcher la guerre, et c’est lui qui a dû faire ensuite les premiers pas en direction de Bush. Tel est le rapport de forces.

Pour autant les difficultés que continue d’avoir l’armée américaine pour contrôler l’Irak rappellent aussi à l’impérialisme américain les limites de son pouvoir, et qu’il doit quand même toujours compter avec ses « alliés » et néanmoins rivaux occidentaux. D’où les concessions qu’il doit leur faire et les compromis qu’il peut passer avec eux et la prise en compte de leurs intérêts propres qu’il doit accepter : ainsi le jeu diplomatique compliqué, loin d’être terminé, autour de l’Iran actuellement.

Une puissance comme la France fait donc face à un problème de dimension, d’échelle. Pour que ses trusts puissent continuer à se développer et rester compétitifs dans le monde entier, il a fallu élargir leur arène à toute l’Europe : un grand marché commun. Pour tirer le maximum de profits économiques de ce marché commun, il a fallu créer une monnaie commune. Et pour rendre possible une telle monnaie commune, il a fallu faire tout de même un « abandon de souveraineté » : renoncer à une politique monétaire indépendante, et accepter un certain encadrement du budget de l’État.

De même, les dirigeants français n’ont finalement pas rechigné à partager une partie importante de leur diplomatie commerciale : c’est l’UE qui négocie à l’OMC, c’est elle aussi qui négocie à propos des textiles chinois et des contreparties à demander. L’intérêt de ces « délégations de souveraineté » est évident : menacer la Chine de lui fermer le seul marché français aurait tout de même moins de poids que si on peut mettre le marché européen dans la balance, y compris pour la forcer à ouvrir son territoire aux entreprises et aux banques françaises.

Small is not beautiful

Pour maintenir sa part du gâteau mondial, faire pression, négocier, offrir les meilleures conditions au développement de son capital financier ou de ses groupes industriels, l’État français n’a d’autre choix que de se dilater au-delà de ses frontières. Mais il ne s’agit plus aujourd’hui de construire un empire colonial fermé, ni même de garder à tout prix ses griffes sur un pré carré bien petit et bien pauvre. À l’heure de la mondialisation, construire une autorité « européenne » en se subordonnant les petits États du continent et en partageant une partie de son pouvoir avec les autres puissances européennes, répond mieux aux besoins. Car il ne s’agit pas seulement de faire pièce aux États-Unis ou au Japon. Il s’agit d’avoir une influence politique sur des États qui ne sont pas capables de bousculer trop gravement les puissances européennes du point de vue de la puissance productive, financière, technologique, mais qui sont des marchés et des zones d’investissement considérables : la Chine, l’Inde, le Brésil, ou même plus modestement, mais aux portes de l’Europe, la Turquie, ou, plus loin, l’Afrique du sud ou la Corée.

Voilà pourquoi les dirigeants, économiques et politiques, de la bourgeoisie française peuvent aujourd’hui se sentir un peu trop à l’étroit dans leur État « national » hérité du passé, qui a si bien servi jusqu’ici mais qui semble parfois un peu dépassé face à l’ampleur de la tâche.

B. R.

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