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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 41, septembre-octobre 2005 > DOSSIER : L’impérialisme français en crise ?

DOSSIER : L’impérialisme français en crise ?

L’armée française change... pour conserver son pouvoir de nuisance

Mis en ligne le 20 septembre 2005 Convergences Politique

Cette année, le thème du traditionnel défilé du 14 Juillet pouvait paraître rassurant : « l’armée au service de la solidarité ». De même, les interventions militaires sont toutes « humanitaires », de « maintien ou de rétablissement de la paix ». La guerre à la guerre aurait-elle été gagnée ?

Le pouvoir de porter la guerre aux quatre coins du monde

La confrontation avec une puissance comparable est aujourd’hui hypothétique. Les pays riches ne s’engagent plus que dans des conflits que l’état-major appelle les « guerres asymétriques » (Afghanistan, Kosovo, Irak). Les impératifs changent : il faut gagner vite, limiter le plus possible les pertes dans son propre camp. La seule constante : l’indifférence vis-à-vis des populations civiles locales, qui meurent par dizaines de milliers sous les bombes. Le terme « dommages collatéraux » inventé par les états-majors pour se dégager de leurs responsabilités, traduit en fait tout leur mépris pour ces vies humaines.

Une priorité par contre, c’est de pouvoir porter la guerre, le plus loin possible, le plus vite possible. En effet, les conflits dits « périphériques » (les victimes apprécieront) se multiplient et les grandes puissances veulent être de plus en plus réactives quand il s’agit de leurs intérêts. L’armée française, comme les autres, se restructure donc. Finie l’armée des conscrits, censée défendre le pays contre une invasion venue de l’Est. Elle se transforme en force de projection : professionnalisation, unités d’élite très mobiles, forte puissance de feu, porte-avions.

Crimes et délits en bande organisée

Les sphères d’influence des grandes puissances sont moins étanches, et moins bien délimitées qu’auparavant. Plus de guerres coloniales qui permettent à un unique pays de prendre le contrôle d’une nation ; les impérialistes s’appuient désormais les uns les autres pour soumettre les peuples. Depuis la première guerre du Golfe en 1991, chaque intervention d’envergure voit se former une coalition, qui peut être amenée à occuper le pays vaincu pendant des années. Être capable de s’intégrer à de tels regroupements a imposé à toutes les grandes armées d’autres changements de structure. Ce qui veut dire en premier lieu compatibles avec l’armée américaine, colonne vertébrale de toutes les coalitions pour l’instant.

Ainsi l’armée a-t-elle changé, avec les objectifs que l’État lui fixe. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle perd de l’importance : bien au contraire, le militarisme a repris sa croissance depuis 1998, après un court relâchement dans les années 1990. Et pas seulement dans l’Amérique de George Bush.

L’armée française pleure la bouche pleine...

Les péripéties du porte-avion Charles-de-Gaulle prêtent à rire, vu son prix (rappelons qu’il sera en réparation pour 18 mois dès 2006). Néanmoins, avec le poste le plus important dans le budget de l’État tout au long des années 1990, avec une loi de programmation 2003-2008 qui augmente encore ses crédits (+ 22 %), avec un effectif de 350 000 hommes qui demeure considérable, l’armée française garde tout son pouvoir de nuisance. Et elle ne se prive pas de l’utiliser : 12 000 soldats français sont aujourd’hui engagés dans le monde (Côte d’Ivoire, Bosnie, Kosovo, Afghanistan, Liban,...). Des bases militaires sont disséminées en Afrique pour rappeler aux régimes locaux qui reste le véritable maître du jeu (Sénégal, Tchad, Gabon, Djibouti).

Le budget militaire des pays de l’Union Européenne atteint seulement 40 % du budget militaire américain. En ce qui concerne la recherche, les États-Unis dépensent 8 fois plus pour l’armée que l’Europe. Cela dit... D’une part, avec 580 dollars par personne et par an, la France est le pays d’Europe qui dépense le plus pour l’armée, au coude à coude avec la Grande-Bretagne. D’autre part, si le budget militaire américain représente 40 % des dépenses militaires mondiales, celui, cumulé, des pays de l’Union Européenne atteint 20 % et arrive en deuxième position... bien assez pour soumettre les pays du Tiers-Monde. Car c’est aujourd’hui l’objectif principal : avoir une force crédible, redoutable pour les pays pauvres qui ne voudraient pas suivre les règles du jeu impérialiste. Reste, à long terme, un réel problème d’indépendance pour l’impérialisme français : serait-il vraiment capable à l’heure actuelle de diriger une intervention d’envergure, comme le font les États-Unis ?

L’industrie de la mort se goinfre aussi

Cette nouvelle donne fait le bonheur des marchands de canons. Aux États-Unis et dans l’Union Européenne, qui produisent les quatre cinquièmes des armes du monde, mais aussi au « pays des droits de l’homme » qui se taille la part du lion sur le vieux continent, avec 10 % des exportations mondiales et un marché intérieur bien fourni. Les Lagardère et autres Dassault s’en réjouissent : la France est le plus grand vendeur d’armes par habitant au monde !

Mais il faut bien admettre qu’en matière d’armements, l’Europe ne fait que courir après la première puissance mondiale. Entre 1998 et 2002, le budget militaire des États-Unis a augmenté de 30 % ! Les trusts américains ont ainsi un gros avantage compétitif sur les européens : leur immense marché domestique garanti (les contrats du Pentagone) leur permet de faire des économies d’échelle et de forts investissements en recherche, recette gagnante ensuite à l’exportation. De l’autre côté de l’Atlantique, les industriels oscillent donc entre deux stratégies : l’indépendance et la collaboration.

Vu l’écart technologique, certains groupes européens choisissent de tenter d’accéder à l’immense marché US, voire de sous-traiter pour les trusts américains. Ce qui s’accompagne, en contrepartie, d’une participation de plus en plus grande de capitaux américains à l’industrie de l’armement européenne. Difficile à avaler pour le gouvernement français, qui a fait figurer les marchands de canons en bonne place sur la liste des industries soumises aux risques d’OPA, publiée le 1er septembre. Bluff ou réelle inquiétude ? Toujours est-il que l’État tente d’inverser la tendance en investissant nos impôts dans Dassault et EADS : les commandes en armement augmentent de 10 % par an depuis 2002.

Jusqu’à aujourd’hui, les grandes puissances privilégient la coopération dans la destruction, le pillage et l’exploitation du reste du monde. Mais, même si elles ne sont pas directement adversaires, elles demeurent concurrentes. La frénésie actuelle dans la production d’armement, le renforcement et la modernisation des armées ne s’expliquent pas si on considère la faiblesse militaire des États contre lesquels les impérialistes entrent en guerre (Serbie, Afghanistan, Irak). Il s’agit plutôt d’une course de vitesse entre « alliés », chacun tentant de conserver voire d’améliorer son rang. Pour une raison fondamentale : les rapports de force militaires entre pays riches peuvent influencer grandement la part de chacun dans le pillage de la planète.

Raphaël PRESTON

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