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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 41, septembre-octobre 2005 > DOSSIER : L’impérialisme français en crise ?

DOSSIER : L’impérialisme français en crise ?

La France a-t-elle perdu l’Afrique ?

Mis en ligne le 20 septembre 2005 Convergences Monde

Il y a le feu au pré carré !

Au moment des indépendances, l’impérialisme français était « parti pour mieux rester » dans ses colonies d’Afrique noire : il mit à la tête des nouveaux États indépendants des dirigeants qui lui étaient étroitement liés. Des fonctionnaires français contrôlaient leurs administrations. Des officiers français encadraient leurs forces de répression. Tout était fait pour que les nouveaux régimes restent exclusivement associés à l’impérialisme français, non seulement pour garantir la continuation du pillage des richesses africaines par les grands trusts français, mais également pour écarter du gâteau leurs rivaux américains, allemands, anglais, japonais. C’est ce que le dictateur ivoirien Houphouët-Boigny appela un jour « la Françafrique ».

Ces « relations privilégiées » (élargies à partir des années 1970 à d’anciennes colonies belges, le Zaïre de Mobutu ou le Rwanda) offraient aussi une sorte de rente politique à l’État français, qui pouvait se prévaloir de parler aussi pour ses satellites africains.

Mais depuis 10 ans, la domination française a subi quelques déboires : en 1994, le régime pro-français de l’extrême droite hutue s’effondre sous les coups d’une rébellion armée et financée par les Américains et les Britanniques. Non sans avoir auparavant massacré près d’un million de Rwandais. La même année, le gouvernement français impose une catastrophique dévaluation de 50 % du franc CFA, qui lézarde les relations financières privilégiées avec l’ancienne métropole. En 1996, Mobutu est à son tour chassé du pouvoir au Zaïre. En 2002, à Madagascar, Ravalomana s’impose contre le dictateur sortant et poulain de la France, Ratsiraka, et des entreprises françaises perdent dans la foulée des contrats : la CGE, France Telecom, Bolloré, Alcatel...

Même la Côte d’Ivoire, vitrine de la Françafrique, est ébranlée. Le pays qui fut le pilier de la présence française en Afrique est aujourd’hui coupé en deux. Face aux émeutes à Abidjan, les parachutistes français ont tué des dizaines de civils et une très grande partie des 20 000 expatriés français ont quitté le pays. L’intervention militaire est incapable d’imposer un retour à « l’ordre », malgré le label, décerné après coup, de l’Onu. Mais ne voulant ni laisser Gbagbo tenter de reconquérir le pays, ni se désengager, de peur sans doute de voir le pays définitivement glisser dans une longue guerre civile, avec d’imprévisibles conséquences sur toute l’Afrique de l’ouest, n’ayant pas non plus les moyens de s’imposer vraiment à la population, sous peine de s’enfoncer dans un bourbier qui vaudrait bien celui des Américains en Irak, mais sans leurs moyens, l’armée française et ses chefs semblent bel et bien en panne d’une politique. Ils s’en tiennent pour l’instant à l’essentiel : le contrôle militaire de « la Côte d’Ivoire utile », la zone du cacao, les ports et les aéroports. Mais combien de temps cela peut-il durer ?

Une « Françafrique » moins contrôlable...

À l’époque de la guerre froide, l’impérialisme français s’était vu reconnaître un rôle de « gendarme de l’Afrique ». Avec la fin de l’URSS les puissances occidentales rivales de la France n’ont plus les mêmes raisons de respecter ses plates-bandes. Dès le milieu des années 1990 les États-Unis ont soutenu les rébellions armées, du FPR au Rwanda puis de Kabila au Zaïre. Aujourd’hui, au nom de la lutte contre le terrorisme, ils multiplient des initiatives de coopération militaire avec nombre d’États africains.

Mais les difficultés de la France à maintenir sa domination ne relèvent pas seulement de rivalités inter-impérialistes ravivées. Comme tout le continent africain, le pré carré français est économiquement en ruines. Le PIB africain par habitant aurait même baissé de 15 à 20 % depuis les indépendances ! D’où la déstabilisation des États qui abandonnent tout service public, ne payent plus leurs fonctionnaires, ni même, parfois... leurs forces de répression.

Ainsi en Côte d’Ivoire, qui était censée être un « miracle économique », et qui a largement fait faillite (mais pas ses dirigeants), l’impérialisme français recueille d’abord les fruits de sa propre politique, d’abord parce que lui et ses trusts ont une responsabilité majeure dans la faillite économique du pays, ensuite parce qu’il n’a pas eu la moindre hésitation, pendant des années, à apporter son soutien à des gouvernements qui jouaient déjà avec le feu de l’ethnisme qui embrase maintenant tout le pays.

... ou moins convoitée ?

Cependant, s’il est vrai que l’impérialisme français a plus de difficultés à maintenir la stabilité de la région, il en voit peut-être aussi moins la nécessité. Car l’enjeu que peut représenter l’Afrique dans l’économie mondiale s’est considérablement dévalorisé.

Cela ne signifie pas qu’il n’y a plus de juteux profits à y faire, notamment pour un certain nombre de trusts français, Bouygues, Total, Bolloré, France Telecom, Suez, qui, s’ils ne sauraient incarner les intérêts de toute la bourgeoisie française, loin s’en faut, ont tout de même un poids économique considérable, et les oreilles attentives des dirigeants politiques français. Un journaliste du Monde, Stephen Smith, et qui a publié cette année un livre, Comment la France a perdu l’Afrique, où il s’efforce surtout de démontrer qu’il n’y aurait plus véritablement d’impérialisme français en Afrique, écrit lui-même  : « Bien que le PIB de la zone franc en Afrique représente seulement 3,6 % du PIB de la France, cette dernière a assuré pendant la période 1989-1999 un tiers des importations et absorbé 17 % des exportations de cette zone de pauvreté, en réalisant un excédent oscillant entre 8 milliards de francs en 1992 et 10 milliards de francs en 1999, alors que le bénéfice net du commerce avec les États-Unis, marché autrement plus riche, a été de 840 millions et de 987 millions pour les mêmes années. Autrement dit, si les échanges commerciaux avec l’Afrique sont incommensurablement plus faibles que ceux avec les États-Unis, (...) les profits engrangés par la France sont 10 fois plus importants. » En 2004, « les 100 grands groupes français présents en Afrique contrôlent à plus de 50 % les marchés au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Sénégal... »

En Côte d’Ivoire, les groupes français ont cédé le contrôle de la filière cacao à deux multinationales américaines (Cargill et ADM), au début des années 1990, mais ils restent les premiers investisseurs privés du pays, notamment grâce à la vague de privatisations entre 1990 et 1993, dans les domaines de l’eau, de l’électricité, du téléphone, du secteur bancaire et des travaux publics.

Il n’en reste pas moins que les investissements français se sont en fait de plus en plus dirigés vers l’Angola, le Nigeria et l’Afrique du sud. Des pays qui semblent davantage « d’avenir » pour les profits des trusts que les anciennes colonies françaises !

Perdre le pré carré, pour conquérir le monde ?

Les grands groupes français ne tiennent donc peut-être plus autant à leur chasse gardée africaine, justement parce qu’ils ont des horizons plus vastes. Les grandes zones de croissance économique, et de profits à faire, sont en Asie, peut-être dans certains pays d’Amérique latine ou même en Afrique du sud. On comprend mieux le fair play de Chirac, qui apprend avec le sourire que le contrat des activités portuaires malgaches, traditionnelle chasse gardée française, vient d’échapper à Bolloré pour aller à une entreprise... indonésienne. Pourquoi donc irait-il se fâcher avec les Indonésiens, au risque de se fermer le marché de ce pays, autrement plus intéressant que la pauvre île malgache ? Et pourquoi se brouillerait-il, à plus forte raison, avec les autorités et les entrepreneurs de Chine, qui effectuent depuis quelques années une remarquable percée sur le marché africain, dans tous les domaines ? On ne peut à la fois revendiquer l’ouverture de la Chine, et maintenir la fermeture de la Françafrique.

D’un autre côté, l’impérialisme français ne lâchera pas de lui-même, spontanément, ses bastions. La France y conserve de solides intérêts. Elle y reste de loin la principale puissance économique. Et malgré les hypocrites discours de ses dirigeants (notamment... socialistes) sur la liberté des peuples et la fin des ingérences, ils n’ont pas plus de scrupules qu’avant à soutenir les pires dictateurs, comme l’a encore montré récemment la bienveillance de Chirac à l’égard du nouveau dictateur du Togo, fils de son père défunt, et massacreur d’opposants en ce moment même. L’État français a également intérêt à conserver d’étroites relations de clientélisme et de tutelle avec les dirigeants des États africains, comme l’a encore montré la querelle de 2003 à l’Onu sur la question irakienne. Colin Powell et Dominique de Villepin firent chacun le tour de l’Afrique pour rallier les voix et les allégeances !

B. R.


Commerce et investissements : une Afrique de moindre valeur ?

Elle représente 1,5 % du commerce mondial, contre 14 % lors des indépendances. En 2002, par exemple, sur 534 milliards de dollars de capitaux privés investis dans le monde, l’Afrique en a reçu seulement 6. Entre 1980 et 1995, la part des IDE (les investissements directs à l’étranger) des grandes puissances consacrée à l’Afrique a considérablement baissé : ils sont passés pour la Grande-Bretagne de 29 % en 1980 à 3,8 % en 1995, pour la Belgique de 40 % à 4,9 %, pour l’Allemagne de 19,5 % à 2,4 %. Or l’évolution française est particulière : elle a aussi a fini par placer une part nettement plus petite de ses investissements en Afrique, mais il y eut un net décalage dans le temps : 35 % en 1980, encore 30,4 % en 1995, puis chute : 18 % en 2000, 8 % en 2003. Des chiffres à prendre avec prudence, car les IDE recoupent bien des choses (de simples achats d’entreprises parfois, qui gonflent quand il y a des privatisations...) et surtout la masse totale des IDE a énormément augmenté dans le monde depuis 15 ans, ce qui relativise un peu cette chute de pourcentage pour l’Afrique.

De même la place de l’Afrique dans les échanges commerciaux avec la France a décliné. Sa part dans les importations absorbées par la zone franc (plus le Ghana et le Nigeria) est passée de 29 % en 1980 à 16 % en 2004. Mais elle est toujours en tête, devant la Chine (7,2 %), les États-Unis (6,2 %) et la Grande-Bretagne (6,1 %).


Pétrole africain

Le pétrole est un des rares domaines où l’Afrique semble appelée à monter en puissance dans l’économie mondiale. La production africaine a augmenté de 40 % dans les années 1990, le double de la croissance mondiale, et l’Afrique subsaharienne devrait passer de 5 millions de barils par jour en 2005 à 9 millions d’ici 2030. Les États-Unis ont déjà annoncé leur volonté de tirer 25 % de leurs importations de pétrole du Golfe de Guinée, dès 2015 (contre 14 % aujourd’hui).

Or les grands producteurs d’aujourd’hui et de demain sont plutôt l’Angola, le Nigeria, ou même la Guinée équatoriale. Si Total veut renforcer sa présence dans ces pays, elle doit aussi être capable de partager ses propres bastions (Gabon, Congo) avec Shell, Exxon, etc. voire même y renoncer dans certains cas. En 1999, l’exploitation du pétrole tchadien et son transfert par le Cameroun, le plus grand investissement privé actuel au sud du Sahara, sont allés à des pétroliers américains, Exxon (40 %) et Chevron (20 %), à côté de Petronas (35 %). La France peut toujours se consoler en considérant que dans ce pays où elle entretient une base militaire permanente avec avions de combat et près d’un millier de soldats, ses entreprises ont emporté 60 % des contrats de sous-traitance. C’est toujours plus que ce que la population tchadienne y gagnera, elle qui souffre en ce moment même de la famine.

Autre nouveauté : la Banque Mondiale présidée depuis peu par un proche de Bush, Paul Wolfowitz, a un pouvoir de contrôle sur l’usage de la rente pétrolière, en vertu du fait qu’elle a financé le lancement du projet...

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Réactions à cet article

  • il serait temps que l’on explique aux français moyen les vrais raison qui poussent tous c’est africain à venir misèré en france alors qu’ils rêvent plutôt de vivre chez eux, selon leurs coutumes,selon leurs valeurs,ecrire leurs histoire, et que l’on explique également, que c’est dictateurs sont maintenue en place juste pour des raisons economique pour la france et non pas comme le president sarkosi à officilement dis durant la campagne presidentiel minimiser l’apport financiere de l’afrique. sinon la france n’y serait plus depuis des années

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