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Le patronat à l’offensive !

Chez les sous-traitants aéronautiques : avalanche de suppressions d’emplois, il y a urgence à unifier la riposte

Mis en ligne le 30 septembre 2020 Convergences Entreprises

Une annonce par jour !

Alors qu’Airbus, en plus d’un PSE portant sur 5 000 postes en France, a lancé la « négociation » d’un « accord de performance collective » (APC) dont le cœur est un gel des salaires, c’est dans toute la filière aéronautique que les annonces de suppressions d’emploi tombent. Parmi les dernières en date : le 24 septembre chez Creuzet à Marmande dans le Lot-et-Garonne (PSE de 197 postes sur un peu moins d’un millier) et, le 25, Latécoère (PSE de 475 postes sur 1 504, avec arrêt de la production de câblage à Labège (banlieue de Toulouse) et, en prime, un probable APC, alors que le groupe a déjà supprimé 1 000 emplois en République tchèque et en Tunisie). Alors même que les fins de mission d’intérim et de CDD ont déjà entraîné la suppression de dizaines de milliers d’emplois (difficiles à quantifier) dans la filière.

Dans la région toulousaine, on dépasse la trentaine de PSE. Parfois ils concernent plus de la moitié des effectifs (140 sur 225 chez CMT+, 225 sur 400 chez Sogeclair, 240 sur 440 chez Athos). Le sommet étant atteint chez la filiale d’Airbus AIS avec 101 sur 141 !

Premières trop rares ripostes

Jusqu’à présent il y a eu peu de ripostes : mise à part la grève de quatre jours chez Atis-Derichebourg contre un APC entraînant jusqu’à 600 euros de perte mensuelle sur les rémunérations, il y a eu, le 28 août, une manifestation à Meaulte dans la Somme à l’appel de la CGT et de la CFDT qui a rassemblé des travailleurs de plusieurs entreprises (AAA, Laroche, Simra, Derichebourg) et, à l’appel de la CFDT, une journée d’action le 8 septembre chez AAA (PSE de 719 sur 1 587 salariés). Mais si, à Toulouse, le syndicat n’appelait qu’à une heure de grève, à Carquefou, près de Nantes, la grève a duré une semaine et entraîné le blocage de la production d’une usine Airbus.

Des patrons qui font feu de tout bois

À noter que le PSE est loin d’être le seul moyen utilisé pour réduire les effectifs : l’APC de Derichebourg entraînait une telle baisse de revenu que plus de 160 personnes l’ont refusé et ont donc été licenciés « pour cause réelle et sérieuse », comme le permettent les nouvelles règles édictées par Macron. Chez Alten Sud-Ouest, c’est en utilisant la clause de mobilité contenue dans les contrats que la direction a poussé dehors plus de 200 personnes à ce jour (en les licenciant pour « faute grave », ce qui est non seulement scandaleux mais tout à fait contestable juridiquement). Chez Liebherr, c’est plus « soft » : un plan de 100 départs à la retraite avec une prime. D’autres veulent utiliser les ruptures conventionnelles collectives. Mais, le plus souvent, les patrons font un paquet PSE-APC (ce dernier étant prétendument fait pour réduire le nombre de suppressions d’emplois). Chez Derichebourg, c’était au prétexte d’éviter un PSE immédiat que le patron a imposé son APC ; chez Airbus, on commence par négocier le PSE puis, avant même d’avoir bouclé la négociation, on attaque celle d’un APC.

Seules quelques entreprises maintiennent tous les emplois en CDI en utilisant à fond le paiement du chômage « partiel » (mais souvent total) par l’État. Mais jusqu’à quand ?

Des situations très diverses et une aide gouvernementale entre les mains des patrons des gros donneurs d’ordre

En fait, tout comme chez Airbus, les situations des travailleurs sont très diverses : c’est ainsi qu’une travailleuse de AAA chôme totalement depuis mars, tandis que certains de ses collègues, à qui est imposé une réduction d’horaire (pour s’aligner sur les travailleurs d’Airbus aux côtés desquels ils travaillent) ont plus de boulot qu’avant la crise. Les grévistes de Carquefou ont pu bloquer Airbus parce que, avec le départ des intérimaires, ils ont plus de boulot qu’avant. Chez Alten, entreprise d’ingénierie qui a perdu l’essentiel de ses prestations chez Airbus (jusqu’à 80 % des ingénieurs sont désormais en « inter-contrats », c’est-à-dire sans travail), certains, mis au chômage en mars, sont rappelés en septembre car Airbus s’est aperçu qu’il n’avait plus certaines compétences en interne.

Si certains petits sous-traitants sont vraiment dans le rouge du fait des baisses de commande d’Airbus, il faut bien voir que beaucoup d’entreprises de la filière aéronautique touchées par les PSE font partie de groupes qui ne sont pas en si mauvaise posture. Par exemple, le groupe Derichebourg, plutôt centré sur la gestion des déchets industriels, n’est que marginalement impacté par la baisse de production d’Airbus. Et si Alten Sud-Ouest est très touché par l’arrêt des projets de recherche et développement d’Airbus, le groupe Alten (plus de 30 000 salariés) ne va pas si mal, puisque le cours de son action a augmenté de 10 % en une seule séance, le 23 septembre.

Le plan gouvernemental d’aide à l’aéronautique (huit milliards d’euros hors Air France) comprend un milliard pour l’aide aux sous-traitants. Mais ce sont les trois donneurs d’ordre – Airbus, Dassault et Safran – qui sont chargés de distribuer ce milliard : ils vont ainsi pouvoir organiser la restructuration de la sous-traitance à leur guise – réinternalisation de certaines tâches, délocalisation d’autres, fusion d’entreprises, mises en faillite, etc.

Un début d’organisation de la riposte

Dans la région toulousaine, où la filière aéronautique représente plus de 80 000 emplois directs, beaucoup se rendent compte que la riposte doit être coordonnée face aux attaques patronales. L’attitude du syndicat FO d’Airbus, dont le secrétaire est d’accord avec la direction pour rapatrier une grande partie de la sous-traitance, tout en affirmant ne pas vouloir « tuer » les sous-traitants, passe mal. Certains travailleurs de la sous-traitance considèrent ceux d’Airbus comme des privilégiés et n’en attendent aucune solidarité. Des décennies de développement de sous-traitance ont certes créé, pour un même boulot, bien des inégalités entre les « airbusiens » et les autres, mais aussi entre sous-traitants « de rang 1 » et de rang 2 ou 3.

Mais les seuls vrais gagnants sont les actionnaires, et pas seulement ceux d’Airbus.

À l’appel d’un groupe de travailleurs de Derichebourg, d’un syndicaliste d’AAA et d’un militant NPA délégué syndical aux AHG (effectif environ 300 personnes), relayé par l’UD-CGT de Haute-Garonne, une réunion d’une cinquantaine de travailleurs (majoritairement syndiqués CGT, mais aussi CFDT, Unsa et CNT ou non-syndiqués), venus d’une vingtaine d’entreprises de la filière, a eu lieu jeudi 17 septembre à la bourse du travail de Toulouse. Une déclaration y a été discutée, deux axes de lutte clairement définis : pas de suppressions d’emploi (c’est-à-dire une embauche pour chaque départ) ; partage du travail entre tous, sans baisse des salaires.

Cette réunion a permis de dépasser la logique des coordinations qui existaient déjà dans la CGT, mais ne parvenaient pas à unir ouvriers de la métallurgie et ingénieurs des bureaux d’études, et de proposer des perspectives pour des entreprises où il n’y a que peu ou pas de syndiqués, ainsi qu’une aide concrète à celles et ceux qui souhaiteraient initier des luttes dans leur entreprise, notamment contre les PSE ou les APC. Un premier pas qui mérite d’être salué.

Les grandes entreprises de l’aéronautique ont accumulé des profits records ces dernières années, le gouvernement les arrose aujourd’hui avec l’argent public, pris dans la poche des travailleurs : elles ont donc les moyens de maintenir les emplois tant chez elles que dans la sous-traitance.

26 septembre 2020, Félix Rolin

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