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DOSSIER : Contre l’Europe morcelée des capitalistes, les intérêts planétaires des travailleurs

Y a-t-il un capitalisme européen ?

Mis en ligne le 26 janvier 2017 Convergences Monde

En novembre 2016, le géant finlandais des télécoms Nokia a fusionné avec le français Alcatel-Lucent, occasion pour le président du conseil d’administration d’Alcatel, Philippe Camus, de louer la nouvelle dimension européenne du groupe. Selon lui, « le concept de fleuron industriel ne s’applique pas au niveau national, par contre […] très bien au niveau européen » [1]. Mais existe-t-il réellement une unité politique des bourgeoisies européennes qui permette de parler de « fleuron européen » ?

Une interpénétration du capital… bien au-delà de l’Union européenne

Depuis le nouvel essor du capital financier, dans les années 1980, la propriété des grands groupes dépasse le cadre national : ceux du CAC 40 sont aujourd’hui détenus à 45 % par des holdings, fonds d’investissement ou riches capitalistes étrangers. Les marchés financiers se sont européanisés : Euronext regroupe les bourses de Bruxelles, Amsterdam, Lisbonne, Paris et partiellement de Londres. Pour autant, la concentration du capital industriel ne s’est pas faite sur une base particulièrement européenne. Seul Airbus Group peut passer pour un « fleuron européen » [2]. Issu de la fusion d’un grand nombre d’entreprises de nationalités européennes variées [3], il est bichonné par plusieurs États européens (surtout français et allemand). Mais cela relève presque d’une autre époque, quand les États intervenaient plus directement pour aider, avec l’argent public, le patronat à se réorganiser… et à licencier (des États dit « stratèges » regrettés par Mélenchon). À cette époque, les États européens s’étaient entendus pour rivaliser avec le géant américain Boeing.

L’expérience n’a pas été élargie à d’autres secteurs. Par la force des choses et la volonté même des patrons, les États européens se sont engagés progressivement dans un « laisser-faire », acceptant de voir des fleurons nationaux perdre leur tricolore en fusionnant avec ou en étant absorbés par des concurrents européens, mais aussi américains, japonais ou maintenant chinois. C’est ainsi que PSA s’est associé à General Motors, puis récemment au chinois Dongfeng (avec la méfiance de l’État français qui s’est invité au capital de PSA), Renault au japonais Nissan ou que la branche énergie d’Alstom a été rachetée par General Electric. Et si les Chantiers de l’Atlantique passent entre les mains de l’italien Fincantieri, c’est après huit ans sous contrôle du coréen STX [4].

Mais les États restent les organes de domination capitaliste

La recomposition du capital industriel n’a donc pas été l’occasion d’homogénéiser une bourgeoisie européenne. Les bourgeoisies d’Europe peuvent bien s’entendre, par nécessité, dans le cadre de l’Union européenne pour défendre leurs intérêts communs face à la concurrence ou dans le cadre de partenariats avec les bourgeoisies américaines ou asiatiques ou bien parce qu’elles ont su se créer une vaste zone de monnaie et marché commun, ce qui n’est pas une mince affaire. Mais y compris sur le marché européen qu’elles partagent désormais, les produits échangés sont en grande majorité les mêmes, les bourgeoisies européennes continuent donc d’y être principalement concurrentes. L’État national reste donc l’instrument principal pour soutenir le patronat en cas de difficulté et pour défendre ses intérêts face aux autres bourgeoisies, notamment dans les institutions européennes.

L’État-nation reste aussi le cadre d’organisation du système d’exploitation. C’est lui qui organise les structures de la domination de classe. Ce sont les gouvernements nationaux qui mettent en œuvre les attaques contre les travailleurs. La loi El Khomri a été écrite par le Medef bien « français ». 

M.S.


[1Interviewé dans « L’invité des Échos » du 17 mai 2016.

[2Avec Arianespace, mais qui est plus majoritairement français.

[3L’Airbus A380 est fabriqué à Toulouse avec une multitude de pièces fabriquées dans 77 pays, dont les USA.

[4C’est d’ailleurs un tribunal coréen qui a décidé de l’avenir de ces chantiers français, dans le cadre de la liquidation de STX !

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Numéro 110, janvier 2017