Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 110, janvier 2017 > Dans les entreprises

Dans les entreprises

SNCF – Réseau Saint-Lazare

Mourir au boulot à 29 ans ?

Mis en ligne le 26 janvier 2017 Convergences Entreprises

L’émotion a été grande, à l’annonce de la mort, le mardi 10 janvier au soir, aux abords du triage d’Achères Grand Cormier, d’un jeune collègue conducteur du dépôt de Cergy. Il a été heurté par un train de voyageurs sur les voies du RER A.

Du côté de la direction de la SNCF, comme toujours dans ces terribles drames, on s’est ému, on a compati et on s’est livré aux mêmes déclarations stéréotypées : il est trop tôt pour savoir, l’enquête dira les responsabilités, le CHSCT fera son travail.

Rien à dire de plus, alors ?

Bien sûr que si. L’ensemble des cheminots a ressenti une immense tristesse pour cette vie fauchée et la douleur des proches. Mais chez les cheminots de terrain qui travaillent sur machines, sur chantiers, dans des ateliers et en gare, c’est la colère qui a pris à la gorge, car tous savent bien, pour le vivre au quotidien, que leurs vies sont toujours davantage mises en danger par les économies que la SNCF fait sur leur dos. Économies sur le matériel, économies sur les effectifs qui dégradent les roulements et les horaires, qui fatiguent, qui minent la vigilance et nuisent à la sécurité.

Tous les connaissent, ces pistes et itinéraires où l’on doit marcher dans un genre de jungle. D’un côté du triage à Achères, il y a eu de la remise en état et on peut cheminer correctement ; mais du côté P3, c’est toujours à l’ancienne et il faut avancer le long des voies. La complexité de bien de ces lugubres sites pousse à improviser dans les déplacements… Le jeune camarade victime, en tout cas, n’a pas échappé au RER…

Les zones d’ombre, ça devient la spécialité de la SNCF

Un peu partout, ce sont des droits d’alerte sur bien des pistes, des remontées d’infos sur les dangerosités… mais qui se heurtent au silence de la hiérarchie. Et ceux qui siègent dans les bureaux feutrés de la direction, cherchent-ils des améliorations ? Ils planchent surtout sur des décrets socles, des accords d’entreprise et autres réorganisations locales destinées à voler encore du temps aux cheminots de terrain. Le sentiment dominant est l’énervement face à la « gestion » de la sécurité par l’entreprise.

En la matière, la mode est à la disparition d’un certain nombre de procédures : des tâches de sécurité sont décrétées « autres qu’essentielles », ce qui permet de réduire drastiquement les formations pour réaliser ces missions. On fait disparaître les agents d’accompagnement à bord des trains. On multiplie les dérogations aux procédures pour « gagner du temps », supprimant au passage des « boucles de rattrapage » pourtant essentielles. On demande à des commerciaux de descendre dans les voies et de se mettre en danger, avec au mieux quelques rudiments de connaissance ferroviaire (chapeautés par des chefs eux-mêmes formés avec les mêmes rudiments). La liste serait encore longue…

Ensuite, la direction a beau jeu de mettre en avant les « erreurs » ou « inattentions » des agents lors d’accidents, elle crée toutes les conditions pour qu’ils se multiplient !

Et la liste des accidents mortels ou graves s’allonge

Le 5 décembre dernier, un ouvrier d’une entreprise privée travaillant pour la SNCF en gare d’Austerlitz en région parisienne était happé par une foreuse et tué. La même semaine, un collègue percuté par un TER à Nancy décédait. Un autre était grièvement blessé par un train de fret près d’Étampes.

On verra évidemment ce que dira l’enquête, et c’est important pour les cheminots dont les vies sont en jeu. Mais c’est presque du tout vu. On sait où sont les responsabilités : dans le manque d’effectifs, dans la vétusté du réseau exigeant régulièrement d’intervenir dans l’urgence, dans l’externalisation de tâches dangereuses vers des entreprises privées qui ne respectent pas les règles élémentaires… et du côté de ceux qui organisent cette désorganisation meurtrière.

Pour sauver leur peau, les cheminots comme les autres travailleurs, ne peuvent que s’organiser et lutter, tous ensemble, contre cette politique criminelle.

12 janvier 2017, Correspondants du secteur Saint-Lazare

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Numéro 110, janvier 2017