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DOSSIER : Contre l’Europe morcelée des capitalistes, les intérêts planétaires des travailleurs

Haro sur l’euro ?

Mis en ligne le 26 janvier 2017 Convergences Monde

À gauche comme à droite, la sortie de l’euro est devenue la « solution » contre l’austérité européenne. L’euro nous priverait de notre « souveraineté » selon le FN, ou de notre « souveraineté démocratique » pour l’économiste Frédéric Lordon (l’un des animateurs de Nuit Debout). Quant à Jean-Luc Mélenchon, il fait de la sortie de l’euro son plan B, au cas où le plan A (une renégociation des traités européens aux contours pour l’instant bien flous) échouerait. Mais tous ces « souverainistes » feignent surtout d’oublier qu’euro ou franc, ce sont toujours les capitalistes qui tiennent la barre.

Gagner en compétitivité… en rognant les salaires réels

Revenir au franc permettrait soi-disant d’améliorer la compétitivité des entreprises. Il suffirait, selon les scénarios de certains de ces partisans du franc, de dévaluer la nouvelle devise de 20 à 30 %. Les produits made in France se vendraient moins cher à l’étranger, donc en plus grande quantité, ce qui dynamiserait l’économie et réduirait le chômage… à condition que les autres pays ne fassent pas la même chose. Mais ce sont surtout les salaires qui perdraient 20 à 30 % de leur valeur réelle avec la hausse des prix. À moins que les travailleurs n’imposent le contraire, comme en Turquie : la dévaluation de la livre turque a provoqué une baisse de 20 % du pouvoir d’achat en 2015… et une vague de grève pour l’augmentation des salaires, notamment dans la métallurgie.

Un divorce à combien de milliards ?

L’État français a 2 200 milliards d’euros de dettes. S’il doit rembourser en euros avec des francs dévalués, les scénarios estiment le surcoût entre 200 et 400 milliards d’euros. Mais non ! S’exclame l’économiste « souverainiste de gauche » passé à l’extrême-droite, Jacques Sapir [1] : 94 % de la dette publique relève du droit français et pourrait donc être reformulée de force en francs, selon la lex monetae (loi monétaire), qui stipule que chaque pays fait ce qu’il veut de sa monnaie. Seuls les 6 % restant coûteraient plus cher. Même si son argument juridique était vrai, cela supposerait un bras-de-fer avec les marchés financiers au moment même où la sortie de l’euro obligerait l’État à emprunter à des taux plus élevés. Quant aux dettes privées, entre 40 % et 70 % (selon les estimations) ne bénéficieraient pas de cette lex monetae. Bonjour la compétitivité !

L’enfer de l’euro, c’est pour les autres

On nous dit que l’euro nous coûte cher. Mais si la Grèce est soumise à des taux d’intérêt exorbitants, emprunter sur 10 ans ne coûte, début 2017, que 0,8 % à l’État français. Rien d’étonnant à cela : l’euro a été taillé pour asseoir la domination des États les plus riches, France et Allemagne. Une monnaie forte permet à leurs trusts de racheter des entreprises à bon prix dans le reste du monde, et d’importer pour moins cher. En même temps, la monnaie commune empêche les autres États de la zone euro de jouer de la dévaluation pour leur faire concurrence dans le marché commun. La bourgeoisie française est donc bien gagnante avec l’euro.

Gare à la nostalgie du franc bien français !

La Banque centrale européenne n’est certes pas l’amie des travailleurs. Il suffit de voir comment elle a participé à saigner la Grèce. Mais la Banque de France serait-elle une alliée ? L’histoire du franc montre le contraire. Rien que dans les années 1980, quatre dévaluations ont diminué la valeur du franc… et donc des salaires (qui par ailleurs étaient gelés au nom de l’austérité, bien française celle-là). La politique inverse, dite du « franc fort », a aussi servi à justifier la limitation des dépenses pour les services publics. À la hausse ou à la baisse, les manipulations du franc n’ont consisté qu’à faire les poches des classes populaires.

Mathieu PARANT


[1Une bonne analyse du programme du FN : Maxime Vaudano, « Sortir de l’euro ? Le programme du FN à l’épreuve des faits », lemonde.fr, 20 septembre 2014.

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Numéro 110, janvier 2017

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