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Mélenchon : entre faux radicalisme et vrai chauvinisme

Mélenchon

Entre faux radicalisme et vrai chauvinisme

Mis en ligne le 26 janvier 2017 Convergences Politique

Les meetings de Mélenchon font recette et les sondages le placent autour de 13 %, un niveau relativement élevé qui, pour l’instant le fait devancer le futur candidat du PS. Bien sûr, certains sondages l’avaient placé à 17 % en 2012 pour un score final de 11,1 % des suffrages exprimés.

Mais il reste que la campagne de Mélenchon a du succès dans certains milieux de gauche, à juste titre dégoûtés par la politique des gouvernements socialistes depuis 2012 et qui sont sensibles à la gouaille de celui qui pourfend un peu tout… sauf à vrai dire les sacro-saintes institutions de la république bourgeoise, à commencer par le suffrage universel et le bulletin de vote par quoi et quoi seul tout pourrait changer. « Révolution par les urnes », pas question de révolution par les luttes !

Pour ce qui concerne le monde du travail, le ‘programme’ de Mélenchon n’est pas seulement vague et creux. Le candidat de la prétendue « France insoumise » se soumet à la triste mode sécuritaire et chauvine, à laquelle il ajoute sa griffe anti-allemande. Cela, sous le prétexte (on connaît bien la chanson !) qu’il ne faudrait pas laisser le terrain de la lutte antiterroriste et du patriotisme au Front national. Mais il est allé jusqu’à donner à son discours une tonalité anti-ouvrière digne de l’extrême droite, dressant les travailleurs les uns contre les autres en dénonçant au Parlement européen la situation qui existe « dans chaque pays chaque fois qu’arrive un travailleur détaché, qui vole son pain aux travailleurs qui se trouvent sur place ».

Tonitruant mais creux…

Quelques mois à peine après la mobilisation contre la loi Travail, Mélenchon ne met aucun accent sur les luttes nécessaires aux travailleurs pour défendre pied à pied leurs conditions de travail, leurs salaires et l’urgence de la création d’emplois face au chômage. Les conditions de travail ne sont tout simplement pas évoquées dans les 127 pages du ‘programme’ de Mélenchon. Les salaires, par le seul biais du Smic, qui serait augmenté de 15 % par rapport à aujourd’hui, mais il n’est pas dit quand ! Sur l’emploi, la seule promesse chiffrée concerne… les flics. Mélenchon promet de titulariser ceux des 11 000 auxiliaires précaires de police qui le souhaitent et, oralement, a promis d’embaucher 10 000 flics supplémentaires ! Les emplois dans l’industrie ? Dans l’agriculture ? C’est sa politique qui en créera – Hollande, Sarkozy et autres Fillon n’ont jamais dit autre chose. Pour l’agriculture, Mélenchon affirme que sa politique de retour à une consommation locale en créera 300 000. Sa politique, un jour, pas lui directement. Ce n’est donc même pas une promesse…

Contre le chômage, Mélenchon propose de « Réduire le temps de travail : travailler moins pour travailler tous ». Mais une réduction du temps de travail, cela peut facilement être remis en cause, ce n’est pas la même chose que le partage du temps de travail ! Mélenchon ne l’ignore manifestement pas… mais s’engage seulement à « convoquer une conférence nationale sur le partage du temps de travail »… Faire parler patrons et représentants syndicaux, pas imposer au patronat ! Mélenchon n’évoque pas non plus directement l’offensive patronale contre les travailleurs qui se fait à coups de licenciements massifs, y compris dans des entreprises florissantes comme Airbus. Il propose d’« interdire les licenciements boursiers »… comme en a parlé le Parti communiste avant lui, l’adjectif ‘boursiers’ n’étant là que pour induire que tous les autres licenciements seraient légitimes… Quand Airbus annonce plus de 1 100 licenciements alors que la firme engrange des bénéfices fabuleux, ses dirigeants invoquent la concurrence, la nécessité d’améliorer la productivité. Boursier ou pas ? Bien malin qui pourrait en juger !

… et à relents chauvins nauséabonds

Mélenchon reste donc bien creux sur « l’urgence sociale ». Ses phrases choc, il les réserve à la dénonciation de l’Union européenne et plus précisément de l’Allemagne, prise en bloc. Les grands fauteurs de l’austérité imposée aux travailleurs du continent, ce seraient les Bismarckiens [1] de l’UE, façon de blanchir de fait les dirigeants français, à qui l’on pourrait ainsi seulement reprocher leur faiblesse, et de les dédouaner de la responsabilité de toutes les mesures prises par l’Union européenne contre les travailleurs. Même s’il utilise des formules alambiquées pour pouvoir retomber sur ses pattes d’où que viennent les critiques, le message qu’il veut faire passer est clairement exprimé dans ce titre : « Sortir des traités européens », formule où peuvent se retrouver aussi bien les partisans d’un ‘Frexit’ que ceux qu’un nationalisme outrancier gêne un peu.

En revanche, pas un mot, dans le programme écrit de Mélenchon en tout cas, pour dénoncer, par exemple, la cupidité et l’intransigeance des dirigeants et patrons allemands et français, italiens ou… grecs dans les mesures imposées aux travailleurs grecs, dans le dépècement des entreprises publiques et de l’économie grecque au profit, entre autres, des groupes allemands, français, italiens, mais aussi grecs, chinois, américains… Pas un mot pour évoquer la nécessaire lutte commune des travailleurs des différents pays d’Europe contre leurs ennemis communs, les capitalistes. Au mieux, Mélenchon parle de « coopération entre les peuples »… comme dans les discours creux de l’ONU ! En fait, il n’est question que de « renforcer la participation française aux programmes » comme… Erasmus, ou le Cern (Centre européen de recherche nucléaire) de Genève… et même là, il ne s’agit pas pour les travailleurs de défendre ensemble des intérêts communs puisque le programme de Mélenchon propose « une alliance des pays d’Europe du Sud pour sortir de l’austérité et engager des politiques concertées de relance écologique et sociale de l’activité »… Autrement dit, les travailleurs allemands, luxembourgeois, néerlandais, suédois sont abandonnés dans le bloc des adversaires des pays du sud, et Mélenchon accueille implicitement dans sa croisade du Sud contre le Nord les capitalistes espagnols, portugais, italiens…

La baudruche Mélenchon se dégonflera sans doute vite. Les travailleurs ont besoin de tout autre chose que d’un bonimenteur franchouillard.


[1Le Hareng de Bismarck, récent pamphlet anti-allemand de Jean-Luc Mélenchon.

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Numéro 110, janvier 2017