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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 134, décembre 2020

Tentative de hold-up sur notre révolte  : qui complote contre qui ?

Débat en ligne du 22 novembre 2020

Mis en ligne le 1er décembre 2020 Convergences Politique

Notre revue Convergences révolutionnaires organise pendant le confinement des débats en ligne tous les dimanches à 15 heures. Le 22 novembre, plus de 220 camarades ont échangé autour du succès du prétendu documentaire « Hold-up » et de la montée des idées conspirationnistes.

Derrière ce film de plus de 2 h 30 qui connaît une certaine audience sur les plateformes de streaming (payantes), une équipe de militants qui jouent les faux naïfs et avancent leur politique réactionnaire, mais sans les mots qui fâchent. Le CV de quelques-uns :

  • Alexandra Henrion-Claude ou Valérie Bugault sont des ultras catholiques tendance Civitas, créationnistes et anti-avortement ;
  • Jean Bernard Fourtillan mène des essais cliniques illégaux dans des abbayes ;
  • Pierre Barnérias, le réalisateur, et Jean-Jacques Charbonnier voient dans des expériences sur la mort imminente des manifestations de l’existence de l’âme hors du corps.
  • Christian Perronne est médecin, certes, mais inventeur de la maladie imaginaire dite du « Lyme chronique » prétendument causée par des tiques manipulées par les nazis.

Attrape-tout et confusion

Le succès d’audience de Hold-up ne vaut pas adhésion à ses thèses, loin de là. Il vient plus probablement de son côté « attrape-tout », best of de toutes les questions (légitimes) et réponses (fausses ou carrément farfelues) qui ont émergé pendant la pandémie. À un public qui cherche péniblement à se faire une opinion dans la confusion ambiante, Hold-up n’offre qu’une couche supplémentaire d’embrouilles : le Covid n’est que le début d’un plan destiné au génocide de la moitié de la population et qui impliquerait pêle-mêle la 5G, Bill Gates et Attali, le club Bilderberg, les vaccins…

Mais si des militants d’extrême droite en mal de notoriété (et à la recherche d’une source de revenus) peuvent profiter de la situation pour embrouiller les esprits, la confusion trouve sa source dans la politique des capitalistes et des gouvernements qui, tous, les servent : leur seule boussole est la sauvegarde des profits dans la crise sanitaire. Voilà le secret, plus ou moins bien caché, de ces politiques publiques alambiquées, et voilà ce contre quoi il faut orienter la colère bien légitime. Nos vies valent plus que leurs profits !

Quelques réponses

Dans la présentation vidéo disponible sur notre page Facebook, une série de réponses de quelques minutes chacune sur les sujets de fond soulevés par la situation :

  • Pour dénoncer les discours « rassuristes », qu’ils viennent de Trump, Bolsonaro ou… Didier Raoult ;
  • comment les travailleurs ont fait face à des patrons et des gouvernements, qui loin d’en avoir « trop fait » contre le Covid, refusaient toute mesure qui rognerait sur les profits ;
  • « Big Pharma » : pourquoi la santé et le profit ne font pas bon ménage ;
  • pour l’accès le plus large possible aux vaccins, la socialisation de la recherche et de l’industrie pharmaceutique sous contrôle des travailleurs ;
  • contre la mainmise du grand capital et de la finance sur l’information ;
  • contre l’extrême droite, anti-ouvrière, anti-communiste, raciste et particulièrement antisémite qui est toujours derrière les discours conspirationnistes ;
  • contre tous les secrets industriels, bancaires, diplomatiques sur lesquels repose le capitalisme : contrôle ouvrier et populaire à tous les étages.

Conclusion du débat

Nous reproduisons ici la conclusion de nos débats par une de nos camarades :


Il est normal que la crise que nous vivons suscite des interrogations et la recherche de solutions. Tant mieux. Mais sur quoi misent les fausses démonstrations développées dans Hold-up ? Le documentaire se présente comme ces enquêtes sur des casses ou des meurtres qui sont légions à la télé ; l’argument d’autorité pourrait en imposer, puisque certains intervenants sont médecins, chercheurs, philosophes – il y a même une profileuse à la fin en mode « mentalist » ! – même si, comme l’ont expliqué mes camarades, beaucoup d’entre eux sont adeptes de théories fantaisistes que personne n’a démontrées, ou carrément réactionnaires, liés à l’intégrisme catholique ; venons-en à une dernière question : en quoi Hold-up pourrait-il bien nous aider pour agir dans la situation actuelle ? Car nous sommes confrontés à une politique désastreuse et incohérente, à l’égoïsme et la soif de profit du grand patronat et à des médias qui la plupart du temps servent la soupe au gouvernement ou roulent pour l’audimat. Quels genres de solution Hold-up propose-t-il ?

Sus au masque ?

Le fait que certains intervenants soient anti-masque devrait nous mettre la puce à l’oreille : pourquoi mettre en cause un simple instrument de protection collective dont l’efficacité dans les hôpitaux pour réduire la circulation des germes est tout simplement la base depuis des décennies ? Pourquoi jeter ce simple instrument avec l’eau sale des mensonges éhontés du gouvernement pour cacher son imprévision criminelle en termes de santé publique ?

Ce qui est éclairant, c’est surtout ce qui brille par son absence dans cette pseudo-enquête.

Les rebelles ignorés par les réalisateurs

Où sont passés les soignants qui ont à la fois combattu la maladie et dénoncé la politique d’économies que mènent les gouvernements depuis des années ? Ceux-là ont bien mis en lumière le manque de lits, de moyens, de masques dans les hôpitaux. Ils ont manifesté par dizaines de milliers dans la foulée de la première vague, dénonçant la casse des services de santé, parfois gazés par la police, mais surtout applaudis par la population. Des vrais contestataires et rebelles donc, ignorés par le réalisateur.

Où sont les travailleuses des Ehpad qui ont aussi fait grève contre des conditions de travail invivables et la maltraitance liées au manque de moyens dans leurs services ? Tous ces travailleurs ont dénoncé le tri des patients en France comme en Italie, ils ont été en première ligne pour porter la révolte contre des choix budgétaires qui font passer la santé publique, la prise en charge des personnes âgées ou l’éducation après les exigences des grands groupes capitalistes français, arrosés de centaines de milliards par les gouvernements successifs. Ils ont dénoncé, eux, le système des profits qui passent avant la vie !

Oubliés, le chômage, les inégalités

Où sont passés les centaines de milliers de salariés qui se retrouvent au chômage depuis le confinement, aux plans de licenciement programmés des grands groupes comme Printemps, Airbus, Renault ou Sanofi — un tenant d’ailleurs pas vraiment cité du Big Pharma. Pourtant, s’il y a un sujet qui gangrène toute la société et la vie des classes populaires, bien plus qu’un fantomatique danger de la crypto-monnaie, c’est bien le chômage et le développement à vitesse grand V des inégalités et de la misère. Des intervenants du documentaire pleurent sur la disparition des billets de banque mais semblent ignorer qu’un « pognon de dingue », quelle que soit sa forme, est cédé en « aides » à des patrons et actionnaires licencieurs.

Oubliées, les multinationales françaises

Et précisément, le hic est bien là : tout le monde l’aura remarqué, les élites mondialisées dénoncées dans Hold-up sont à la fois nébuleuses et secrètes – celles qui se réunissent à Davos, grands décideurs financiers, grands patrons de ce monde et gouvernants. Mais dès qu’il s’agit de les nommer concrètement, ils portent des noms bien précis : Bill Gates, Jeff Bezos, Rockfeller ou le géant pharmaceutique Gilead ; plus quelques noms à consonance juive, Rothschild, Soros ou même Attali qui doit se délecter que son influence soit tant exagérée. Mais à aucun moment les multinationales françaises, pourtant des mastodontes à l’échelle mondiale, qui font et défont des gouvernements comme le groupe de Bolloré en Afrique de l’Ouest, ne sont cités ou ne font l’objet de critiques. Un choix qui n’est pas innocent.

Le grand « Hold-up » décrit à la fin du documentaire serait un « coup d’État » en préparation – c’est-à-dire le remplacement du pouvoir des États nationaux par celui des géants financiers américains (et dirigés essentiellement par des Juifs d’après les penchants antisémites des réalisateurs). La conclusion, jamais développée mais implicite, est donc que la bourgeoisie française et son appareil d’État qui mènent tractations et guerres impérialistes depuis deux siècles pour le plus grand bien des profits de Total, Areva ou Bouygues serait donc une victime ? Victime d’un hold-up ourdi outre-Atlantique ? Ou dans toute autre puissance étrangère ?

Un « anti-système » qui s’accommode du système

Le pot aux roses est bien grossièrement caché, quelle ironie ce complot des complotistes ! Exit donc la responsabilité du patronat français, exit les intérêts de classe et la lutte nécessaire des travailleurs contre les groupes qui aujourd’hui organisent le grand hold-up sur nos moyens d’existence et de vie. Exit le hold-up du Medef sur le droit du travail déjà bien maigre sous Sarkozy, Hollande ou Macron. Le réalisateur et son courant de pensée disent vouloir « réveiller les consciences ». Mais ils tentent d’endormir la conscience qu’entre les intérêts du monde du travail et celui des capitalistes, d’où qu’ils soient (à commencer par ceux « bien de chez nous »), il n’y a pas de conciliation possible et qu’il n’y aura pas de trêve. Dans ce film qui se veut « anti-système », le système capitaliste s’en sort à bon compte !

Désespoir individuel, ou énergie révolutionnaire collective ?

Le mouvement ouvrier révolutionnaire dont nous nous revendiquons a bien d’autres perspectives à offrir aux travailleurs que la peur d’un capitalisme numérique New Age. La solution n’est pas une prétendue protection sous l’aile des multinationales bien françaises, « à la papa », qui continueraient à exploiter durement les salariés pour défendre leurs profits, sous l’aile d’un État français prêt à sortir la matraque, les LBD et les gaz pour mater la lutte des classes. L’espoir est du côté de la prise de conscience que la lutte des travailleurs pour leurs conditions de vie devra remettre en cause la propriété privée des moyens de production, devra exproprier les capitalistes, industriels, financiers, Big Pharma et tous les autres.

Seuls les travailleurs peuvent émanciper toute la société du froid calcul du profit qui gangrène tout ce qu’il y a d’utile à l’humanité : la recherche médicale qui peut faire des merveilles (dont les vaccins), l’alimentation saine pour tous, l’industrie et l’énergie utiles et non polluantes. Pour cela il faudra une révolution sociale, elle ne se fera qu’avec la conscience que les travailleurs ont des intérêts communs par-delà les frontières. Hors de cela nous continuerons à être les esclaves, consentants ou pas, de ce système.

Vous l’aurez compris, le « réveil de la conscience individuelle », seul dans son coin, n’est pas la solution. Le mouvement des Gilets jaunes, qui ne sont cités dans le film que pour les traiter « d’inutiles » et rebuts du nouveau capitalisme New Age qui n’aura plus besoin de travailleurs (on aimerait bien voir ça !), est pour nous un signe avant-coureur que la classe ouvrière est un géant, peut-être endormi un certain temps, peut-être en passe de se réveiller. Un signe que tous les « essentiels », qui tiennent le fonctionnement concret de la société à bout de bras, peuvent se doter d’une conscience révolutionnaire pourvu qu’ils décident de se battre. Au désespoir, ils peuvent opposer l’énergie révolutionnaire et changer collectivement la société.

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Numéro 134, décembre 2020