Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 134, décembre 2020

À La Poste, c’est aussi la zone…

Mis en ligne le 20 novembre 2020 Convergences Entreprises

Des organisations syndicales et politiques viennent de signer une tribune contre Amazon, son « modèle social » et ses méthodes. Ils parlent de faire barrage à la méchante multinationale américaine. Si les critiques contre Amazon sont justes, un petit détail blesse quand même : est-ce qu’il existe un autre modèle ? En France, c’est La Poste qui est le principal acteur dans la logistique et la distribution du courrier et du colis. Le moins que l’on puisse dire c’est que son « modèle social » n’a rien à envier à son concurrent américain.

De Chronopost à Stuart, l’exploitation à la française

Qui se sert des filiales de filiales pour faire distribuer ses colis par des travailleurs sans-papiers dont elle refuse l’embauche ? La Poste !

La grève victorieuse des salariés Chronopost ou la récente lutte des Stuart (livreurs à vélo) ont montré à quel point ce groupe n’a rien à envier aux pires « amazoneries ». La Poste sous-traite à grande échelle comme toutes les grandes entreprises, en expliquant que les prestataires ne sont pas sous sa responsabilité sociale.

La casse de l’emploi continue

Alors qu’Amazon embauche à tour de bras, que les prestataires de distribution colis fuient (pour le moment) vers ses structures, les restructurations se poursuivent à La Poste.

En cinq ans, plus de 21 300 emplois ont disparu. En quinze ans, plus de 100 000. Un bilan qui en dit long. Et ce n’est pas près de s’arrêter. Le groupe se dirige vers un modèle qui ressemble à l’automobile, avec un recours massif à l’intérim de façon permanente. Philippe Dorge, un des grands artisans de la fermeture des usines PSA (dont celle d’Aulnay liquidée en 2014), est depuis quelques années le patron du secteur industriel du groupe, et il impose son style.

La pandémie ? Une « opportunité » pour une multinationale bien française

Depuis 1988 et ses multiples changements de statuts, les choix politiques des gouvernements successifs ont poussé La Poste vers le « libre » marché. Depuis 2010 elle est devenue une société anonyme et réalise 30 % de son chiffre (26 milliards d’euros !) à l’étranger.

Au début de la crise sanitaire, le PDG du groupe expliquait qu’il y avait « des opportunités historiques de marché ». Ce noble état d’esprit est toujours là pendant la deuxième vague, d’autant plus que les flux sont historiquement hauts : le flux colis est aujourd’hui à 130 % de l’habitude. C’est énorme. La direction prévoit quatre millions de colis par jour en décembre, un beau cadeau de Noël pour les patrons. Face à cet afflux de travail, le groupe annonce, à grand renfort de publicité, 9 000 embauches de saisonniers pour la période des fêtes. Rapporté aux effectifs du groupe, c’est bien peu, et ce sont encore des emplois précaires !

La convergence des luttes, toujours la solution

Il faut évidemment dénoncer Amazon pour ce qu’elle est : un monstre capitaliste qui exploite les travailleurs du monde entier pour enrichir une poignée d’actionnaires. Mais en France, pas question non plus de défendre un groupe comme La Poste ou autres mastodontes de la grande distribution comme Auchan ou Carrefour qui, sous prétexte de patriotisme économique, cherchent à défendre leurs parts de marché face à la concurrence, que ce soit celle d’Amazon… ou des petits commerces !

Alors que des appels à la grève se multiplient chez Amazon, il faut un mouvement convergent des travailleurs du secteur. Contre les capitalistes de tous les pays : la lutte de tous les travailleurs, sans frontière (d’entreprise) !

Erwan Piam

(Article paru dans l’Anticapitaliste n°544)

(Crédit photo : Un travailleur d’Amazon à Los Angeles. Damian Dovarganes/Associated Press)

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Numéro 134, décembre 2020