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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 29, septembre-octobre 2003 > DOSSIER : Altermondialisation : réforme ou révolution ?

DOSSIER : Altermondialisation : réforme ou révolution ?

Quelle autre Europe, sinon celle des travailleurs ?

Mis en ligne le 26 septembre 2003 Convergences Politique

« L’Europe dans la mondialisation libérale » constitue l’un des principaux thèmes du prochain Forum social européen qui se tiendra en novembre à Saint-Denis, en banlieue parisienne. Les participants sont invités à y débattre de « la nécessité d’une autre Europe au service des citoyens et des peuples, d’en démontrer la possibilité et d’esquisser les voies et les moyens de sa réalisation », peut-on lire dans le programme publié par les organisateurs.

Les dénonciations de la politique européenne par les organisateurs du Forum sont tout à fait justifiées : il est certain que les traités signés, les directives et les incitations formulées par les dirigeants de l’Union européenne visent à préserver et accroître les profits des grandes entreprises au détriment des classes laborieuses : baisse drastique des budgets sociaux, subventions de toutes sortes distribuées aux entreprises, aux gros agriculteurs, sans aucun contrôle de la population. La tendance à attaquer brutalement les conditions de vie des populations est manifeste partout en Europe. Mais comment changer cet état de fait ?

Plus de pouvoir au Parlement européen ?

« La Constitution européenne doit accorder le pouvoir législatif exclusivement au Parlement européen et à un congrès des peuples européens, constitué par les représentants des parlements des Etats » peut-on lire dans les propositions d’Attac. Comme si les parlements nationaux constituaient une protection contre les attaques patronales ! En France, le Parlement a de nombreux pouvoirs, et dans quel sens légifère-t-il lorsqu’il entérine la réforme des retraites ? Accorder plus de pouvoir au Parlement européen ne protégerait certainement pas les travailleurs européens.

De meilleurs traités ?

« La rigidité du Pacte de stabilité et de croissance empêche de mettre en place une politique de relance et une politique économique plus favorable à l’emploi », peut-on lire sous la plume d’Attac, ou encore, « l’article 86 du traité favorise la libéralisation des services publics ». En clair, les critères imposés par l’Union européenne empêcheraient le gouvernement français de mettre en place une politique favorable à l’emploi. Ce serait les exigences européennes qui menaceraient les services publics de démantèlement et de privatisation, réduiraient les budgets sociaux, bloqueraient les salaires. Comme si les patrons français n’étaient pas les premiers à licencier massivement leurs salariés pour augmenter leurs profits. En outre, le respect de ces critères par les gouvernements est à géométrie variable : ils sont utilisés lorsque cela les arrange, ou bien méprisés, comme actuellement dans nombre de pays européens. Le gouvernement Raffarin vient en effet de laisser filer le déficit bien au dessus des critères de Maastricht (4 % au lieu de 3 %) et la désinvolture avec laquelle le Premier ministre a annoncé cela en s’en prenant aux bureaucrates de Bruxelles, démontre parfaitement les limites de ce prétendu carcan. Si l’Etat français a choisi de laisser filer son déficit, c’est bien pour pouvoir continuer à financer de mille manières le patronat. Notamment par la poursuite des allègements d’impôts pour les entreprises et les contribuables les plus aisés.

L’Europe patronale, un rempart à l’offensive libérale américaine ?

L’Europe pourrait constituer un rempart contre l’offensive libérale venue des Etats-Unis, c’est pourquoi il faut renforcer et démocratiser ses institutions. Cette idée est très répandue parmi les représentants de l’altermondialisation. Auparavant, l’Etat national était le rempart contre les attaques venues de l’extérieur. Aujourd’hui, l’échelle a changé, et on compte sur l’appareil de l’Union européenne, c’est-à-dire sur une alliance d’Etats capitalistes pour défendre les travailleurs contre les attaques venues d’Outre-Atlantique. L’U nion européenne est destinée à renforcer économiquement le patronat européen contre les Etats-Unis, et cela à travers une exploitation toujours plus grande de son prolétariat. On ne peut demander aux patrons européens d’être un rempart contre les patrons américains !

Décidément non. La seule façon de transformer l’Europe en un espace où les travailleurs ne subiraient plus les diktats de leur patronat national ou étranger, seraient qu’ils instaurent un rapport de force leur permettant de commander aux couches dirigeantes européennes actuelles. Et l’exem ple serait sans doute contagieux.

Laurence VINON

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