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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 29, septembre-octobre 2003

Moyen-Orient : l’enlisement américain

Mis en ligne le 26 septembre 2003 Convergences Monde

Même si tout le monde sait que l’intervention militaire des Etats-Unis au Moyen Orient avait d’autres buts que ses objectifs proclamés, l’éradication du terrorisme ou de la dictature, c’est de leur réalisation que Bush comptait bien tirer sa justification tant devant le peuple américain que le monde entier. Ainsi Donald Rumsfeld, le 9 juillet, affirmait encore devant une commission du Sénat : « Nous pouvons dire avec confiance que le monde est meilleur depuis que les Etats-Unis ont mené une coalition de forces en Irak ». S’il faut en croire les dernières nouvelles, rien n’est pourtant plus éloigné de la réalité.

Afghanistan : le retour des talibans ?

« Dans la seule semaine du 13 au 20 août 2003, une centaine de personnes ont été tuées : dans la province du Helmand, dans le sud, une bombe a explosé dans un bus ; dans la province voisine d’Oruzgan, une bataille a opposé deux commandants fidèles au gouvernement central ; plusieurs affrontements dans les provinces de Khost et de Paktika ont mis aux prises des soldats et des centaines de combattants talibans ». Ces quelques lignes du Monde Diplomatique1 nous donnent une idée du chaos qui règne en Afghanistan.

Le pays se retrouve livré aux « commandants », ces seigneurs de guerre qui avaient déjà mis le pays à feu et à sang avant l’arrivée des talibans, qu’une bonne partie d’entre eux servirent d’ailleurs avant de retourner une nouvelle fois leur turban. Et ce n’est pas du gouvernement d’Hamid Karzai que peut venir la solution à la violence et la corruption générales. Créé par les USA, ce gouvernement, dont l’influence ne dépasse pas Kaboul, s’appuie sur ces mêmes seigneurs de guerre à qui il a laissé de gré ou de force le contrôle des régions. C’est avec l’aide de ces mêmes chefs de guerre, adeptes des pillages, meurtres et viols, que les troupes de la coalition occidentale prétendent mener la chasse aux terroristes. On imagine combien efficaces ! Et même si ceux-là l’étaient contre leurs anciens amis, ils ne feraient que remplacer des terroristes par d’autres, eux-mêmes, pas moins terribles pour la population.

Dans un pays sous-développé, et dont les dernières infrastructures ont été détruites par les bombardements US, ce climat d’insécurité politique et économique fait que les conditions de vie de la population n’ont jamais été aussi précaires. Elles font même, paraît-il, regretter à certains le règne des talibans.

Quant à la liberté que les Occidentaux devaient restituer aux Afghans et Afghanes… ? Sous le nouveau régime, on peut encore se faire arrêter pour avoir regardé des vidéos, dansé ou joué de la musique. En théorie les femmes peuvent maintenant étudier, travailler, sortir sans leur burka ; dans les faits, particulièrement dans les zones rurales, mais à Kaboul aussi, elles en sont empêchées.

Les récents affrontements dans le sud traduiraient un certain retour en force des talibans. Comment s’en étonner dans la mesure où on retrouve les mêmes ingrédients qui avaient créé les conditions de leur émergence ! Dans les années 1990, ceux-ci avaient été accueillis en sauveurs par les Afghans épuisés et exaspérés par 15 ans d’occupation étrangère (russe alors) puis de guerre civile entre ceux qui se sont repartagés le pays aujourd’hui. D’après un commerçant de Jalalabad : « Le soutien aux talibans augmente, car les gens veulent avant tout s’arracher des griffes des voleurs et des tueurs qui règnent aujourd’hui [...] Nous voulons la liberté avec la sécurité, car la liberté sans la sécurité ne vaut rien. »2 L’intervention occidentale aurait donc simplement servi à paver le chemin pour le retour des talibans ? Un monde meilleur, vraiment ! Il est vrai que l’impérialisme n’a jamais craint les renversements d’alliance ni de pactiser avec ses ennemis, quand ils sont aussi les ennemis des populations : les Etats-Unis soutinrent bien un temps les talibans.

Irak : la guerre continue

Cinq mois après la chute de Saddam Hussein, la situation économique est catastrophique. La guerre a fini de laminer le pays déjà épuisé par 10 ans d’embargo : manque d’électricité ou d’eau potable, la route Amman-Bagdad, un des poumons du pays, est désormais livrée aux pillards. Partout c’est le chaos et l’insécurité...

Des centaines d’Irakiens ont été tués dans des opérations de maintien de l’ordre ou pour avoir manipulé des munitions non explosées. Au nom de la chasse aux partisans de Saddam, l’armée américaine multiplie les contrôles d’identité musclés et les arrestations arbitraires. Amnesty international rapporte qu’au moins 20000 prisonniers sont détenus sans jugement et sans preuve, et dénonce des pratiques de tortures3.

Du coup il n’est pas de jour qui passe sans que les troupes anglo-américaines se heurtent à des sabotages, des attentats ou des émeutes. Sans aussi que des soldats trouvent la mort. Ces actes ne peuvent être suscités par les seuls partisans de Saddam Hussein (même si ceux-là peuvent relever la tête dans les circonstances présentes), pas plus ceux de Ben Laden (infiltrés récemment en Irak… selon la propagande américaine). De toute évidence les forces politiques écartées par l’ancien dictateur, celles sur qui comptaient les Américains, sont en train de prendre le parti adverse et une partie de plus en plus grande de la population irakienne s’exaspère au point de prendre les armes ou soutenir ceux qui les prennent.

Les bavures, comme le récent massacre de policiers amis, montrent d’ailleurs que les troufions américains ont bien conscience de l’opinion de la population. Mais où leurs craintes peuvent-elles les conduire sinon à durcir la répression et s’enliser toujours plus ? Tout le monde demande une solution politique. Mais laquelle ? Le gouvernement provisoire irakien est un fantoche sans pouvoir ni autorité. La prise en main des affaires par l’Onu ne changerait rien aux sentiments des Irakiens et d’ailleurs l’Onu n’en veut surtout pas, après l’attentat qui a coûté la vie à son représentant. L’implication d’autres grandes puissances, comme la France ou la Russie non plus et elles aussi n’ont guère envie de mettre les pieds dans ce bourbier. Alors, le monde meilleur ? Pour les Irakiens certainement pas. Pour les soldats américains non plus. Peut-être même pas pour les intérêts électoraux de Georges W. Bush. Ah si, quand même, pour Halliburton, cette société liée au vice-président Dick Cheney, qui a reçu pour deux milliards d’ordres pour reconstruire quelques équipements pétroliers… qui risquent sans doute d’être à nouveau détruits rapidement par les attentats ou la guerre.

Palestine : le feu reste au vert pour Israël

La victoire en Irak devait donner l’autorité à Bush pour imposer enfin aux Israéliens comme aux Palestiniens « une paix juste ». Et les USA de lancer en effet en grande pompe, en juin, « la feuille de route » qui devait théoriquement conduire à un Etat palestinien en 2005. Ce plan prévoyait dans sa première phase le « démantèlement » par les Palestiniens « des infrastructures et des capacités terroristes », et exigeait du gouvernement israélien le gel de la colonisation dans les territoires palestiniens ainsi que le démantèlement de certaines colonies.

Trois mois après, le journal Haaretz dresse le bilan : « Du point de vue palestinien, le gouvernement Abbas a pris une série de mesures en vue de la mise en application de la « feuille de route », tandis que du côté israélien, les initiatives ont été infimes »4. Ainsi seule une dizaine de colonies « illégales », de surcroît non habitées, ont été démantelée. Et d’après Le Monde : « Le mouvement des colons a répliqué en créant de nouveaux points, dont le nombre est supérieur, selon le mouvement israélien La paix maintenant, au chiffre constaté avant la ’feuille de route’. Publiquement, M. Sharon a refusé le gel des activités de colonisation »5. Le ministère de l’habitat israélien s’est chargé de lever les derniers doutes en publiant le 4 septembre un appel d’offre pour la construction de 102 logements dans une colonie du sud de la Cisjordanie.

Dans le même temps s’est poursuivie la construction du mur encerclant la Cisjordanie. Et surtout Israël n’a pas cessé ses assassinats ciblés de militants du Hamas : le 8 août, deux étaient tués à Naplouse, un autre le 14 à Hébron. La riposte ne s’est pas fait attendre : la trêve acceptée par les organisations islamistes, mais pas reconnue par Israël, était rompue et le 19 août, à Jérusalem, un attentat-suicide a fait 20 morts.

L’échec de la feuille de route était programmé, puisqu’il était évident que les USA n’entendaient pas contraindre Israël. Mais comment auraient-ils voulu désarmer ou même simplement réduire la puissance militaire de leur allié dans la région, alors que depuis deux ans ils doivent y envoyer toujours plus de leurs propres troupes ? Les généraux israéliens ne s’y sont pas trompés. C’est toujours sur la force militaire que l’impérialisme compte imposer son ordre aux peuples, palestinien comme irakien ou afghan.

Resterait la force des opprimés pour faire échec à l’ordre impérialiste. C’est déjà arrivé dans le passé dans différentes régions du monde. Les Etats-Unis et Israël, pourraient bien en refaire l’expérience prochainement au Moyen-Orient. En souhaitant que les échecs des impérialistes ne soient pas obtenus sous la direction de nationalistes réactionnaires, laïques ou religieux, à la Saddam ou à la taliban. Auquel cas une défaite de l’impérialisme ne serait tout de même pas une victoire des peuples.

Le 15 septembre 2003

Agathe MALET

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