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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 29, septembre-octobre 2003 > DOSSIER : Altermondialisation : réforme ou révolution ?

DOSSIER : Altermondialisation : réforme ou révolution ?

Attac a franchi le Rhin

Mis en ligne le 26 septembre 2003 Convergences Monde

L’homologue allemand d’Attac a pris naissance en janvier 2000. Des organisations non gouvernementales comme WEED (Economie mondiale, Ecologie et Développement) de concert avec des milieux chrétiens furent à l’initiative d’une rencontre d’où sortit un « Réseau pour le contrôle démocratique des marchés financiers ». Plus tard, ce réseau prit le nom d’Attac. Attac fut présenté comme l’organisation qui incarnait en Allemagne le mouvement international contre la mondialisation. C’est après la manifestation contre le sommet du G8 à Gênes en juillet 2001, que l’organisation commença réellement à se développer. Un premier congrès en octobre 2001 réunit près de 4000 personnes. Actuellement, Attac affiche près de 12 000 membres, dans 160 villes. En même temps que des individus, y sont affiliés des organisations les plus variées, de Pax Christi à des organisations écologistes, en passant par le grand syndicat des services Ver.di [1].

Une planète pas toute jeune…

Attac s’est développé dans le contexte d’une gauche au pouvoir depuis 1998, qui a vite fait tomber les illusions et multiplié les attaques anti-ouvrières, et d’une extrême gauche peu existante. Dans ce contexte, le sigle Attac a attiré et réuni des gens aux visées voire calculs politiques bien différents.

Pour de nombreuses personnalités de la gauche dont la plus marquante est l’ancien dirigeant social-démocrate et ministre des finances Oskar Lafontaine, Attac est l’occasion de réanimer un réformisme « anti-néolibéral » et d’entretenir l’illusion qu’il aurait autre chose à offrir que l’actuelle politique gouvernementale. Pour les différentes ONG qui ont participé à la fondation de Attac et continuent d’y avoir du poids, c’est le moyen de renforcer leur vieille politique de « groupe de pression » sur le gouvernement, surtout social-démocrate.

Mais ce ne sont pas ces groupes qui expliquent l’affluence militante vers Attac. En fait, il existe un milieu de déçus de la gauche social-démocrate, anciens « soixante-huitards », militants des mouvements pacifistes et/ou écologistes des années 1980, y compris des militants syndicaux. S’y ajoutent d’un autre côté des déçus de l’extrême gauche, revenus de leurs idées révolutionnaires (souvent d’un passé stalinien maoïste), pour préférer un groupe de pression contestataire. C’est pourquoi beaucoup de groupes Attac sont loin d’être jeunes. Ce qui n’empêche qu’une partie de la jeunesse étudiante est attirée par la contestation somme toute respectable d’Attac.

…très satellisée par la gauche

Les objectifs d’Attac sont bien flous, même si les sujets de campagnes sont devenus plus vastes que la taxe Tobin ou les marchés financiers. La déclaration de mai 2002 évoque un « ordre économique mondial écologique et solidaire » où la richesse mondiale serait distribuée de manière « équitable ». Attac aspire à une « démocratisation en profondeur de la société » et se veut « partie intégrante du mouvement pacifiste ».

C’est la partie revendicative qui exprime le mieux les limites d’Attac : on ne parle même pas d’une annulation de la dette des pays pillés par l’impérialisme mais, bien pudiquement, d’une « solution de la crise de la dette… par un procédé juste et transparent ». On revendique « la régulation et la limitation du pouvoir des trusts transnationaux et de la concentration de pouvoirs économiques par cartels et fusions ». Vive une exploitation limitée et décentralisée donc !

Attac apparaît néanmoins comme la seule force d’opposition ayant quelque consistance face à la politique gouvernementale qui démantèle les systèmes de retraites, de santé ou autres services publics. Face à des directions syndicales en dessous de tout en ce qui concerne la défense des intérêts immédiats des travailleurs, Attac a pris en main, avec des franges de gauche de l’appareil syndical, l’organisation d’une manifestation contre les attaques anti-ouvrières, le 1er novembre prochain à Berlin.

Mais les dirigeants d’Attac n’ont d’autre prétention, dans le long ou moyen terme, que d’être admis comme conseillers du gouvernement. En rien des adversaires.

Préserver l’étoile révolutionnaire

Si personne ne propose une autre politique et une autre voie, ceux qui cherchent réellement une alternative à la misère et à l’exploitation risquent fort de se laisser entraîner dans l’impasse par Attac. Certes, les organisations ou militants révolutionnaires qui ont fait le choix d’y entrer disent l’avoir fait pour disputer aux réformistes les gens attirés par Attac. Et peut-être en effet peuvent-ils gagner quelques individus à leur programme. Mais sans s’atteler d’abord et avant tout, et tout à fait indépendamment d’Attac, à la tâche de la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire (même si cette tâche semble difficile aujourd’hui en Allemagne), ces succès même risquent d’être sans lendemain. Il serait totalement utopique en effet de vouloir transformer Attac en parti révolutionnaire. Ni correct d’ailleurs tant qu’Attac reste le cadre d’un débat libre et pluraliste sur les questions liées à la mondialisation.

Mais telle qu’est Attac, et sur les bases sur lesquelles elle s’est formée, elle ne peut, en cas de succès, que constituer un nouvel appareil venant concurrencer, et à long terme soit aider soit remplacer les vieux appareils réformistes discrédités. Et les révolutionnaires en son sein, surtout s’ils y prennent de l’importance, soit s’en verront jetés, soit accepteront de s’aligner sur les réformistes. C’est dire que les groupes, si faibles aujourd’hui, qui consacreraient l’essentiel de leurs efforts à bâtir Attac risquent fort d’aider simplement à construire un appareil qui fera obstacle à l’émergence d’une réelle alternative révolutionnaire.

Tony ROBERT


[1A sa fondation il y a deux ans, après la fusion entre divers syndicats des services publics et transports (ÖTV), des banques et assurances (HBV), de la poste (DPG), des média (IG-Medien) et de l’ancien syndicat des employés (DAG) non lié à la DGB, ce regroupement syndical est devenu le plus puissant d’Allemagne (3,2 millions d’adhérents), dépassant numériquement l’IG-Metall, le syndicat de la métallurgie.

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