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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 29, septembre-octobre 2003 > DOSSIER : Altermondialisation : réforme ou révolution ?

DOSSIER : Altermondialisation : réforme ou révolution ?

OMC : ne pas se tromper de cible

Mis en ligne le 26 septembre 2003 Convergences Monde

Echec à Cancun le 14 septembre : la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce [1] se séparait sans que les 148 Etats représentés parviennent à un accord. La presse explique que pour une fois le clivage serait entre le Nord et le Sud : des pays pauvres auraient osé s’opposer aux puissances dominantes jusqu’à faire échouer leurs projets de réglementation commerciale. Et l’OMC aurait fourni le cadre dans lequel a pu s’exprimer cette résistance.

Le triomphe du libéralisme ?

Un des dossiers les plus importants actuellement discutés au sein de l’OMC est celui portant sur l’AGCS (Accord général sur le commerce des services). Il recommande l’ouverture au marché des secteurs qui lui échappent encore : la santé, l’éducation, les services publics en général, notamment dans les pays impérialistes où ils sont bien plus développés que dans les pays pauvres.

Mais l’OMC est tout autant une machine à réglementer et à protéger les positions dominantes des grands trusts qu’un instrument destiné à promouvoir le libéralisme. On l’a vu à Cancun : c’est une partie des pays du Sud qui a réclamé la fin des subventions agricoles (qui représentent en fait une véritable politique de dumping en ruinant les paysans locaux). Les mêmes réclament également l’ouverture des marchés du Nord aux produits de leurs industries jusqu’ici bloqués par des droits d’entrée très importants. Car les pays impérialistes sont justement les premiers à mettre en place des politiques commerciales protectionnistes.

La réglementation de la propriété intellectuelle est ainsi une des obsessions des grands trusts capitalistes afin de rentabiliser au maximum leurs investissements dans la recherche de nouveaux produits. L’accord qui vient d’être signé le 30 août soi-disant pour faciliter l’accès aux médicaments génériques illustre bien le cynisme des capitalistes : ce serait paraît-il une victoire puisque les pays pauvres pourraient importer du Brésil, de l’Inde ou de l’Afrique du Sud des génériques pour combattre le sida, le paludisme, ou la tuberculose. En fait, comme le souligne le président de Médecins sans frontières [2], le texte marque une régression en alourdissant les procédures d’importation (toute demande devant faire l’objet d’une autorisation de l’OMC soumise au veto du pays détenteur du brevet). Le diktat peu libéral des trusts pharmaceutiques a tout loisir de sgrâce à l’OMC.

Entre brigands

Les pays du Tiers-Monde, au sein de l’OMC, disposent en principe des mêmes droits que les États-Unis ou l’Union Européenne, ce qui semble démocratique. Mais de fait, ils ne les utilisent pas : sans parler des armées d’experts qu’il leur faudrait entretenir pour défendre efficacement leurs intérêts dans ce maquis de commissions et de juridictions qu’est l’OMC, la crainte de représailles commerciales et financières en cas de victoire devant l’ORD suffit à les dissuader efficacement [3].

Les bourgeoisies occidentales ont largement les moyens de contourner les décisions de l’OMC, selon leurs intérêts. Ce sont bien les Etats nationaux qui restent les instruments privilégiés de la domination des bourgeoisies impérialistes dans le monde.

Mathieu PARANT


[1créé en 1994 suite au Gatt, l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce

[2Jean-Hervé Bradol : OMC et médicaments, le faux succès. Point de vue publié dans Le Monde du 12/09/2003.

[3Remettre l’OMC à sa place, ATTAC - Susan George, 2002. Ce petit ouvrage fournit quantité d’informations utiles pour comprendre le fonctionnement actuel de l’OMC. Mais il montre en même temps toutes les limites politiques de leur auteur qui explique que la solution serait d’intégrer l’OMC dans le cadre de l’ONU : comme si les gouvernements n’étaient pas les mêmes dans les deux cas, ayant les mêmes objectifs, mais capables d’expliquer la main sur le cœur que c’est pour le bien de tous, dans le langage doucereux et hypocrite des instances internationales !

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