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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 29, septembre-octobre 2003

L’été qui a brûlé les planches

Mis en ligne le 26 septembre 2003 Convergences Société

Au cours de l’année 2002 et dans les mois qui ont précédé la signature du protocole le 26 juin, les intermittents manifestaient leur inquiétude dans des défilés qui ont rassemblé jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de personnes. Le gouvernement se disait déterminé à régler le dossier des intermittents avant l’été.

L’annulation des festivals

La signature du protocole le 26 juin, a été le signal du déclenchement de la lutte. La CGT annonçait la grève reconductible pour le 8 juillet. Le 10, l’annonce de l’annulation du festival d’Avignon faisait la une des journaux. D’autres suivirent.

Les annulations étaient décidées par les directeurs de festivals qui ne pouvaient, vis-à-vis du public, maintenir leur programmation en annonçant au jour le jour la tenue ou l’annulation de chaque spectacle. Si les grévistes se sont sentis forts en menaçant les festivals, ils se sont sentis dépossédés de leur grève après que l’annulation ait été prononcée et que le public ait déserté les lieux. Même au plus fort de leur mouvement, les intermittents n’ont donc jamais ressenti les annulations comme une victoire. Une gréviste du festival « Paris Quartier d’Eté », faisait part de son désarroi pour avoir fait la une des journaux avant l’annulation et de ne plus apparaître qu’en entrefilet après. Sur place à Avignon, en marge des discussions, des comédiens se sont mis à improviser des scènes cruelles devant le public encore présent, mimant des suicides sanglants.

Fin juillet, dans les jours qui suivirent le festival de théâtre de Chalon, le « collectif artistique Restons vivants » décidait « l’occupation artistique » de la ville dans le but de rassembler grévistes et non grévistes et de chercher une alternative sinon à la grève, du moins à l’annulation des festivals. Mais cette solution impossible a été très mal ressentie par ceux qui avaient déjà beaucoup investi dans la grève et voulaient continuer.

Dans l’audiovisuel

Sous la pression de la grève du spectacle vivant, les accusations se sont portées vers les secteurs qui manifestement profitent du système. Le 23 juillet, Le Monde pointait du doigt « les abus et les aubaines du régime des intermittents ». Le lendemain, des intermittents s’introduisaient par surprise sur le plateau du Journal télévisé de France 3 pour appeler à la grève pour le 25 juillet.

Beaucoup d’intermittents du spectacle vivant rêvaient de voir la télé s’arrêter, ce qui aurait assuré, pensaient-ils, le succès du mouvement. En fait la grève n’a gagné que très partiellement le secteur de l’audiovisuel et y a été peu visible. D’abord parce qu’il y a souvent moyen de remplacer une émission par une rediffusion. Mais surtout parce que le rapports des forces n’est pas forcément plus favorables aux intermittents.

Dans les petites structures du spectacle vivant, les salariés ne sont pas dans une situation de précarité face à leur employeur : c’est leur employeur lui-même qui est précaire. Les comédiens ont souvent débrayé en désespoir de cause, jugeant à juste titre que leur compagnie allait disparaître avec l’application du protocole. Au contraire, les salariés des grosses structures de l’audiovisuel se trouvaient face à un employeur bien solide. Bien souvent, il a fallu des blocages de l’extérieur, à l’initiative des coordinations, pour que le travail s’arrête.

Les grandes structures de l’audiovisuel sont aussi celles où les fraudes sont les plus courantes : on demande à l’intermittent de travailler d’abord et de signer le contrat après. Ou de venir travailler au noir sur ses journées payées par l’Assedic, avec le chantage facile que c’est grâce aux heures déclarées que l’intermittent a accès à l’indemnisation…

L’agrément du gouvernement

Après l’agrément du gouvernement et la publication au journal officiel du protocole, le 7 août, les regards se sont portés vers Aurillac, festival de théâtre de rue, qui était le dernier grand festival de théâtre de l’été.

Aurillac n’a pas été annulé. Si l’hebdomadaire Télérama a pu écrire « tout s’est bien passé », c’était sans tenir compte des déchirements entre grévistes et non grévistes, les 200 compagnies qui ne sont pas venues et les 150 qui ont débrayé, mettant en jeu leur saison, parfois leur existence.

Le bilan de 2 mois de luttes

Le mouvement qui s’est déclenché à la suite de la signature du nouveau protocole le 26 juin a déclenché une réponse globale de tout le secteur du spectacle : en témoignent les grèves de solidarité des permanents de la Comédie Française et de l’Opéra de Paris en juin et en juillet.

Les intermittents ne font pas tous le même métier. Ce qu’ils ont en commun, c’est de bénéficier d’un même régime d’indemnisation. Beaucoup n’ont pas de lieu de travail fixe en dehors de chez eux. Dans les coordinations, les intermittents de l’audiovisuel et du spectacle vivant se sont retrouvés et ont appris à militer ensemble. Bien souvent, ils se sont aperçu qu’il suffisait de bien informer leurs collègues pour en gagner d’autres à la lutte. Se rendre sur un lieu de tournage pour organiser un vote a parfois suffi à déclencher la grève. Les salariés de l’audiovisuel ont mis leurs compétences au service du mouvement pour tourner vidéos et courts métrages d’explication destinés à leurs collègues ou au public.

Le retrait du protocole reste à obtenir. Pourtant devant la mobilisation, le 8 juillet, un avenant au protocole du 26 juin repoussait l’application du texte au 1e janvier 2004 (au lieu du 1er octobre 2003), le nouveau mode de calcul devant se faire progressivement sur deux ans, ce qui laisse aux intermittents un moment de répit.

Le ministre de la culture prétend vouloir mener une réflexion de fond à l’occasion de ronflantes « assises de la culture ». Il en faudrait sans doute plus pour faire illusion. Des directeurs de théâtre et de festival, conscient des implications dramatiques de la réforme, expriment leur désapprobation, les plus déterminés faisant planer la menace de ne pas ouvrir la saison normalement. Quant aux intermittents, ils demeurent fermes sur leur objectif : « à emploi discontinu, continuité de revenu ! ».

Le 15 septembre 2003

L.V


Le fric du baron Seillière

Mi-juillet, au moment où la colère des intermittents s’exprimait avec le plus de force, Seillière déclarait : « C’est le fric des travailleurs qui finance le système des intermittents  ». Or d’après un calcul paru dans l’Humanité du 15 juillet, le numéro un du Medef gagnerait en une demi-journée l’équivalent de l’allocation mensuelle moyenne d’un intermittent. C’est donc plutôt dans les coffres de la famille Seillière que s’accumule le fric des travailleurs !

C’est donc là que les intermittents, comme tant d’autres salariés devraient aller chercher ce qui leur est dû !


Le « tir ami » de Patrice Chéreau

Début juillet, alors que les intermittents se trouvaient sous le feu croisé du Medef et du gouvernement, le célèbre metteur en scène Patrice Chéreau déclarait lors d’une AG à Avignon : « faire grève, c’est se tirer une balle dans le pied ».

Si la grève est bien une arme, les intermittents ont vite compris que, du haut de sa célébrité, le metteur en scène ne leur serait pas de très bon conseil pour la bataille.


La télé et l’information

Lors de la tenue des Chorégies d’Orange, le 15 juillet, les intermittents décidaient de ne pas annuler la représentation d’Othello en échange du droit à une prise de parole avant de commencer la représentation. La représentation donnait lieu à une retransmission en différé d’une ½ heure sur France 2.

La prise de parole se fit face à un public en partie hostile et fut retransmise. Mais à la suite de cette intervention, la direction de France 2 affichait à l’écran trois encarts publicitaires accompagnés d’une voix suave vantant les bienfaits de la réforme. Selon l’AFP : « Lorsque les personnels techniques des Chorégies ont vu dans les coulisses sur leurs écrans, avec le décalage du différé, les encarts de l’Unedic, une protestation s’est élevée dans leurs rangs et une majorité ont voté la grève immédiate, c’est-à-dire l’arrêt, après le deuxième acte de la représentation ».

La suite du spectacle eut lieu cependant, mais dans des conditions techniques minima. Le comble fut que la direction de France 2, laissant croire aux téléspectateurs que le direct continuait, se mit à diffuser la suite du spectacle… dans une version enregistrée trois jours avant !

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