Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 126, mai 2019

Algérie

« Pour la défense des entrepreneurs privés »…

Mis en ligne le 14 mai 2019 Convergences Monde

C’était le titre d’un long article du quotidien algérien El Watan du samedi 27 avril, où l’on pouvait lire, entre autres, sous la plume d’un « professeur-chercheur en management stratégique », le savoureux passage suivant : « Notre pays ne souffre pas des entrepreneurs privés, même pas des plus corrompus. Notre pays souffre de dirigeants successifs qui ont échoué dans leur mission principale : construire de vraies institutions qui encouragent les bonnes pratiques, aussi bien des citoyens, des fonctionnaires que des acteurs économiques. […] Un fonctionnaire corrompu est bien plus dangereux pour la société qu’un entrepreneur corrompu qui contourne la loi… »

El Watan n’est pas une feuille de chou. C’est un quotidien réputé sérieux du pays, qui se place dans l’opposition au régime. Il fait de la libération d’Issad Rebrab, patron du trust Cevital, un de ses chevaux de bataille, au nom de la liberté d’expression.

On trouve a fortiori la même veine et la même indignation contre la liberté d’expression dans Liberté. Mais il est vrai que Liberté est le journal qui appartient à Rebrab ! Bref, dans les colonnes d’une certaine presse, toute une propagande en faveur d’un grand patronat moderne… Ces gens-là auraient sué sang et eau pour développer le pays et y créer des richesses. Ils auraient pris des risques. Ils seraient l’honneur et l’avenir du pays… peu importe qu’ils aient été contraints à quelques opérations douteuses et peu importe, surtout, qu’ils aient réprimé des grèves et licencié quand ça leur chantait. Et Liberté du 28 avril en ajoute une couche en citant le mécontentement du groupe bancaire français, le Crédit Agricole, qui, dans l’une de ses publications, juge que l’arrestation des patrons algériens est « un signe assez défavorable adressé aux milieux des affaires à un moment où l’Algérie a tant besoin de capitaux domestiques ou extérieurs pour assurer une transition de l’économie à plus de diversification et de développement de l’entreprise privée ». Pour que le bonheur des banques ne soit pas troublé par le « hirak », donc !

Du côté du pouvoir et des médias à ses ordres, l’opération « mains propres » n’est pas toute blanche non plus. Et Issad Rebrab, indépendamment des magouilles auxquelles il s’est livré comme tout patron qui se respecte et de ses liens avec le général Medienne, ancien chef des Services de Sécurité militaire (la DRS, véritable police politique du pays) et concurrent de Gaïd Salah, apparait également ciblé parce qu’il est d’origine kabyle et a développé une grande partie de ses affaires dans sa région, où il appelle la population à le défendre, pour « défendre les emplois ». Si sa mise en cause pouvait réveiller les dissensions régionales voire nationalistes que la mobilisation actuelle rejette à l’arrière-plan ?

Il est ainsi bon à savoir que parmi les « opposants » au régime, il y a d’un côté les millions de travailleurs et de jeunes des classes populaires, exploités et opprimés (dont bien durement les femmes !), et de l’autre des défenseurs d’un patronat agressif dit libéral. Tout un milieu qui ose affirmer que « les entrepreneurs, aussi imparfaits soient-ils, feront l’Algérie de demain » et ose dénoncer « cette chasse aux sorcières contre […] la liberté d’entreprendre, véritable problème en Algérie. »

Dans le camp des opposants au pouvoir actuel s’affrontent donc des intérêts de classe, à fleurets pas que mouchetés de la part des capitalistes de premier plan…

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Numéro 126, mai 2019

Mots-clés