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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 126, mai 2019 > DOSSIER : Blanquer contre l’École

DOSSIER : Blanquer contre l’École

Mobilisation enseignante en Île-de-France : de la difficulté de coordonner les actions locales

Mis en ligne le 14 mai 2019 Convergences Politique

Lors de la journée du 19 mars, les enseignants du premier degré sont sortis massivement dans la rue, derrière le ballon du SNUIPP, le syndicat majoritaire. Cette mobilisation n’a fait que grandir et, le 4 avril, on comptait 70 % de grévistes chez les professeurs des écoles de Paris (PE, les instits d’autrefois), 60 % dans les Hauts-de-Seine et en Seine-Saint-Denis. Entre les rares journées de grève appelées par des intersyndicales, les profs ont organisé de nombreuses nuits des écoles et réunions avec les parents. Ces derniers sont aussi largement impliqués (ce qui manque cruellement au second degré) : écoles désertes, très réussies depuis un mois, blocages d’écoles, comme à Gennevilliers avant les vacances. Il faut remarquer que ces moyens d’actions, s’ils permettent de bloquer les cours tout en maintenant leur salaire aux enseignants, se heurtent tout de même à un problème : ces derniers sont assignés à résidence et ne peuvent s’organiser. Enfin, parents et enseignants se retrouvent aussi à l’occasion de petits spectacles et autres carnavals organisés dans plusieurs villes de régions parisiennes.

Le réveil des instits a permis la mise en place d’Assemblées générales de ville inter-degrés (Ivry, Montreuil-Bagnolet, La Courneuve, Nanterre sont parmi les plus actives), mettant ainsi en évidence les problèmes communs et donc la coordination nécessaire des établissements, de la maternelle aux lycées.

La forte mobilisation des écoles primaires (premier degré) laisse ainsi espérer un nouvel élan dans les rangs du second degré, mobilisés, pour un certain nombre d’établissements, depuis fin 2018. Pour l’heure, on en est toujours à l’échauffement.

Les rectorats en pleine répression nerveuse

Des actions ont été tentées, festives – enterrements de l’école ; jeux et performances sur les enjeux des réformes ; nuits des lycées ; marches blanches – comme administratives : motions présentées lors des réunions sur la réforme du lycée organisées par les inspecteurs, ou lors des conseils d’administration (CA), voire boycott de ceux-ci ; boycott également des bacs blancs ; démission des professeurs principaux ; notes de 20/20 à tous les élèves. Cette dernière action a été suivie par plusieurs centaines d’établissements et a déclenché l’ire de l’Administration, qui, ici, a annulé les notes, là, a convoqué ou seulement menacé les collègues – de poursuites « pénales » ! Ces mesures s’inscrivent dans un cadre répressif plus large dans lequel, par exemple, les militants syndicaux sont menacés de sanctions disciplinaires ou de mutations forcées, comme au collège République de Bobigny.

Les défis à relever

Il n’en reste pas moins que les dossiers Parcoursup ont été soigneusement remplis, que les taux de grévistes dans le second degré stagnent et que les actions s’éparpillent plutôt que de se coordonner.

Deux défis sont à relever : mobiliser davantage les profs du second degré – les équipes combatives restent très mobilisées mais drainent assez peu de profs – et convaincre qu’il faut se coordonner régionalement et nationalement pour organiser des manifestations et une grève massives.

C’est là un des principaux problèmes des dernières semaines. Les actions locales, fortement encouragées par SUD, fleurissent, à l’échelle d’un établissement ou d’une ville, mais l’AG Île de France est désertée et le calendrier régional construit par la coordination IDF peu suivi. Seuls vingt-neuf collègues étaient présents à l’AG IDF du 18 avril, journée de grève appelée par les syndicats et les coordinations. Beaucoup s’en sont tenus à leur AG locale le matin, comme à Ivry où personne ne s’était déplacé le soir à Paris. Ce qui s’est passé le 9 avril, journée de grève appelée par la coordination IDF, est significatif de cet éparpillement puisque non seulement le premier degré, encore très suiviste par rapport au SNUIPP, ne s’est pas saisi de cette journée, mais, en plus, l’AG du 93 a fait cavalier seul et a organisé une manif et une AG à La Courneuve en même temps que la manif et l’AG organisées à Paris !

Beaucoup de discussions sur les listes mail des établissements mobilisés tournent autour de l’opposition entre une mobilisation générale et la construction patiente d’une mobilisation locale, avec les parents. Certains militants organisent des actions locales en même temps que les manifestations régionales ou nationales plutôt que proposer la jonction avec les Gilets jaunes, et en convaincre les collègues.

Cette convergence avec les Gilets jaunes, c’est pourtant ce que nous essayons aussi de faire avec quelques-uns depuis janvier 2019. L’AG IDF s’est positionnée trois fois en faveur de la présence d’un cortège éducation dans les manifestations des Gilets jaunes, mais, en pratique, très peu de collègues y viennent ou, s’ils le font, ne voient pas l’intérêt d’y montrer un secteur professionnel. Il reste que, Gilets jaunes, enseignants, hospitaliers, travailleurs menacés de licenciements font face à la même politique anti-ouvrière du gouvernement et qu’il faut continuer à favoriser tout ce qui va dans le sens de la prise de conscience de ce que nos luttes ont en commun pour construire leur convergence.

D’autant que les perspectives proposées par les syndicats sont loin d’être à la hauteur de la colère des collègues. Le SNUIPP n’appelle toujours pas à plusieurs journées de grève alors que la température dans les écoles le permettrait. Il s’en tient à la journée du 9 mai, tout comme le SNES, qui parle d’une suite... d’une journée le 18 mai, au moment où les épreuves du bac commencent. Cerise sur le gâteau, le SNES a lancé un sondage auprès de ses adhérents pour savoir s’ils étaient prêts à faire grève le premier jour des examens du bac et du brevet. On voit mal comment, en l’absence d’une mobilisation massive, les enseignants trouveraient la confiance et la détermination d’une telle action, alors que, même en 2003, après plus de trois mois de grève, le bac avait quand même eu lieu …

Malgré tous ces obstacles, la possibilité que l’ensemble du secteur éducatif se mette en mouvement est réelle. Tout d’abord, les lycéens restent, jusqu’à aujourd’hui, les grands absents de la bataille. Le blocage, par les élèves et les enseignants, du lycée René-Cassin à Gonesse dans le Val-d’Oise, pendant une semaine début avril fait encore figure d’exception. Mais c’est grâce au soutien de leurs profs que les élèves pourront trouver la détermination de surmonter les menaces des directions sur leur dossier Parcoursup. Quant aux freins syndicaux, c’est malgré eux que le mouvement de 2003 s’était construit, preuve qu’il est possible de les contourner.

Rien n’est perdu, donc. En s’appuyant sur les mouvements locaux dans certaines écoles, collèges ou localités et en militant pour la jonction avec les Gilets jaunes, il sera peut-être possible de construire une grande grève dans l’Éducation nationale et, pourquoi pas, dans le pays tout entier.

27 avril 2019, Barbara Kazan

Petit cortège du 20 avril, aux côtés des « carrés rouges » qui luttent contre la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers.

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