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DOSSIER : Blanquer contre l’École

Mobilisation des enseignants de l’Est lyonnais : le printemps des coordinations

Mis en ligne le 14 mai 2019 Convergences Politique

De la grève interpro à la grève inter-profs

19 mars à Lyon, journée de grève interprofessionnelle. Comme dans les autres villes et à la surprise générale, les enseignants constituaient une part importante de la manifestation. Encore plus surprenant, un cortège d’environ 300 profs de l’Est lyonnais a défilé sans bannière syndicale, brandissant pancartes et banderoles de leurs établissements respectifs. Ils s’étaient donné rendez-vous suite à la deuxième réunion de la toute nouvelle coordination villeurbannaise des établissements en lutte.

Création d’une coordination à Villeurbanne

L’histoire de cette coordination repose sur un fond de mécontentement plus ancien que la réforme Blanquer. Tout a commencé au lycée Pierre-Brossolette, très touché par la réforme. Les enseignants ont appelé les parents à une réunion d’information. Quelques coups de fil passés à des collègues d’autres établissements de la ville ont permis d’apprendre que, localement, des noyaux de mobilisation existaient déjà. Le lendemain, une délégation d’enseignants du collège du Tonkin s’est rendue à la réunion d’information du lycée Brossolette. Il y avait finalement assez peu de parents parmi les 80 présents. L’appel avait surtout été entendu par des enseignants des autres lycées et collèges, ainsi que de quelques écoles. La réunion d’information est devenue une coordination, formalisée lors de sa deuxième rencontre. On y discutait des revendications (retrait de toutes les lois en cours, et des moyens pour bien travailler !) et, surtout, des modalités d’action. C’est là qu’a été lancé un appel à manifester ensemble le 19 mars, et à se réunir ensuite en Assemblée générale. 150 enseignants se sont alors retrouvés après la manifestation, un peu pris au dépourvu par le succès de la journée.

Vers l’élargissement ?

Deux jours plus tard, ce fut la « Nuit des établissements » : on se réunit le soir dans chaque collège, école ou lycée, avant de se retrouver à quelque 200 sur les coups de 23 heures devant le lycée Brossolette. Le lendemain, Blanquer était de visite à Lyon. Une centaine d’enseignants l’ont accueilli par des huées, à l’appel de la coordination. Force est de constater que, si la coordination est vivante et continue de maintenir un niveau d’agitation constant (organisation de goûters et autres réunions d’information à destination des parents), elle ne réunit que les noyaux d’enseignants les plus mobilisés de chaque établissement. Elle est tout de même le lieu d’échanges sur les moyens de mobiliser de nouveau les collègues au même niveau que le 19 mars, et d’étendre la mobilisation.

« L’éducation n’est pas une marchandise »

Telle était l’inscription présente sur l’une des banderoles accrochées devant une école de Vaulx-en-Velin, commune de banlieue de l’Est lyonnais. Il faut dire que la grogne y est ancienne : effectifs en hausse, dédoublement des CP réalisé à moyens constants, DHG (Dotation Horaire Globale) qui rogne les heures d’enseignement allouées à chaque établissement, violences. C’est dans ce contexte que s’est réactivée dès le mois de mars, la coordination « On Vaulx mieux », ancienne structure de lutte sur la commune. Les différentes mesures de la réforme Blanquer ayant pour seul but la « rationalisation des moyens », les premières assemblées générales vaudaises – composées en majorité de professeurs des écoles (les anciens instits)– ont rapidement décidé de se rallier au mouvement et aux mobilisations des 19 et 28 mars, certains appelant même à la grève reconductible.

Très vite, la mobilisation a pris une autre dimension avec le soutien d’une minorité d’enseignants du lycée général Robert-Doisneau et des enseignants de plusieurs collèges (Henri-Barbusse et Pierre-Valdo notamment). Une « Nuit des établissements » s’est tenue au lycée, le 28 mars, regroupant une cinquantaine d’enseignants de tous les niveaux. Le 4 avril, jour de mobilisation, l’Assemblée générale vaudaise a rassemblé 36 personnes avec une représentation plus importante des collèges environnants que lors des précédentes. Face au constat d’apathie des syndicats et devant le ras-le-bol des journées de grève sans lendemain, la discussion a rapidement penché vers la nécessité d’une grève reconductible à la rentrée des vacances de printemps, tout en se donnant les moyens de la préparer : tournée des établissements pas encore mobilisés, tracts sur les marchés, goûters d’information organisés à la sortie des écoles pour informer et mobiliser les parents d’élèves.

Dynamiques différentes, objectifs identiques

Cet élan mobilisateur, né tant à Villeurbanne qu’à Vaulx-en-Velin sur le vide laissé par les syndicats, s’est accéléré avec des dynamiques propres à chaque commune et à chaque niveau de scolarité. En réaction à la grogne qui s’exprimait, les principaux syndicats ont bien été obligés d’appeler à la mobilisation : d’abord le samedi 30 mars, ce qui fut un relatif succès, et ensuite à une journée de mobilisation le 4 avril. Pour cette dernière, la communication syndicale s’est axée sur le premier degré, appelant localement à une manifestation à 16 heures, pour ne pas déplacer le congrès du SNUipp prévu ce jour-là…

Rien n’y a fait, les minorités actives dans de nombreux établissements sont restés mobilisées jusqu’aux vacances de printemps : visites d’écoles et goûters d’informations ont continué de ponctuer la dernière semaine et la plupart des collègues en lutte se sont donnés rendez-vous à la rentrée.

Justement, à Vaulx-en-Velin, la grève a été votée pour la reprise, le 29 avril. Elle sera reconductible dans les écoles primaires et devrait être bien suivie dans les collèges et au lycée Doisneau. À l’inverse, les collègues de la coordination de Villeurbanne, partis plus tôt, sont davantage dans une phase de préparation de la journée de mobilisation du 9 mai contre la réforme de la Fonction publique. Une situation qui traduit la nécessité d’une coordination centrale des établissements en lutte à une échelle géographique bien plus large.

Plusieurs coordinations, des actions éparpillées, des dynamiques différentes mais des minorités actives et déterminées dans la plupart des établissements, de la maternelle au lycée : la preuve que ce mouvement pour la défense de l’école publique reste à structurer et à construire pour, pourquoi pas, en faire le détonateur d’un printemps brûlant.

27 avril 2019, Elias Baragan et Annick Haussmann


Les REP+ prêts pour la contre-offensive

À l’initiative d’enseignants du collège Henri-Barbusse (Vaulx-en-Velin), un collectif des établissements REP+ (les Réseaux d’éducation prioritaire renforcés existent depuis 2015) du département du Rhône s’est constitué en janvier 2019. Regroupant 10 des 16 établissements ayant cette labellisation sensée reconnaître les difficultés sociaux-économiques et éducatives propres aux territoires dans lesquels ils se situent, le collectif revendique l’instauration de seuils maximum de 24 élèves par classe et de 550 élèves par établissement. Cela pour répondre aux propres recommandations des Assises de l’Éducation prioritaire de 2013 qui suggéraient de ne pas dépasser ces nombres et afin de répondre à l’iniquité territoriale instaurée par le ministère alors que ces seuils ont été instaurés dans des académies comme celles d’Aix-Marseille et du Nord.

Or, l’agglomération lyonnaise connaît un essor démographique sans précédent sans que les créations de postes et les constructions de collèges ne suivent. Des classes à 26, voire 27 ou 28 élèves deviennent monnaie courante dans certains établissements REP+. Le collectif a pour but de mener ces revendications dans le contexte de la contestation contre la loi sur « l’école de la confiance » pour défendre les conditions d’étude des élèves le plus défavorisés et les conditions de travail des personnels. Une contre-offensive qui pourrait bien dynamiser la coordination des luttes dans l’éducation à l’échelle locale.

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Numéro 126, mai 2019

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