Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 126, mai 2019

Camionnette blanche : Fake news ou racisme ?

Mis en ligne le 14 mai 2019 Convergences Société

Fin mars, dans plusieurs villes de Seine-Saint-Denis, les habitants de bidonvilles ou de squats étaient pris pour cible par des dizaines d’individus armés. Roms, ou non, ils étaient accusés d’enlever des enfants. Cherchant à se dédouaner, les flics, le gouvernement et la presse ont crié aux fake news en invoquant les réseaux sociaux.

Désigner les Roms comme des voleurs d’enfants n’a pas débuté avec Facebook, ni n’a été particulièrement le fait des ouvriers de banlieue. L’accusation de vol d’enfant vient des flics. Le préjugé associant vol d’enfant et Rom, surtout en situation de mendicité, est si répandu dans la police que certaines mères rasent systématiquement les cheveux de leurs enfants s’ils sont blonds [1]. La camionnette blanche : une folle rumeur ? En tout cas, c’est celle que la presse véhicule depuis des années, facilitant au passage sa diffusion sur les réseaux sociaux. En 2008, s’attaquant à des Roms pauvres, La Provence faisait ses gros titres sur une camionnette blanche et le vol d’organes d’enfants. Elle placardait cette dinguerie sur les kiosques marseillais.

Politiciens et policiers à l’offensive…

15 000 à 20 000 personnes, soit moins de 0,03 % de la population vivant en France, sont des Roms roumains ou bulgares. Un chiffre à mettre en regard de l’attention malveillante, à intervalles trop réguliers, qui leur est consacrée dans les discours des politiciens. Sédentarisés pour des siècles et ayant d’ailleurs très peu en commun avec ceux que l’État français dénomme « gens du voyage », ils sont contraints, comme d’autres, de s’installer au bord des voies de RER, des échangeurs autoroutiers, d’anciens sites industriels pollués aux métaux lourds ou aux hydrocarbures. L’identité commune des « gens de type de l’Est », désignés comme tels par l’État et ses policiers, est celle de la vie dans des tentes ou des vieilles caravanes dans une mobilité créée par les expulsions souvent sans huissiers, parfois sans trêve hivernale. Une errance, quelquefois sur des kilomètres, dans des habitats toujours plus sommaires, empêchant d’avoir accès à la scolarisation, à une adresse, à un travail ou même au minimum de soins. Les expulsions minant les possibilités de dépistage, la tuberculose fait des ravages.

Des mairies, de gauche ou de droite, peuvent refuser le ramassage des ordures, un raccordement à l’eau ou même l’installation de toilettes sèches. L’accès à l’électricité provoque des incendies. Les camionnettes blanches enlevant des gosses sont celles des flics les emmenant dans les commissariats pour des « contrôles d’identité » lorsqu’ils sont déclarés coupables de remplir des bidons d’eau dans la rue. La méthode est simple, c’est la même que celle employée contre les migrants : rendre la vie des « indésirables » insupportable pour les chasser. Les démantèlements de bidonville à l’aube, les OQTF (obligation de quitter le territoire français), les expulsions hors de France n’ont jamais cessé depuis 20 ans. Ces abjections ne brisent pourtant pas le rêve « fou » d’obtenir un logement et un travail au noir dans le bâtiment ou le nettoyage, ou juste de quoi envoyer de l’argent en Roumanie en ramassant de la ferraille, en vendant des fleurs ou en mendiant.

… pour criminaliser et diviser les pauvres

Cela met, en revanche, des milliers de personnes dans une situation de détresse extrême, et offre une cible facile pour tous les démagogues. Tous les amalgames ressortent. Manuel Valls pointant, par exemple, un « mode de vie » en « confrontation » avec la société française. Macron, s’en prenant au boxeur Gilet jaune Christophe Dettinger : « le type, il n’a pas les mots d’un gitan. » Les exactions de la police à leur encontre sont mises en scène et médiatisées. Préfets et ministres, et maires parfois, parlent de « problème rom » les rendant responsables d’une situation produite par toute cette criminalisation de la pauvreté.

Les criminels, ce sont ces politiciens pyromanes. Parfois au sens propre. En 2006, à Ensisheim, le maire craquait lui-même l’allumette pour incendier des caravanes installées dans sa commune. Il a été condamné à un an de prison avec sursis. Mais, en général, la police conclut que les incendies sont d’origine accidentelle. Ces préjugés, omniprésents au sommet, mordent dans la classe ouvrière. Les expéditions punitives comme celles de la Seine-Saint-Denis le mois dernier, ont tout à voir avec la progression du racisme, encouragé par l’État et les politiciens, bien plus qu’avec les réseaux sociaux. Les pauvres parmi les pauvres sont les cibles les plus faciles… avant que d’autres soient désignées. 

27 avril 2019, Kris Miclos


Europe centrale et orientale : explosion du nationalisme, montée de la misère et vieux démons

Inflation à deux chiffres, désindustrialisation et fermeture des services publics, les Roms sont depuis les années 1990 ciblés comme responsables de tous les malheurs, alors qu’ils sont les premiers touchés. Le déchaînement du nationalisme après 1989 renvoie à des siècles de persécutions notamment marqués par le maintien de l’esclavage des populations tziganes de Roumanie jusqu’en 1856, puis au XXe siècle par le retrait des enfants, les campagnes de stérilisation des femmes ou de sédentarisation forcée pour les quelques-uns encore nomades. Et évidemment le génocide de la Seconde Guerre mondiale.

Un exemple ? En Bulgarie, le 7 avril, une vidéo ciblant des Roms, diffusée dans les grands médias, devient virale. Une semaine durant, à Gabvoro, les moins de 350 Roms de cette localité de 60 000 habitants, sont pris pour cible par 1 500 assaillants. Des logements brûlent aux cris de « Mort aux Gitans ». Le Premier ministre bulgare évoquera une colère compréhensible, quelques mois après avoir affirmé le besoin « d’entreprendre un programme complet pour une solution au problème gitan ». À ces faits des plus brutaux s’ajoute l’exclusion du quotidien. À Fakulteta, faubourg de Sofia où vivent 30 000 Roms, 80 % des habitants sont sans emploi légal. La population de ce ghetto augmente : les Roms sont chassés de chez eux par le coût du logement du reste de la capitale et le racisme.


[1Carine Fouteau et Aurélie Windels, « Les mots des Roms », dans Roms et riverains, La Fabrique, 2014.

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Numéro 126, mai 2019

Mots-clés