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DOSSIER : Moyen-orient, Israël, Etats arabes, Autorité palestinienne... Les pions de l’impérialisme

Palestine-Israël : Des peuples... et des classes

Mis en ligne le 16 mai 2002 Convergences Monde

Cinquante ans après le premier exode en 1948 de 800 000 Palestiniens vers la Cisjordanie, la bande de Gaza et les pays arabes voisins – Syrie, Liban, Jordanie –, l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-orient) recensait 3,5 millions de réfugiés palestiniens, mais le nombre de réfugiés effectifs est sans doute plus important, dépassant les 5 millions. En 1998, un tiers des réfugiés immatriculés par l’UNRWA vivaient encore dans 59 camps, répartis entre les Territoires occupés par Israël depuis 1967 (19 en Cisjordanie, 8 à Gaza), la Jordanie (10), le Liban (12), et la Syrie (10).

Mais la situation des réfugiés est très contrastée de par leur situation sociale et le pays d’accueil. Si plus de 90 % d’entre eux vivent dans des pays arabes, il existe aussi une diaspora palestinienne (environ 400 000) qui a gagné l’Amérique du Nord, l’Amérique Latine et l’Europe et acquis la nationalité locale.

Bourgeois et prolétaires de la diaspora palestinienne

Dans les pays arabes, il existe toute une bourgeoisie d’affaires palestinienne qui a constitué des réseaux économiques autour de quelques pôles privilégiés : Koweït ou Dubaï dans le Golfe, Amman ou Beyrouth au Proche-orient. Dès le lendemain de l’exode, mettant à profit réseaux familiaux et relations d’affaires, cette bourgeoisie a pu s’établir au Liban et en Jordanie en investissant dans le secteur commercial et bancaire, comme la banque Intra qui a pris le contrôle de sociétés financières françaises.

Dès les années 1950, une poignée d’hommes d’affaires palestiniens se sont insérés dans les circuits de la rente pétrolière des pays du Golfe, s’implantant dans la construction d’infrastructures, la création des administrations publiques, l’organisation des services éducatifs et sanitaires. Dans les années 1980, on comptait dans le Golfe plus de 600 000 Palestiniens, appartenant essentiellement à l’élite des ingénieurs, techniciens, médecins, enseignants, journalistes. Cette élite palestinienne reste pourtant à la merci de la concurrence des bourgeoisies locales. Ainsi le Koweït prit prétexte de la Guerre du Golfe pour expulser massivement 300 000 Palestiniens. C’est dire que même les élites palestiniennes sont insérées de manière inégale dans les pays arabes selon le statut juridique accordé aux réfugiés.

C’est pourtant bien sûr la masse des réfugiés qui subit de plein fouet les discriminations imposées par les Etats arabes. Au Liban, où leur situation est la plus dure, seule une étroite frange de l’élite palestinienne, en majorité chrétienne, a été naturalisée. Sur les 365 000 réfugiés immatriculés au Liban, la moitié vivent dans des camps, et le taux de chômage atteint 40 %. L’Etat libanais ne leur accorde qu’un simple droit de résidence, ce qui interdit l’accès à des dizaines de professions, limitant les Palestiniens aux emplois les plus mal payés, les condamnant à des conditions de vie misérables. En Syrie, les 360 000 réfugiés palestiniens immatriculés par l’UNRWA sont pour 30 % dans les camps. La citoyenneté ne leur est pas reconnue, mais leurs cartes de résidents permanents leur assurent du moins l’égalité des droits avec des nationaux et ils peuvent accéder aux métiers d’ouvriers, de techniciens et d’enseignants. C’est finalement en Jordanie que leur situation est la moins mauvaise, puisqu’ils y bénéficient depuis 1949 de la citoyenneté. Pourtant 20 % des 1,5 millions de Palestiniens y peuplent encore les camps.

Dans les Territoires occupés

Sur près de 3 millions d’habitants des territoires occupés par Israël, l’UNRWA recense 1,3 millions de réfugiés. La Cisjordanie et la bande de Gaza sont économiquement sous-développées – avec une situation particulièrement catastrophique à Gaza. Avec moins de 6 % de la superficie totale des territoires, Gaza représente 37 % de la population. Plus de la moitié des réfugiés y vivent dans des camps et la densité de la population atteint 2285 habitants au km2.

En 2000, le PIB par habitant était de l’ordre de 1432 $ dans les territoires occupés (2050 $ en Cisjordanie et 1060 $ dans la bande de Gaxa), à comparer aux 3955 $ en Jordanie et ...18 440 $ en Israël. Fin 1999, 110 000 Palestiniens travaillaient en Israël (dont 63 000 illégalement), dont 73 % dans la construction, 10 % dans l’agriculture et 6 % dans l’industrie, dans des emplois faiblement rémunérés et sans protection sociale. Le chômage, qui a considérablement augmenté depuis le bouclage des territoires, s’élève à la mi-2001 à 47 % en Cisjordanie et 67 % à Gaza. 40 % de la population palestinienne survit d’ailleurs en dessous du seuil de pauvreté avec pour seule subsistance l’aide alimentaire et financière des agences de l’ONU.

Dans ces zones on assiste à la détérioration des infrastructures, les seules nouvellement créées étant celles nécessaires aux colons (routes et adduction d’eau). La création de nouveaux points d’eau palestiniens est même interdite alors que l’essentiel de l’eau est utilisée par les colonies israéliennes. Les transferts de capitaux du gouvernement israélien vers les Territoires n’ont jamais excédé 0,5 % du PNB israélien. De 1993 à 1998, trois milliards ont été versés à l’Autorité palestinienne à comparer aux trois milliards annuels octroyés par le gouvernement américain à Israël.

Mais dans ces Territoires il y a aussi aujourd’hui une minorité juive non négligeable suite à l’accélération de la colonisation. Qu’on en juge : de 6000, dans une quarantaine d’implantations juives le long du Jourdain en 1984, les colons étaient passés à 156 000 sur 146 sites en 1993, sans compter les 170 000 habitants juifs des 9 colonies de Jérusalem-Est. Pendant les années des discussions d’Oslo et celles qui suivirent, la colonisation a connu un nouveau boom, de sorte que le nombre des colons dans les Territoires se montait à environ 300 000 en 1996. Beaucoup n’y vivent que grâce à l’aide matériel de l’Etat (prêts, subventions, dégrèvements fiscaux, etc.).

En Israël

En 1997, la population juive comptait 4 700 000 personnes pour 900 000 Arabes israéliens, dont 15 % sont chrétiens et 10 % Druzes.

Les Israéliens nés sur place (sabra) constituent 60 % de la population juive. Mais attirer de nouveaux immigrants est toujours un élément important de la politique de l’Etat d’Israël. Ainsi les immigrants russes sont actuellement 650 000... dont près de 300 000 ne sont pas juifs, mais avec un parti spécifique (7 députés « russes » à la Knesset).

En 1995, plus de 670 000 Israéliens vivaient en dessous du seuil de pauvreté, (1575 F par mois), c’est à dire 18 % de la population (parmi eux 24 % de nouveaux immigrants et 38,5 % d’Arabes). En un an le traitement des dirigeants d’entreprises a augmenté de 15 %, celui des travailleurs non qualifiés a diminué de 7 %. Tandis que le salaire mensuel minimum frôlait les 3000 F, les plus hauts salaires révélés par la presse avoisinent les 500 000 F.

La frontière entre gens aisés et démunis recoupe largement la frontière entre Juifs occidentaux et Juifs orientaux. Majoritaires dans la population israélienne depuis les années 1950, les Juifs originaires des pays arabes fournissent le gros du contingent des pauvres, chômeurs, analphabètes et délinquants... juste après les Arabes israéliens. C’est en se fondant sur leur mécontentement que s’était créé le parti de droite, le Likoud

Comme ailleurs dans le monde, la libéralisation économique du pays, initiée dans les années 1980 par la gauche travailliste, s’est traduite par un programme de privatisations et de réduction des dépenses publiques. Mais elle s’est traduite surtout par une précarisation croisante dans les milieux populaires et un chômage massif dont les travailleurs israéliens, pas seulement arabes mais aussi juifs, n’ont pas cessé de faire les frais.

Simone CANETTI

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