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DOSSIER : Moyen-orient, Israël, Etats arabes, Autorité palestinienne... Les pions de l’impérialisme

La grande faiblesse de l’extrême gauche

Mis en ligne le 16 mai 2002 Convergences Monde

En Israël, pendant longtemps la seule organisation pouvant prétendre se classer à l’extrême gauche a été le Parti communiste dont l’influence au sein de la population arabe était importante. Pourtant les Arabes israéliens, coupés des Juifs et considérés comme des citoyens de seconde zone, se sont de plus en plus identifiés à la cause palestinienne jusqu’à adhérer à ses organisations pour certains. Organisations radicales mais nationalistes et qu’on peut donc difficilement qualifier de gauche, même quand elles se disent marxistes ou léninistes.

Les communistes israéliens

A la suite de la politique menée par Staline en 1947, favorable à la création d’Israël, les militants communistes juifs se sont tournés vers le sionisme. Côté arabe, le Parti communiste a été discrédité et a perdu une partie de son influence. Il existe donc actuellement deux partis communistes, le Rakah du côté juif et le Hadash du côté arabe.

La politique du Rakah, anciennement appelé Maki, a toujours été suiviste à l’égard des travaillistes. Perméable au sionisme, il s’est refusé à dénoncer les différentes guerres contre les Palestiniens. La guerre de 1948 était pour lui une guerre de libération nationale ! Il voulait bien parler de l’égalité civique entre Arabes et Juifs à l’intérieur d’Israël, mais il n’était pas question de soutenir les droits des Palestiniens.

Le Hadash mène une politique différente, mais guère plus hardie. Il est en ce moment au cœur d’une coalition, le Front démocratique pour la paix et l’égalité. Il bénéficie d’un courant de sympathie important dans la population arabe, mais sa politique indécise lui vaut des critiques de cette même population. Lors des élections de 2001, plutôt que le boycott (suivi par 82 % des Arabes israéliens dégoûtés par la politique de Barak) il a préféré le vote blanc. Il semblait ainsi rechigner lui aussi à condamner clairement la politique des travaillistes.

Ce n’est pas de ce côté qu’on trouvera une extrême gauche.

Des pacifistes radicaux... parfois

Des mouvements israéliens dits « progressistes » se sont développés en réaction aux différentes guerres. Quelques signes nous indiquent qu’ils reprennent actuellement de la vigueur, une partie de la population israélienne prenant conscience de l’horreur qu’est la politique de Sharon. Ainsi, le 11 mai, 60 000 personnes manifestaient à Tel-Aviv contre l’occupation des Territoires.

« La paix maintenant » (Shalom archav) a été créée en 1978 par des officiers de réserve qui se prononçaient en faveur de la paix. Ils furent à l’initiative des protestations pendant la guerre du Liban et, en 1882, 100 000 personnes manifestèrent à Tel Aviv à leur appel. Plus d’une centaine de soldats de réserve furent emprisonnés pour avoir refusé d’aller au Liban. Mais il s’agit de militaires toujours loyaux à l’égard de l’Etat, même s’ils ont parfois pris la responsabilité de lui désobéir.

Un autre mouvement pacifiste a été créé en 1993, le « Bloc de la paix » (Gush shalom). Plus radical que La paix maintenant il se prononce pour la création d’un Etat palestinien avec Jérusalem-est pour capitale et pour le droit au retour des réfugiés. Il a mené campagne contre la construction de nouvelles colonies et a appelé à un boycott national des produits provenant de celles-ci. Il n’hésite pas à mener des actions en commun avec des Palestiniens : franchissement de barrages, reconstruction de maisons détruites par l’armée israélienne.

Le principal fondateur de Gush shalom, Uri Avnery, parlait déjà en 1947 de « Région sémite » pour s’opposer au terme « Moyen-orient » hérité du colonialisme et préconisait l’union des Juifs et des Arabes contre l’impérialisme. Il s’est prononcé pour la séparation de la religion et de l’Etat et a soutenu les luttes d’indépendances dans le monde arabe (l’Egypte, l’Algérie etc). Cela ne l’empêche pas de rester lié au sionisme (va-t-en-guerre en 1967) et aux travaillistes (en 1999 encore il appelait à voter Barak pour se déclarer déçu ensuite).

Le courant révolutionnaire

Seul le Matzpen est un courant véritablement révolutionnaire et internationaliste. Il se forme en 1962 à partir d’un petit groupe qui vient de se faire exclure du Parti communiste israélien et de communistes oppositionnels qui dès les années 1930 avaient remis en cause la politique stalinienne et opposé justement une politique internationaliste au sionisme et au nationalisme arabe. Ils se démarquent du PCI en analysant la guerre de 1948 comme une guerre d’ « épuration ethnique ». En 1967 le Matzpen est le seul à s’opposer à l’occupation des territoires. Il acquiert alors une renommée qui dépasse amplement ses forces militantes. Il n’a en effet jamais rassemblé plus d’une quarantaine de militants, Juifs et Arabes. Mais le seul fait d’exprimer ses positions est présenté comme une trahison par la gauche sioniste. La répression à son encontre a toujours été très forte, particulièrement pour ses militants arabes.

Depuis les années 1980 il s’est lancé dans des actions communes avec des militants palestiniens et de la gauche pacifiste israélienne. Mais du coup il s’est cru obligé de ne plus exprimer clairement la spécificité de ses positions. En 1982 il contribue à la mobilisation contre la guerre du Liban, dans l’armée avec le mouvement Yesh gvoul (Ça suffit) et lors des manifestations, en étant partie prenante d’un « Comité contre la guerre au Liban ». Un de ses membres, Michel Warschawski, a fondé en 1984 le Centre d’information alternative, avec des militants de la gauche palestinienne. Il fonctionne comme une agence de presse, spécialisée dans la diffusion d’informations sur les territoires palestiniens et sur Israël. Il édite les publications d’organisations nationalistes palestiniennes et du mouvement pacifiste israélien. Juifs et Arabes y travaillent ensemble, ce qui a valu les foudres de l’Etat israélien : en 1987 Warschawski a connu la prison, accusé de collusion avec le terrorisme palestinien et le Centre a été placé sous scellés pendant six mois. En 1993, les militants de Matzpen participent à la fondation de Gush shalom.

Une extrême gauche palestinienne ?

Du côté palestinien, les partis les plus radicaux professent tous un nationalisme exacerbé. Le plus connu est le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) fondé en 1967 par Georges Habache. Il s’est proclamé révolutionnaire et marxiste, mais son internationalisme s’arrête au monde arabe. Il ne s’est jamais adressé à la population israélienne et, bien au contraire, a fondé sa stratégie sur des attentats terroristes.

En réaction fut fondé le FDLP, Front démocratique pour la libération de la Palestine, scission du FPLP, sur l’initiative de Nayef Hawatmeh, en 1969. Lui au moins dénonçait les slogans haineux du type « les Juifs à la mer » et a eu des contacts avec la gauche israélienne, notamment le Matzpen.

Ces partis ont d’abord rejeté les accord d’Oslo, puis se sont réconciliés avec Arafat. Ils se sont associés au nouveau pouvoir et du coup à son discrédit auprès de la population palestinienne. Actuellement ils auraient repris les attentats. Arafat vient d’ailleurs de livrer à Israël les militants du FPLP auteurs de l’assassinat du ministre du tourisme Zeevi, qui était le fondateur du Parti du transfert (pour l’expulsion des Palestiniens)…

11 mai 2002

Lydie GRIMAL

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