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DOSSIER : Moyen-orient, Israël, Etats arabes, Autorité palestinienne... Les pions de l’impérialisme

La Nouvelle Alliance... Jéhovah remplacé par les Etats-unis

Mis en ligne le 12 mai 2002 Convergences Monde

« Une terre sans peuple, pour un peuple sans terre ». On prête souvent cette formule aux dirigeants sionistes du début du vingtième siècle. Ils auraient rêvé d’établir un Etat capable de sauver les Juifs d’Europe des persécutions, sans se douter qu’ils auraient à remplacer une oppression nationale par une autre en chassant de Palestine ses habitants arabes. Jamais les sionistes n’eurent de telles illusions.

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Une idéologie colonialiste

Theodor Herzl, le fondateur du mouvement, écrivait ainsi à Cecil Rhodes, milliardaire et conquérant britannique de l’Afrique Australe : « Mon programme est un programme colonial ». A propos des Arabes, Herzl avouait dans son journal en 1895 : « Nous devons les exproprier gentiment. Le processus d’expropriation et de déplacement des pauvres doit être accompli à la fois secrètement et avec prudence ». Lui-même intellectuel intégré au sein de la société bourgeoisie autrichienne, mais consterné par l’Affaire Dreyfus qu’il couvrit comme journaliste en France dans les années 1890, il comprit que le rêve d’assimilation tranquille des Juifs à la société bourgeoise européenne était naïf, mais il ne remit pas en cause la société bourgeoise elle-même.

Bien au contraire, il se donna pour but d’en recréer une à la même image, mais juive, une société « complète », avec ses classes, son Etat et ses ambitions nationalistes et colonialistes. A l’heure où toutes les grandes puissances européennes rivalisaient dans la course aux colonies, pourquoi les Juifs d’Europe ne pourraient-ils pas faire à leur tour ce qu’avaient réalisé les Français en Algérie ou les Anglais et les Hollandais en Afrique du sud ?

Le choix de la Palestine était justifié par la religion (encore que le congrès sioniste de 1905 ait discuté très sérieusement d’une proposition britannique d’établissement... en Ouganda !), mais il était d’abord lié à la situation internationale. Français, Britanniques et Allemands rivalisaient pour dépecer à leur profit l’empire turc en décomposition, dont la Palestine était l’une des provinces. Peut-être était-il possible, en se plaçant sous l’aile de l’une des grandes puissances coloniales, de recevoir, comme par délégation, un bout du vieil empire : une colonie de peuplement juive faciliterait la pénétration des capitaux impérialistes, surveillerait le canal de Suez et la route des Indes, tiendrait en respect les peuples de la région.

Quand le Kaiser Guillaume II visita Jérusalem en 1898, Herzl s’accrocha à ses basques et lui demanda audience pour offrir (en vain) ses services. Ce fut le seul voyage de Herzl dans la Terre Promise et il trouva le climat du pays... malsain ! Ce furent finalement les Britanniques qui décidèrent de jouer la carte sioniste au Moyen-orient. En 1917, Lord Balfour déclara son gouvernement favorable à l’établissement d’un « foyer national juif » en Palestine.

Un pion dans le jeu britannique

Les Britanniques avaient pourtant promis la Palestine à d’autres : les féodaux nationalistes arabes. La terre était donc deux fois promise, mais cela n’avait rien d’une étourderie ou d’une hésitation. Quand l’empire turc s’effondra en 1918, les Français et les Britanniques se le partagèrent et appliquèrent bien sûr le vieux principe du « diviser pour régner ». Ils morcelèrent la région en plusieurs mandats coloniaux destinés à devenir des Etats séparés, donc plus faibles. Pour mieux garder le contrôle des champs de pétrole dont on découvrait alors l’importance, l’impérialisme anglais découpa l’Arabie en petits émirats, comme le Koweit. En Palestine, il misa sur l’antagonisme entre les Juifs et les Arabes. Tantôt le gouvernement colonial de Londres laissa se développer l’immigration sioniste et les expropriations qui l’accompagnaient, tantôt il fit quelques concessions aux chefs arabes en donnant un coup d’arrêt à l’immigration, sans rien lâcher ni aux uns ni aux autres sur les libertés politiques et la question de l’indépendance. Les dirigeants sionistes des années 1920 et 30 se prêtèrent au jeu. Estimant que jamais ils ne pourraient établir l’embryon d’un Etat sans l’aide de l’impérialisme, ils se proposèrent donc de jouer les supplétifs des Britanniques contre la population arabe. En 1936, une insurrection éclata en Palestine contre le pouvoir colonial. Une grève générale paralysa le pays. Les manifestations se multiplièrent, une guérilla harcela les troupes britanniques. Les rebelles revendiquaient l’arrêt de l’immigration juive, mais aussi la mise en place progressive de l’indépendance. La répression fut brutale : de 1936 à 1939 il y eut de 3 à 6000 tués, des milliers de déportations, des villages rasés, des milliers de maisons détruites pour punir la population, pratique reprise depuis, comme on sait, par l’armée israélienne. Les dirigeants sionistes auraient pu se rapprocher de la population arabe en s’associant à cette lutte anti-coloniale. Bien au contraire, ils aidèrent les Britanniques à la briser. Chaïm Weizmann, futur premier président d’Israël, écrivait alors : « D’un côté, les forces de la destruction, les forces du désert, se développent, de l’autre tiennent fermement les forces de la civilisation et de la construction. C’est la vieille guerre du désert contre la civilisation, mais nous ne céderons pas ». La Haganah, la milice juive, participa à des opérations de police contre les insurgés, contrôla des quartiers arabes pour le compte du commandement britannique. Les syndicats sionistes contribuèrent à briser la grève en mobilisant les travailleurs juifs pour assurer le fonctionnement des ports et des quelques industries du pays.

Les dirigeants sionistes changent de maître, pas de politique

Il n’était pas dans l’intérêt des Britanniques de tout donner aux sionistes. Ils préférèrent mener leur jeu de bascule jusqu’au bout et en 1939 ils remercièrent le mouvement sioniste pour son aide dans la répression… en bloquant brutalement l’immigration ! C’est à cette époque, pendant la seconde guerre mondiale, que les dirigeants sionistes se tournèrent vers la nouvelle puissance impérialiste montante : les Etats-unis, qui soutinrent activement la création d’Israël en 1948 et un plan de partage du pays largement défavorable à la population arabe.

Depuis, les relations d’Israël avec l’impérialisme ne se sont jamais démenties. En 1956, les troupes israéliennes envahirent le Sinaï égyptien pour appuyer l’expédition franco-anglaise sur Port-Saïd visant à punir Nasser de la nationalisation du canal de Suez. Si, huit ans après la création d’Israël, il fallait une preuve supplémentaire pour les peuples arabes qu’Israël n’était qu’une tête de pont du vieux colonialisme occidental dans la région, elle était administrée. Et elle a continué à être administrée depuis. Vingt-cinq ans plus tard l’armée israélienne envahissait le Liban au moment où, comme par hasard, ce pays devenu un chaos ingouvernable était une source d’inquiétude pour l’impérialisme.

C’est un choix permanent de tous les gouvernements d’Israël jusqu’à aujourd’hui : se montrer l’allié fidèle de l’impérialisme et essentiellement, bien sûr, de l’impérialisme américain. Celui-ci y trouve largement son intérêt. Non qu’il n’ait d’autres alliés dans la région, nombreux même, mais ils sont plus fragiles, oscillants, moins fiables, capables de retournements spectaculaires, pas à l’abri de révolutions populaires.

En Israël, au contraire, la mentalité de forteresse assiégée développée par la politique sioniste semble garantir l’adhésion de toute la population, persuadée qu’elle n’a d’autre choix que l’alliance américaine. Et puis les Etats-unis ne répugnent pas à dresser leurs alliés eux-mêmes les uns contre les autres, pour mieux tenir les uns et les autres. De ce point de vue le fossé de sang et de haine creusé entre Israël et ses voisins est aussi une sûre garantie que cette opposition est durable.

Sharon compte là-dessus pour continuer la même politique criminelle. Jusqu’au jour où des millions d’Israéliens en auront assez d’être en état de guerre permanent.

Bernard RUDELLI

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