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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 62, mars-avril 2009 > DOSSIER : L’arnaque des plans de relance

DOSSIER : L’arnaque des plans de relance

Notre « plan de sauvetage » ? La riposte !

Mis en ligne le 7 mars 2009 Convergences Politique

La crise a commencé à susciter de nombreuses ripostes des travailleurs : 120 000 manifestants à Dublin (dans un pays de 4,2 millions d’habitants…) le 21 février, une série de manifestations en Islande qui ont fait tomber le gouvernement. Et, bien sûr, celle des travailleurs de Guadeloupe et Martinique. En France même, le succès de la manifestation du 29 janvier appelle des suites. Il faut en discuter le programme. Il doit se situer à rebours des différents « plans de relance » ou « de sauvetage » du système capitaliste. Il ne s’agit donc pas de proposer, comme le fait la CGT, de « débattre de l’avenir de la taxe professionnelle » au lieu de la supprimer, afin d’ajuster l’impôt des entreprises en fonction de leurs investissements, ou de redonner à la France une nouvelle « vision industrielle » qui lui permette de faire face à ses « principaux concurrents » en regagnant des « parts de marché ». Ni d’argumenter sur le bien-fondé des augmentations de salaires pour relancer la machine économique comme le font CGT ou PCF. Nous avons besoin d’un programme basé sur nos intérêts de classe pour combattre le coût social de la crise, contester la société capitaliste et non prétendre mieux la gérer, voire la renverser sur la base d’un nouveau rapport des forces où ce serait enfin les travailleurs qui passeraient à l’offensive.

Et 1, et 2, et 300 euros !

À l’issue de la rencontre avec Sarkozy le 18 février, François Chérèque et la CFDT se voyaient bien négocier sur le pouvoir d’achat dans le cadre des remises fiscales proposées par Sarkozy. Problème : il faut déjà payer des impôts pour en profiter. Ensuite, la facture sera adressée non pas aux patrons – surtout en ces temps de paquet fiscal taillé pour les plus riches et de suppression de la taxe professionnelle – mais à nous, via une nouvelle ponction sur les salaires type CSG, ou via des coupes sombres dans les budgets des services publics.

La CGT a, quant à elle, demandé de porter le Smic à 1 600 euros brut et propose que l’État conditionne les aides publiques à un accord salarial dans l’entreprise. Pourquoi ne formuler de chiffres précis que pour 13 % des salariés ? Pourquoi renvoyer les autres à des accords d’entreprise ? Hormis la négociation individuelle, il s’agit en effet du terrain le moins favorable, pour gagner puisqu’on ne peut peser tous ensemble.

À l’inverse, mettre en avant, comme les grévistes de Guadeloupe et Martinique, une augmentation de tous les salaires, retraites et minima sociaux est un moyen de construire cette mobilisation. 300 euros mensuels pour tous, un chiffre pas « raisonnable », en période de crise ? C’est ce que disent les patrons et le gouvernement… et certains syndicalistes. En Guadeloupe, cette revendication a fédéré l’ensemble de la population, précisément parce qu’elle vaut le coup qu’on lutte pendant six semaines et plus pour elle. En fait, la revendication raisonnable, c’est ce dont nous avons tous besoin, en tout cas le plus grand nombre d’entre nous. C’est ce qui unifie les composantes de la classe ouvrière.

« Sécuriser l’emploi », c’est interdire les licenciements

La première chose à faire pour endiguer le chômage – et l’on sait d’avance qu’après la vague de chômage partiel cet hiver le pire est encore à venir – c’est d’empêcher les patrons d’en rajouter, en particulier quand ils font des profits.

Comment prendre pour autre chose que du bavardage le « fonds d’investissement social » notamment pour la formation des chômeurs, de la CFDT ? Aux frais de l’État, bien-sûr. Mais en le finançant par la « suspension » de la défiscalisation des heures supplémentaires, propose Chérèque. Ça peut paraître plus utile. Mais est-ce le manque de formation qui empêche les patrons d’embaucher ou les amène à licencier ?

La CGT ressort son projet de « Sécurité sociale professionnelle » . S’il s’agit de garantir le salaire du travailleur qu’il ait un emploi ou non, banco. Mais si c’était cela, la tactique actuelle de journées de grève ponctuelles ou catégorielles n’y suffirait pas. Il est malheureusement à craindre qu’il s’agisse plutôt d’une renégociation globale de « la protection sociale », en termes clairs de l’aménagement du chômage, qui donnerait au salarié, entre deux emplois, droit à un certain nombre de journées de formation professionnelle indemnisées – par l’État et l’employeur – et de nouvelles niches de négociations aux appareils syndicaux. Bref, à supposer que le Medef y consente, pas de quoi stopper l’hémorragie d’emplois qui s’annonce.

Et si la CGT souligne que, pour la seule région parisienne, 220 000 des 500 000 salariés du secteur manufacturier sont appelés à partir en retraite d’ici 10 ans, ce n’est pas tant pour dénoncer la manœuvre des gros employeurs qui, comme l’État avec ses fonctionnaires, tablent sur les départs non remplacés pour supprimer des milliers d’emplois, que pour déplorer la perte de qualification de la main d’œuvre ! Quant aux licenciements eux-mêmes, la CGT « exige le droit pour le Comité d’entreprise de demander la suspension des licenciements, le temps d’examiner toutes les solutions alternatives » . Des fois que les syndicats aient pu trouver un projet industriel rentable auquel les patrons n’auraient pas pensé !

Des mesures cohérentes entre elles

De tels plans ont surtout le gros inconvénient de fournir une fois pour toutes la caution syndicale au droit des patrons de licencier comme bon leur semble, faisant ainsi passer à la trappe la revendication d’interdiction des licenciements (ce qui était d’ailleurs le but visé…). Bien au contraire, c’est elle qu’il faut mettre en avant, tout en englobant dans cette revendications les CDD et intérimaires en fin de mission licenciés, et combattre pour le CDI pour tous. Il faut étendre le combat aux suppressions de postes, avec par exemple pour slogan « 1 départ = 1 embauche ». L’interdiction des licenciements reste une revendication fondamentale parce qu’elle substitue à la logique capitaliste de rentabilité du travail celle de la satisfaction des besoins des travailleurs. Là aussi, tout est une question de rapport des forces.

Sarkozy nous disait en substance : « Vous voulez garantir votre pouvoir d’achat ? Faites des heures supplémentaires [1] », ce qui revient à se résigner à l’aggravation du chômage. Et maintenant : « Vous voulez garder votre emploi ? Acceptez l’amputation des primes et le chômage partiel », ce qui revient à consentir à la baisse des salaires. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’un chantage qui vise à affaiblir les salariés tout en les divisant. Notre riposte doit poser les problèmes vitaux, mais les poser tous ensemble.

La revendication d’augmentation générale des salaires, la même pour tous, doit se doubler de celle d’une échelle mobile des salaires, basée non sur un indice gouvernemental facile à trafiquer, mais sur le contrôle des prix par les travailleurs eux-mêmes. Le renforcement des services publics passe à la fois par des embauches massives et par la gratuité d’accès aux soins, à l’Éducation ou aux transports. Non seulement parce que c’est juste, mais parce que cela unit les salariés aux usagers.

En pesant de tout son poids social, la classe ouvrière serait en mesure de modifier le rapport de force avec ses adversaires. Il suffit de voir la trouille que leur inspire la contagion possible de la grève générale en Guadeloupe ! Une situation qui rendrait très réaliste nos revendications essentielles, tout en mettant à l’ordre du jour le contrôle ouvrier sur la production, les banques et les grands de la distribution.

Mathieu PARANT


[15,5 millions de salariés en ont fait 730 millions en 2007 et 725 millions en 2008, ce qui représente dans les deux cas plus de 440 000 emplois à 35 heures par semaine…

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