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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 62, mars-avril 2009 > DOSSIER : L’arnaque des plans de relance

DOSSIER : L’arnaque des plans de relance

Automobile : 7,8 milliards d’euros de relance des profits au détriment des salariés

Mis en ligne le 7 mars 2009 Convergences Politique

Du liquide, du liquide ! Les patrons de l’Automobile ont pleuré les premiers, comme poivrots le gosier sec, pour être arrosés par le « Plan de relance » . Ils sont les premiers servis : 7,8 milliards d’euros de cadeaux offerts par l’État le 9 février, dans le cadre d’un « Pacte automobile » .

PSA et Renault toucheront 3 milliards d’euros chacun, 500 millions ont été proposés à Renault Trucks, filiale de Volvo. Les équipementiers, qui avaient déjà reçu 300 millions d’euros en ont touché 300 de plus. Quant aux banques de PSA et de Renault, qui avaient déjà reçu un milliard dans le cadre du plan de sauvetage des banques, elles en récupèrent un deuxième. La plus grande partie de ces sommes ne seraient officiellement que des « prêts » , mais à taux préférentiel pendant 5 ans.

Engagements bidon

En échange, les constructeurs sont censés avoir promis de ne pas licencier ni fermer d’usines en France. Dès le lendemain, PSA annonçait la suppression de 11 000 postes dans le groupe : 4 450 déjà annoncés en France (dont ceux de Rennes), 5 100 dans sa filiale Faurecia à l’étranger, et le reste en Espagne et au Portugal. Le surlendemain, son PDG Christian Streiff ajoutait que pour la France même il rallongeait la sauce : « À la fin de l’année 2008, nous avons lancé un plan de départs volontaires portant sur 3 500, mais nous allons le laisser ouvert plus longtemps afin d’augmenter le nombre des départs toujours sur la base du volontariat. » Si le système bancaire « fonctionnait un tout petit peu, nous n’aurions rien demandé à l’État » déclarait-il au journal Le Monde , pour justifier qu’il ne devait rien en échange des aides reçues.

Tout cela s’ajoute à 18 000 postes déjà supprimés en 2007-2008 à PSA, aux licenciements massifs d’intérimaires ces derniers mois et aux renvois actuellement en cours des prestataires dans les centres techniques. Après le renvoi des prestataires chez Renault (près de 2 000) fin décembre, non sans réaction des salariés de Guyancourt et de Lardy notamment, PSA annonce « Zéro prestation en mars » . Dans un centre technique comme celui de La Garenne (92), les prestataires représentent d’un quart à un tiers des effectifs.

Quant aux non-fermetures de site, parlons-en : Renault vient juste d’annoncer la fermeture d’ici 2012 de son centre technique de Rueil, dont les salariés seront déplacés vers Guyancourt. Officiellement, un simple déplacement, qui impliquera restructurations et compressions d’effectifs. Quant à PSA, il déclare se réserver le droit « de réduire la taille [des] usines, comme […] à Rennes ou encore à Aulnay-sous-bois » .

Même sans fermer de site directement, les constructeurs et sous-traitants ne se gênent pas pour supprimer des milliers d’emplois et pour imposer des semaines de chômage en France comme dans les autres pays. Mettre en concurrence les travailleurs en France et en Europe pour faire pression sur les salaires et sur les conditions de travail en supprimant des emplois partout, voilà la stratégie des patrons français.

L’extension du chômage partiel…

Leur nouvelle tactique consiste, pour l’instant, à étendre et éventuellement répartir sur les sites le chômage partiel, dans les usines et, aussi dans les centres techniques.

C’est le cas de Renault qui veut déjà étendre le chômage partiel aux Ingénieurs, Cadres et techniciens, en cherchant à imposer à l’ingénierie 4 jours de travail sur 5 au nom d’un « Temps Partiel Compensé » dont les conditions seraient encore à négocier avec les syndicats dans le cadre des aides d’État promises au chômage partiel. Comme les techniciens et les ingénieurs sont au forfait et ne peuvent pas être mis au chômage technique, cela implique de remettre en cause des accords d’entreprise.

En ce qui concerne PSA, la grève à l’usine d’Aulnay en 2005 avait imposé pour tout le groupe un accord d’indemnisation du chômage partiel : entre 5 et 25 jours chômés, ceux-ci seraient payés à 100 %, les ouvriers devant récupérer 40 % du temps en venant travailler en séances supplémentaires selon les besoins de l’entreprise. La direction avait deux ans pour imposer cette récupération. Au delà de 25 jours de chômage, il n’y avait pas de récupération. Maintenant que la direction de PSA craint de ne pas pouvoir faire récupérer les 40 % et de dépasser la limite des 25 jours chômés, la voilà qui veut donc remettre en cause l’accord de 2005.

… pour mieux attaquer les salaires

La crainte des salariés pour leur emploi est aussi l’occasion d’attaquer les salaires. C’est à peine 1 % d’augmentation que la direction de PSA vient de proposer aux salariés pour 2009 et 0 % tout rond à Renault...

Quant à la prime d’intéressement, elle a été quasiment supprimée à PSA comme à Renault, où la direction a aussi supprimé les primes de performance individuelle pour les ingénieurs et cadres. Bilan à Renault  : une perte de 2 000 € minimum en 2009 et jusqu’à 2,5 mois de salaire pour certains ingénieurs et cadres. À Renault Flins et Douai, dès l’annonce du montant de la prime d’intéressement et de la participation, réduite à 190 € alors qu’elle représentait l’an dernier un apport substantiel de 2 000 €, plusieurs centaines de salariés se sont mis spontanément en grève.

Car Renault aura tout de même fait 599 millions de bénéfices nets en 2008. Si l’entreprise se flatte de geler cette année les dividendes des actionnaires, c’est parce qu’elle leur a déjà versé un montant total d’un milliard en mai dernier, plus 113 millions de stocks options distribués aux cadres dirigeants. Et 489 millions ont été mis de côté en « provisions de restructurations et d’adaptation des effectifs » .

De son côté, PSA se dit cette année « pour la première fois dans le rouge »  ! Tour de passe-passe comptable : l’entreprise annonce 900 millions d’euros de charges « exceptionnelles » dont la grosse part, 512 millions, sont des provisions pour « restructurer » , c’est-à-dire pour financer le plan de licenciement prévu (au volontariat ou pas)… D’où un prétendu déficit de – 343 millions. Ce qui n’a pas empêché PSA de verser leurs dividendes aux actionnaires. Les deux constructeurs, Renault et PSA, ont encore des réserves : respectivement 21 et 13 milliards d’euros de fonds propres représentant les milliards de bénéfices accumulés ces dernières années.

Le plan de relance de l’industrie automobile marie en fait des milliards de cadeaux au patronat à un plan d’attaques en règle contre les travailleurs.

Léo BASERLI

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